Saga Menier · Histoire

La Commune de 1871
d'Émile Justin Menier

Émile Justin Menier
Émile Justin Menier

Monsieur le Préfet de Seine-et-Marne

Je vous demande la permission de vous entretenir de faits qui me concernent et qui méritent l'attention la plus sérieuse de l'administration, parce qu'ils portent une grave atteinte à mon honneur et ma considération.

Je suis accusé d'avoir eu pendant la Commune une attitude des plus équivoques. À côté de cette accusation assez vague, on en formule une autre beaucoup plus positive : j'aurais contribué au ravitaillement de la commune de Paris.

Ces allégations ont pris naissance dans un rapport que M. le sous Préfet de Meaux a fait contre moi, à la suite de renseignements erronés qui lui ont été fournis à Chelles. Si, tenant compte de la lettre que je lui écrivais le 20 Mai 1871, en réponse à celle qu'il m'adressait le 19, il avait vérifié comme je l'invitais les faits qui lui étaient faussement signalés, je n'aurais pas à lui reprocher une légèreté dont les conséquences prennent de fâcheuses proportions.

J'ai rencontré des ennemis dans certaines personnes qui voient en moi un adversaire politique, ou, disons le mot, un concurrent. Ces personnes se sont emparées du rapport de M. le Sous Préfet de Meaux pour en faire une arme contre moi.

Je ne me soucie pas d'apprécier la loyauté du procédé, j'en laisse le soin à l'opinion qui est le juge souverain des hommes et des idées ; mais j'ai dû me préoccuper de mettre à néant toutes les accusations qui partent de ce groupe, le jour où elles ont été colportées auprès de mes collègues du Conseil Général de Seine-et-Marne.

Ainsi j'ai ouï dire que dans un groupe de mes collègues, où ma personnalité se trouvait discutée, l'un d'eux disait qu'on passerait encore à M. Menier ses opinions et ses théories sociales, mais que sa conduite pendant la Commune ne permettait pas qu'on eût des rapports avec lui.

On rendait bien justice au courage, au dévouement dont il avait fait preuve pendant la guerre, mais on y opposait le fait d'avoir ravitaillé les insurgés pendant la Commune.

Mon premier mouvement a été celui d'une indignation bien légitime et j'avais résolu de répondre aux attaques par des attaques. La réflexion aidant, j'ai pris le parti de me contenter de démontrer par l'exposition des faits, par des documents irréfutables, que ma conduite n'a jamais cessé d'être celle d'un patriote dévoué à la cause de l'ordre.

Le quartier de Grenelle en 1871
Le quartier de Grenelle en 1871

À l'accusation d'avoir eu une attitude équivoque pendant la Commune, je répondrai par le simple exposé de ma conduite et de celle de mon personnel qui est resté à Paris pendant l'insurrection.

Je me réfugiai avec ma famille à Noisiel, le 24 Mars. Je revins à Paris plusieurs jours de suite ; j'y restais la matinée et repartais à Noisiel.

Pour échapper aux violences dont j'étais menacé, par suite de mon refus de payer au comptant des droits de douane sur les cacaos qui, plus tard, ont été brûlés à l'entrepôt de la Villette, je cessai d'y venir.

Je laissais à Paris des intérêts considérables :

  1. Ma maison de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie où se trouvaient des approvisionnements importants en cacaos, en sucres ; mes archives commerciales, des chevaux, des voitures, du matériel de fabrique, des meubles précieux, des tableaux de maîtres, des objets d'art d'une valeur importante qui y avaient été apportés pendant la guerre.
  2. Une fabrique de caoutchouc située à Grenelle, rue du Théâtre au N°7.
  3. La maison de commerce dépendant de cette fabrique, rue d'Enghien au N°6.
  4. Enfin, un hôtel, avenue Van Dyck, au Parc Monceau. Tout cela représentait une valeur de plusieurs millions.

J'en confiai la garde et la conservation, d'abord à mon fondé de pouvoirs, M. Rousseau et à divers employés, dont le principal, chargé du service de l'extérieur, était M. Schippel qui, aujourd'hui habite Lyon.

Après quelques jours, lorsque les événements prirent une gravité plus inquiétante, je donnai l'ordre aux personnes que j'ai désignées ci-dessus, d'organiser le sauvetage de ce qui constituait une grande partie de ma fortune.

Je dirai plus loin les difficultés incroyables que rencontrèrent ces messieurs, et les moyens qu'ils durent employer pour faire sortir les approvisionnements que j'avais à Paris. Ceci est bien, ce qui me semble, le contraire d'un ravitaillement.

À ma fabrique de caoutchouc, dirigée par un ingénieur, M. Gustave Gérard, j'ai continué pendant toute la durée de la Commune, à faire travailler les ouvriers qui étaient occupés, sans aucune réduction de salaire.

Ainsi au 25 Mars, la feuille de présence constatait 66 ouvriers et ouvrières ; au 21 Mai nous en comptions 55.

Il y avait en outre 8 employés à la fabrique et un nombre égal au magasin ; soit 73 personnes que j'ai employées pendant la Commune dans cette branche d'industrie bien délaissée alors.

Ce n'était pas lucratif pour moi car les travaux de cette époque étaient fort peu rémunérateurs, mais j'avais donné l'ordre formel qu'il en fût ainsi, pour que les ouvriers de mon usine n'eussent aucun prétexte pour aller grossir le rang des insurgés.

Qu'on n'aille point croire que je ne courusse d'autre risque que de perdre de l'argent en agissant de cette sorte. Il y avait danger pour ma propriété, aussi bien que pour les personnes.

Ainsi, fin Mars, le commandant du 81ème bataillon de la Garde nationale fédérée, accompagné de 25 hommes armés, envahit l'usine et s'empara de la cloche pour la faire sonner et réunir les ouvriers.

Adolphe Assi
Adolphe Assi [1841–1886]

On me fit signifier l'ordre affiché par Jules Vallès, maire du 15ème arrondissement, enjoignant à tous les chefs d'usine ou patrons de renvoyer les ouvriers de 19 à 40 ans. Je répondis de résister et notre résistance eut plein succès.

Le 7 Mai des délégués de la Commune, Assi à leur tête, requéraient mon usine de fabriquer du sulfure de carbone. Mon ingénieur s'y refusa.

Enfin j'avais en magasin 56.750 obturateurs en caoutchouc pour fusils Chassepot. Tous les jours des délégués se présentaient pour s'en faire livrer. Il fut invariablement répondu qu'il n'en existait pas et qu'il n'était pas possible d'en fabriquer.

Cachés dans les magasins de la rue Sainte-Croix, ces obturateurs y restèrent jusqu'à l'époque où on les livra à ceux qui les avaient commandés, c'est-à-dire à la Direction d'artillerie siégeant à Vincennes.

À mon hôtel du Parc Monceau j'y laissai tous les ouvriers peintres, sculpteurs, doreurs, marbriers, que je continuai à faire travailler, malgré les dangers que pouvait courir cet immeuble où se trouvaient déjà réunis des objets d'art, des meubles, des tapisseries pour une valeur considérable.

Je pourrais énumérer ici les personnes que j'ai pu faire sortir de Paris dans des voitures de marchandises ; mais j'y reviendrai en parlant des voyages faits de Paris à Noisiel pour mes voitures de transport.

À Noisiel, je faisais également poursuivre la fabrication, afin de retenir tous les ouvriers à leur poste de travail, malgré l'affaissement du commerce et le manque de matières premières. Voilà mes actes à Paris et dans la commune de Noisiel.

Les témoignages écrits

Il y a des témoignages écrits d'une authenticité incontestable que je puis reproduire ici. C'est d'abord une lettre que j'écrivais le 1er Avril 1871, c'est-à-dire 12 jours après le début de l'insurrection, au secrétaire du Comité Républicain de Melun.

Je m'empresse de vous accuser réception de votre lettre de 29 Mars, par laquelle vous voulez bien m'adresser le programme du Comité républicain qui s'est constitué à Melun…

J'adhère complètement aux principes qui y sont développés. J'aurais peut-être désiré qu'il fût ajouté le mot libéral en opposition à ce qui malheureusement se passe à Paris.

Ce mot, plus que jamais, me semble indispensable pour montrer que notre République, aussi exempte de dictature de toute espèce, personnelle ou collective, n'a rien de commun avec la République ou Révolution sociale que prêchent quelques énergumènes parisiens.

Est-ce là le langage d'un homme dont l'attitude est équivoque, qui pactise avec l'émeute ?

Au 15 Avril, voici la lettre que j'adressais à M. le Dr Dufraigne, Président d'un comité Républicain qui venait de se former à Meaux.

Mon cher Président.

Je vous remercie de m'avoir fait remettre une épreuve du Manifeste du Comité Républicain de Meaux. Je pense être, par mon passé, de ceux qui ont le plus combattu le gouvernement personnel de ceux qui ont donné par leur indépendance le plus de garanties à la cause libérale et qui ont mis en pratique les maximes sur lesquelles s'appuie la Vraie République d'ordre et de liberté.

Sur ces entrefaites, la loi sur les conseils Municipaux et les Maires était promulguée. Le 30 Avril, j'étais élu Conseiller municipal et le 15 Mai, à l'unanimité des voix, moins une, Maire de Noisiel.

Croit-on de bonne foi que les conseillers municipaux de ma commune m'auraient élu comme Maire si j'eusse eu l'attitude qu'on me reproche ?

Mais c'est immédiatement après avoir été honoré du suffrage de mes concitoyens que je reçus, le 19 Mai 1871, la lettre suivante de M. le Sous-Préfet de Meaux.

J'ai appris de sources différentes que vous continuez à faire des envois à Paris. J'avais d'abord voulu douter de la chose, mais on me l'a répétée tout particulièrement hier à Chelles.

Vous ne pouvez cependant pas ignorer, Monsieur, les mesures que le gouvernement a prises contre le ravitaillement de Paris insurgé, et qu'il a fait appel au concours de tous les Maires à cet effet.

En conséquence, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien vous abstenir dorénavant de faire des expéditions pour Paris.

Le Sous-Préfet : Ducrest de Villeneuve.

Je n'ai attaché tout d'abord qu'une importance très relative à cette lettre de M. le Sous-Préfet de Meaux. J'ai vu tant de personnes, pendant cette lamentable période de guerre civile, être sous l'influence d'hallucination par suite de la frayeur qui les envahissait, que j'ai compris jusqu'à un certain point l'erreur de M. le Sous-Préfet.

Républicains ou communards, pour bien des gens, c'était tout un. J'ai cru qu'il suffisait alors d'opposer une dénégation aux affirmations contenues dans la lettre de M. le Sous-Préfet.

Émile Justin Menier — bronze
Émile-Justin Menier

Monsieur le Sous-Préfet de Meaux.

Je regrette, Monsieur, que vous n'ayez pas pris la peine, étant à Chelles, de venir vous assurer vous-même à Noisiel des faits qui motivent votre lettre du 19 courant, dont les termes me surprennent.

Vous auriez acquis la preuve que les sources différentes où vous avez puisé vos renseignements, vous ont mal renseigné et que je ne m'étais pas inspiré de votre circulaire pour remplir les devoirs que m'imposaient mes sentiments autant que mes intérêts.

Signé : Menier

Après cette protestation, j'avais tout lieu de croire que M. Ducrest de Villeneuve, n'étant pas venu à Noisiel, avait reconnu qu'il avait été dupe de quelques commérages écoutés à tort, et qu'il ne restait aucune suspicion dans son esprit contre mes agissements.

Je m'abusais. Les faits allégués dans la lettre de M. Ducrest de Villeneuve ont été reproduits dans un rapport que M. de Chambon, votre prédécesseur, a adressé au ministre de l'Intérieur. Mon attitude pendant la Commune y était qualifiée « d'équivoque ».

Je ne voudrais pas incriminer les intentions de M. de Chambon, ni prétendre qu'il a obéi à des influences hostiles lorsqu'il a envoyé ce rapport au Ministère.

Mais j'ai bien le droit de me plaindre de procédés administratifs aussi peu sérieux et de demander une rétractation en face des preuves palpables que je mets sous vos yeux et qui avaient été déjà mises à la disposition de M. le Sous-Préfet de Meaux.

Louis-Adolphe Thiers
Louis-Adolphe Thiers [1797–1877]

Les circonstances dans lesquelles M. de Chambon avait à adresser ce rapport au Ministère de l'Intérieur n'étaient pourtant point de nature à provoquer contre moi une attaque de cette sorte.

M. de Flavigny, Président de la Société de secours aux blessés, avait eu la pensée de me proposer au Ministère de la Guerre pour la Croix d'Officier de la Légion d'honneur, en raison des services que j'ai rendus pendant la guerre dans les ambulances et sur les champs de bataille.

Je n'avais pas sollicité cette distinction.

Je n'ai eu connaissance des intentions bienveillantes de M. de Flavigny que par une lettre dans laquelle on me demandait la date de ma nomination au grade de Chevalier de la Légion d'honneur, mes noms et prénoms.

Le ministère de la Guerre avait accordé. Le dossier fut envoyé en communication au Ministère de l'Intérieur qui fit écrire à Monsieur le Préfet de Seine-et-Marne pour procéder à l'enquête accoutumée.

M. Thiers lui-même, d'après ce que m'ont rapporté des amis de M. le Président, avait annoncé une prochaine nomination pour le jour de l'an 1873, lorsque j'apprends l'existence antérieure de ce rapport et les obstacles qu'il oppose à cette nomination dont on m'avait fait l'annonce officieuse.

Ce qui me blesse dans ce résultat, ce n'est pas d'être privé d'une distinction très enviable sans doute ; j'aime mieux entendre dire de moi : il a mérité la croix d'officier et ne l'a pas ; tandis que l'on dit de beaucoup : ils portent une croix qu'ils ont obtenue par faveur ou par intrigue sans l'avoir méritée.

Ce qui me blesse, dis-je, c'est d'être sous le poids d'une fausse accusation, par le fait de la légèreté ou de la crédibilité d'un fonctionnaire qui a manqué de sang-froid pendant cette lamentable période de la Commune ; c'est de savoir que cette accusation se propage parmi mes collègues du Conseil Général.

Les approvisionnements de Paris

Après avoir démontré l'absurdité de l'accusation qui m'attribue une attitude équivoque, par un simple exposé de mes actes et par les lettres que j'ai écrites durant cette période ; c'est avec des chiffres que je vais démontrer qu'au lieu d'approvisionner la Commune, je l'ai désapprovisionnée.

Je l'ai dit en commençant, j'avais à Paris des approvisionnements considérables en sucres et en cacaos. J'avais toutes les archives de mes établissements que la guerre m'avait obligé de transporter à Paris.

Mes voitures, qui font habituellement le service entre Noisiel et Paris, purent sortir les premiers jours de la Commune sans trop de difficultés. Mais il vint un moment où les autorisations du gouvernement insurrectionnel devinrent nécessaires.

C'est grâce à l'activité et à l'énergie de M. Schippel, l'un de mes employés, qu'il réussit à obtenir des permis pour entrer et sortir.

On chargeait donc, du 18 Mars au 4 Mai, les voitures à la sortie autant qu'il était possible de le faire, et pour rentrer à Paris, on n'y mettait qu'une quantité minime de chocolat qu'on ressortait presque le même jour, soit par chemin de fer, soit par d'autres voitures.

Je pourrais ajouter que des sacs renfermaient quelquefois, au lieu de cacaos, des jeunes gens que les parents m'avaient prié de faire sortir de Paris.

J'ai pu, en outre, on va s'en assurer, donner du travail à plus de 400 ouvriers et ouvrières de l'usine de Noisiel.

Mais ces produits que j'expédiais ont-ils servi à l'alimentation de Paris, parce que j'étais obligé de simuler une entrée jusqu'au jour où j'appris qu'il était prescrit par le Gouvernement de Versailles de ne plus rien envoyer à Paris ?

Non, ils n'y ont pas servi. Tandis qu'ils facilitaient la rentrée de mes voitures, ces produits ne faisaient que traverser Paris, car ils étaient expédiés, tant par ma maison que par les négociants en gros, droguistes et produits coloniaux, vers les départements.

La presque totalité de ces ventes ayant été faites à des négociants en gros dont le trafic avec les départements constitue le plus gros chiffre d'affaires, il en résulte, tout compte fait, qu'il n'est pas resté un seul kilo à Paris, du chocolat que j'ai expédié de Noisiel.

Quand ma maison aurait encore bien vendu une dizaine de kilos sur le stock que j'avais en magasin au 18 Mars, qui donc y trouverait à redire, lorsqu'il y avait à Paris des malades, des enfants, des femmes, des vieillards qui sont venus dans mes magasins, comme au temps du siège pour obtenir quelques kilos de chocolat ?

J'ai également approvisionné la Pharmacie Centrale, qui avait la fourniture des pharmaciens, des hôpitaux et des ambulances. Si c'est là un crime, je tiens à honneur qu'on le constate.

Du 4 Mai au 4 Juin, pas une seule de mes voitures n'est entrée dans Paris. Les marchandises reçues à Noisiel après le 4 Mai étaient rapportées par des voitures de location, louées à tout prix pour continuer mes déménagements de Paris ; elles y retournaient à vide.

Je n'ai arrêté mes envois sur Paris que le 4 Mai, parce que c'est à cette date que j'ai eu connaissance, par la voie des journaux, des intentions du Gouvernement de Versailles d'empêcher les approvisionnements d'aller à Paris.

Je n'ai jamais reçu la circulaire du 27 Avril adressée aux Maires, dont M. Ducrest de Villeneuve parle dans sa lettre. Au 27 Avril comme au 4 Mai, je n'étais pas encore Maire de Noisiel.

Quoi qu'il en soit, je pense avoir démontré que je n'avais pas attendu les communications de l'administration départementale pour faire mon devoir de citoyen, même au sacrifice de mes intérêts, dès que j'eus connaissance des décisions du Gouvernement de Versailles concernant l'alimentation de Paris.

Tous mes actes pendant cette période qui a précédé cette date ont eu pour résultat d'arracher à l'insurrection des hommes que la misère pouvait y jeter.

Une conclusion politique

Je puis bien répéter, en présence de ces faits, cette phrase de M. de Tocqueville qui exprime aussi bien mes opinions que la situation de tous ceux qui ont à souffrir des rivalités politiques :

J'exècre la Commune, de même que tous les systèmes qui s'en rapprochent. Je n'exècre pas moins ce qu'on a appelé Gouvernement de Combat et qui n'est rien d'autre que la compression des petits par les forts, la lutte permanente de ceux qui sont au pouvoir contre ceux qui n'y sont pas.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

Émile Justin Menier
Paris, le 28 Février 1873

Gardes nationaux du 142e bataillon
Gardes nationaux — 142ème bataillon

Source iconographique : Grande histoire de la Commune, Georges Soria.

Une nomination prématurée

Profondément convaincu ou voulant apporter matière pour soulever les dernières réticences à une nomination annoncée pour 1873, Émile Justin Menier participe à diverses manifestations que l'on suppose spontanées de la part des collaborateurs des usines Menier, mais également du personnel des propriétés privées ayant assuré la protection des intérêts Menier pendant les événements de 1870.

Au regard des difficultés du moment, Émile-Justin devra attendre quelques années supplémentaires pour enfin devenir Chevalier le 20 Octobre 1878.

Dimanche dernier a eu lieu à la Porte Maillot, un banquet à l'occasion de la nomination de Mr Menier, fondateur de l'usine à Noisiel, comme Chevalier de la Légion d'Honneur.

De nombreux employés se sont réunis pour lui offrir une croix comme un gage de leur affectueux dévouement.

Messieurs, je suis profondément touché des bons sentiments que vous m'avez exprimés, et je me sens doublement heureux de voir partager le bonheur que j'éprouve à l'occasion de l'honorable distinction que le chef de l'État a bien voulu m'accorder.

Cette croix que vous m'offrez sera pour moi un souvenir précieux venant de vous, messieurs, dont plusieurs, depuis longtemps, secondent mes laborieux travaux.

Puisse la récompense qui m'est décernée être un nouvel encouragement pour vous faire persévérer dans la voie du travail que le gouvernement actuel entoure de ses plus vives sympathies.

Confondons nos sentiments, messieurs, et portons un toast au Prince courageux qui protège les travailleurs et qui a sauvé la France. Vive l'Empereur !

On a répondu à ce toast par le cri unanime de « Vive l'Empereur ! »

Lettre anonyme du 23 Janvier 1873.