JEANNE ET HORTENSE LAUGIER

Jeanne, Hortense Laugier
et Jacques Menier
En
1906, la famille Menier incarne un art de vivre où l’industrie, la mondanité
et la création artistique se rencontrent. Des salons du parc Monceau au
pont du yacht Ariane, les grandes figures de la danse parisienne côtoient
l’une des plus puissantes dynasties industrielles françaises. Parmi elles,
une jeune danseuse de l’Opéra appelée à se distinguer : Jeanne Laugier.
La Revue mensuelle illustrée des arts décoratifs appliqués à la femme du
1er mai 1906 offre un témoignage rare et précieux de la vie mondaine parisienne
au tournant du siècle. Elle relate un brillant dîner donné par Julie Rodier,
épouse de Gaston Menier, dans leur hôtel particulier situé au parc Monceau.
À l’issue du repas, les invités se voient offrir ce que la revue qualifie
de « régal artistique de premier ordre ».
La représentation se tient dans la serre de l’hôtel, décorée et éclairée
avec un goût jugé irréprochable, transformée pour l’occasion en un véritable
écrin de spectacle. La soirée est dominée par la présence de Mademoiselle
Zambelli, étoile de l’Opéra de Paris, qui interprète des pas espagnols.
Mais le triomphe est partagé. Autour d’elle, ses toutes jeunes camarades
de l’Opéra participent à la représentation, parmi lesquelles figure Jeanne
Laugier. Vêtues de costumes Louis XV, coiffées de perruques poudrées, aux
silhouettes fines et délicates, elles évoquent, selon les mots de la revue,
de « délicieux petits Saxe », référence explicite à l’élégance rococo et
à la porcelaine précieuse. Cette image inscrit ces danseuses dans un idéal
esthétique raffiné, parfaitement accordé au goût de la haute société de
la Belle Époque. En 1906, être invitée à danser dans un salon privé de cette
envergure, aux côtés d’une étoile confirmée, témoigne déjà d’un statut prometteur
au sein du Ballet de l’Opéra de Paris.
Jeanne Laugier appartient à ce cercle de jeunes artistes que les mécènes et grands bourgeois parisiens aiment mettre en lumière, à la frontière entre reconnaissance artistique et sociabilité mondaine. Loin des salons parisiens, à bord du yacht Ariane, propriété de Gaston Menier, des photographies d’époque montrent en effet Jacques Menier, fils de Gaston, entouré de proches et d’invités, parmi lesquels figurent Hortense et Jeanne Laugier. Ces images attestent d’une proximité sociale durable entre la famille Menier et certaines danseuses de l’Opéra, déjà perceptible lors des réceptions parisiennes. À la Belle Époque, les grandes familles industrielles jouent ainsi un rôle essentiel dans le soutien et la mise en scène des arts, accueillant artistes et interprètes aussi bien dans leurs résidences que dans leurs lieux de villégiature.

Hortense Laugier et Gaston
Menier
