LA MAISON DE RETRAITE AUX VIEILLARDS DES USINES DE NOISIEL A TORCY

À Torcy, dans l'ancien quartier ou lieu-dit de L'Enfer, se trouvait un ensemble de logements destiné aux anciens salariés des usines Menier de Noisiel. Une ancienne carte postale en donne l'appellation précise : " TORCY - L'ENFER - Maison de Retraite aux Vieillards des Usines de Noisiel ". Le nom de " L'Enfer " ne désignait pas la maison de retraite. Il correspondait au nom ancien du quartier, ou lieu-dit, de Torcy. La rue de l'Enfer deviendra par la suite la rue du Bel-Air. Le secteur se trouvait à proximité de l'ancienne route de Noisiel, aujourd'hui intégrée au quartier de l'Arche-Guédon.

La présence de cette maison de retraite à Torcy s'explique par l'importance prise par la chocolaterie Menier dans les communes voisines de Noisiel. De nombreux Torcéens travaillaient à l'usine et appartenaient à son environnement social. Les Menier ne limitaient donc pas leur politique sociale à la seule commune de Noisiel. Ils construisirent également à Torcy des logements destinés aux anciens salariés. Il faut d'ailleurs distinguer cet ensemble de Torcy de la Maison de retraite Claire Menier, construite à Noisiel à partir de 1898. À Torcy, il s'agissait plutôt de petites habitations réservées aux retraités, leur permettant de conserver une certaine autonomie. Cette réalité apparaît très concrètement dans le témoignage de Michel Monnot, qui a grandi dans l'environnement de la cité Menier de Noisiel. Dans ses souvenirs, il évoque ses deux grands-mères, Gabrielle Vassoille et Adrienne Monnot, qui vécurent toutes deux dans les logements de retraite de Torcy construits par la famille Menier. Son témoignage est particulièrement précieux car il ne décrit pas seulement l'existence de ces logements : il nous permet d'entrevoir la vie quotidienne de leurs occupants.

Michel Monnot raconte qu'enfant, il se rendait régulièrement à Torcy pour rendre visite à ses grands-mères. Lors de ses journées de congé scolaire, il leur apportait notamment de l'eau, du bois et du charbon, contribuant ainsi aux tâches nécessaires à leur vie quotidienne. En retour, il garde le souvenir des repas qu'elles lui préparaient, notamment des pommes de terre au lard et des beignets.

Ces quelques souvenirs donnent une image très différente de celle d'un hospice au sens moderne du terme. Les retraités qui vivaient à Torcy disposaient de leur propre habitation et continuaient à mener une vie uotidienne relativement autonome. La " maison de retraite " était donc avant tout un ensemble de logements permettant aux anciens salariés Menier de rester dans un environnement familier après leur vie professionnelle. Le cas de Gabrielle Vassoille est particulièrement révélateur. Après avoir travaillé dans l'univers Menier, elle termina sa vie dans l'un de ces logements de Torcy. Son parcours montre la continuité de la relation entre l'entreprise et ses anciens salariés : le lien avec Menier ne s'arrêtait pas nécessairement avec le départ à la retraite. L'entreprise avait accompagné une partie de leur vie professionnelle, puis pouvait encore leur fournir un logement lorsqu'ils devenaient âgés.

Le témoignage de Michel Monnot donne ainsi un visage humain à la Maison de Retraite aux Vieillards des Usines de Noisiel. Derrière la formule administrative ou la légende de la carte postale se trouvent des personnes, des familles et une vie quotidienne faite de visites, de services rendus et de repas partagés. Cette maison de retraite témoigne aussi de l'extension géographique de la politique sociale des Menier. L'usine était à Noisiel, mais ses salariés vivaient dans les communes environnantes. Torcy faisait pleinement partie de cet espace de vie. L'installation d'un ensemble destiné aux retraités dans le quartier de L'Enfer montre que la cité ouvrière Menier dépassait donc largement les limites administratives de Noisiel.

Aujourd'hui, le paysage de Torcy a profondément changé avec l'aménagement de la vallée de la Marne et du quartier de l'Arche-Guédon. Mais le souvenir de L'Enfer et de la Maison de Retraite aux Vieillards des Usines de Noisiel conserve la trace d'une époque où une grande entreprise pouvait accompagner ses salariés bien au-delà de leur seule vie professionnelle. À travers le témoignage de Michel Monnot, cette histoire prend une dimension particulière : celle de deux femmes âgées, Gabrielle et Adrienne, vivant dans leurs logements de Torcy, et d'un petit-fils venant leur apporter de l'eau, du bois et du charbon. Une scène familiale simple, mais qui permet aujourd'hui de comprendre concrètement ce que pouvait être la retraite d'un ancien salarié des usines Menier.

UN LOTISSEMENT ENCORE EN COURS DE REALISATION

Une autre carte postale, apporte un éclairage intéressant sur la construction de la maison de retraite de Torcy. Cette vue montre le lotissement dans un état antérieur à celui présenté sur la carte précédente. Les bâtiments sont déjà édifiés, mais l'aménagement de l'ensemble n'est manifestement pas terminé. Plusieurs détails permettent de le constater. Les escaliers extérieurs donnant accès aux logements ne sont pas encore réalisés, pas plus que les garde-corps en bois visibles sur la carte montrant le lotissement achevé.

Les espaces entre les constructions sont encore très sommaires et les arbres, de petite taille et disposés dans un environnement fraîchement aménagé, semblent correspondre à de jeunes plantations. Il ne s'agit donc vraisemblablement pas d'un ensemble abandonné ou en ruine, mais bien d'un premier état de réalisation du lotissement, alors que les bâtiments sont construits mais que les travaux d'aménagement et de finition se poursuivent. La comparaison avec la carte déjà présentée permet ainsi de suivre l'évolution du site : les constructions sont d'abord édifiées, puis les accès, escaliers, garde-corps et aménagements extérieurs sont réalisés avant l'installation des retraités. La date exacte du chantier reste à préciser, mais cette nouvelle photographie peut raisonnablement être située au début des années 1910, dans une période correspondant à la réalisation progressive de cet ensemble destiné aux anciens ouvriers des usines Menier. Cette découverte est particulièrement intéressante car elle permet désormais de documenter un état intermédiaire de la maison de retraite, entre sa construction et son occupation effective.

TORCY - PLACE DU JEU DE PAUME

Vue de la Cité Menier de Torcy. Sur cette carte postale ancienne, de nombreux enfants et habitants du quartier posent le long de la chaussée devant l'alignement des habitations ouvrières mitoyennes de la place du Jeu de Paume. Cet ensemble de 24 logements s'inscrira dans le prolongement de la politique sociale de la chocolaterie Menier sur la commune de Torcy, avec un piquetage officiellement présenté à Jacques Menier le 13 octobre 1929 par l'entrepreneur Tombu et l'architecte Dematons. Le projet global alors validé prévoyait la construction de 40 logements neufs, répartis entre ces 24 maisons de la place et 16 autres habitations prévues en bordure du Ru Maubué.



 

 

Saga Menier