Le yacht Nubienne devient le Velleda
À la fin de l’année, Henri Menier acquiert le yacht Nubienne et le rebaptise Velleda. Le navire devient le point de départ de ses grandes aventures maritimes.
Henri, Albert et Gaston Menier : trois industriels, une passion commune pour la mer, l’innovation navale et les grandes traversées de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle.
La famille Menier est indissociable de l’histoire du chocolat industriel en France. Mais derrière la réussite économique de cette dynastie se dessine une autre passion, moins connue : celle de la mer et des grandes navigations.
Henri, Albert et Gaston Menier ont fait de leurs yachts des instruments d’exploration, d’expérimentation technique et, pendant la Première Guerre mondiale, de service national. Leurs parcours témoignent d’une époque où les grandes fortunes industrielles contribuaient aussi à l’évolution du yachting.
« Il est, en effet, peu d’exemples, dans l’histoire du yachting, d’une famille entière se donnant à ce sport avec un même cœur et une même compétence. » Bulletin officiel du Yacht Club de France, 25 février 1931
Des premières acquisitions de yachts aux opérations navales de la Grande Guerre, retour sur les étapes marquantes de la famille Menier.
À la fin de l’année, Henri Menier acquiert le yacht Nubienne et le rebaptise Velleda. Le navire devient le point de départ de ses grandes aventures maritimes.
Henri Menier entreprend un voyage vers l’Extrême-Orient. Une épidémie de choléra et les quarantaines à Aden l’obligent à interrompre son expédition. Sur le retour, le Velleda traverse un cyclone sans dommages sérieux.
Au cours de ses navigations, le yacht atteint le 81e degré de latitude nord. Les croisières d’Henri Menier le conduisent également vers les régions nordiques et d’autres destinations lointaines.
Albert Menier acquiert le Sea Queen, rebaptisé Némésis. Long de 59 mètres et capable d’atteindre 13 nœuds selon le bulletin, le yacht associe élégance, vitesse et sécurité grâce à sa coque compartimentée.
Albert Menier entreprend une longue croisière passant notamment par Aden, Bombay, Colombo, Singapour, Saïgon, Haïphong, Hong-Kong et Shanghai.
Henri Menier acquiert l’île d’Anticosti, dans le golfe du Saint-Laurent. Il fait ensuite l’acquisition du Bacchante, un yacht de 61 mètres et de 975 tonneaux, adapté aux longues traversées.
Gaston Menier acquiert l’Ariane, un navire de grande croisière jaugeant 630 tonneaux. Il y poursuit ses recherches techniques, notamment sur des dispositifs destinés à améliorer les qualités de manœuvre du navire.
Dans le contexte du conflit mondial, le yacht est réquisitionné pour des missions de patrouille et rejoint les opérations navales. La navigation de plaisance laisse place au service de la défense nationale.
L’Ariane participe à différentes opérations au large des côtes de Syrie et de Palestine. Le bulletin mentionne notamment le bombardement de positions turques à Adalia et des tirs subis à Castellorizo.
À la fin de la guerre, les services rendus par l’Ariane sont salués par le ministre de la Marine. L’engagement de Gaston Menier illustre la contribution de certains yachts privés à l’effort de guerre.
Le Bulletin officiel du Yacht Club de France, daté du 25 février 1931, revient sur les parcours des trois frères et rend hommage à leur passion commune pour la navigation et à leur intérêt pour la technique navale.
Henri Menier est le premier des trois frères à s’illustrer par de grandes expéditions maritimes. À la fin de l’année 1884, il acquiert le yacht Nubienne, auquel il donne le nom de Velleda.
Dès 1885, il entreprend une croisière vers l’Extrême-Orient. Contraint d’interrompre son voyage à Aden en raison d’une épidémie de choléra et des quarantaines imposées dans la région, il regagne l’Europe. Durant le retour, son yacht traverse un cyclone sans subir de dommages sérieux.
Les voyages suivants le conduisent vers le Spitzberg, l’Islande, l’Égypte, le Levant, la Norvège, le cap Nord, la Méditerranée et l’Amérique. En 1886, le Velleda atteint le 81e degré de latitude nord, signe de l’ambition de ces navigations.
En 1895, Henri Menier acquiert l’île d’Anticosti, dans le golfe du Saint-Laurent. Il se dote ensuite du Bacchante, un yacht de 975 tonneaux et de 61 mètres de longueur, particulièrement adapté aux traversées prolongées.
Son parcours associe ainsi prestige, exploration et intérêt pour les territoires lointains.
En 1886, Albert Menier acquiert le yacht Sea Queen, qu’il rebaptise Némésis. Le bulletin décrit un navire élégant de 59 mètres, capable d’atteindre 13 nœuds.
Le yacht se distingue également par sa conception : sa coque double comporte 80 compartiments étanches. Cet aménagement témoigne de l’importance accordée à la sécurité en mer.
Au début de 1887, Albert entreprend une longue croisière en Extrême-Orient. Son itinéraire passe notamment par Aden, Bombay, Colombo, Singapour, Saïgon, Haïphong, Hong-Kong et Shanghai.
Dans certaines régions d’Asie, la piraterie représente alors un risque pour les navires. Le bulletin souligne que le Némésis dispose de moyens de défense adaptés aux conditions de navigation rencontrées.
Ses navigations ultérieures en Méditerranée prolongent cette recherche d’un équilibre entre confort, performances et sécurité.
Gaston Menier suit une voie comparable à celle de ses frères, tout en développant ses propres intérêts techniques. Après plusieurs petits yachts, il acquiert en 1902 l’Ariane, un navire de grande croisière jaugeant 630 tonneaux.
À son bord, il conduit des essais techniques, notamment sur des évolueurs destinés à améliorer les qualités de manœuvre du navire. Les résultats obtenus ne répondent toutefois pas entièrement à ses attentes.
Moins attiré que ses frères par les très longues expéditions, il fait naviguer chaque année l’Ariane entre les mers du Nord et la Méditerranée. Le bulletin insiste sur le soin apporté à son entretien, décrivant un navire « toujours impeccablement tenu et entretenu ».
La Première Guerre mondiale donne une nouvelle dimension à cet engagement. En 1914, le yacht est mobilisé pour des missions navales. Il opère ensuite en Méditerranée orientale, notamment au large des côtes de Syrie et de Palestine.
Le bulletin mentionne le bombardement de positions turques à Adalia, des tirs subis à Castellorizo et d’autres opérations contre des installations ennemies. L’activité de l’Ariane se poursuit jusqu’à l’armistice.
Les services rendus au cours de la campagne valent à Gaston Menier une reconnaissance officielle. Une lettre du ministre de la Marine, reproduite dans le bulletin, salue la contribution du yacht à la défense nationale.
À travers les parcours d’Henri, d’Albert et de Gaston Menier, le yachting apparaît bien davantage que comme un loisir réservé à une grande fortune industrielle. Leurs navires deviennent des lieux d’expérimentation, des moyens d’exploration et, parfois, des instruments mobilisés au service de la nation.
Henri privilégie les expéditions lointaines et les voyages vers les régions nordiques. Albert se distingue par ses navigations en Extrême-Orient et l’attention portée à la sécurité de son yacht. Gaston poursuit des recherches techniques avant de voir l’Ariane participer aux opérations navales de la Grande Guerre.
Leur point commun réside dans une approche exigeante de la navigation, associant moyens financiers, curiosité technique et goût de l’aventure.
Publié en 1931, le témoignage du Yacht Club de France éclaire ainsi une autre facette de cette famille célèbre pour son rôle dans l’industrie chocolatière. Les trois frères ont contribué à l’histoire du yachting français à une époque où les grandes fortunes faisaient de leurs navires des instruments de prestige, d’innovation et de découverte.
Leur histoire rappelle enfin que l’héritage d’une dynastie ne se résume pas à son activité économique : il se construit aussi à travers les passions, les initiatives et les engagements qui traversent les générations.