Saga Menier · Noisiel
La Cathédrale
Symbole d’une idéologie bourgeoise bien établie, la cathédrale traduit la réussite économique et sociale des Menier. Ils fixent ainsi dans la pierre leur entrée triomphale dans l’histoire. Forme insidieuse de couronnement pouvant être traduite par une apogée, une fin en soi qui permet la lecture en creux d’un déclin annoncé.
L’autre enseignement est le style architectural de la Cathédrale ; il est en rupture avec la vieille tradition aristocratique, élégante et sensuelle, mais considérée en ce début de siècle comme « criminelle ».
La cathédrale édifiée en 1906 symbolise la pénétration dans le monde ouvrier et dans la modernité émergente du XXe siècle.
L’utilisation de moyens modernes tels que le béton armé ainsi que l’absence de décoration préfigurent l’harmonisation de l’architecture avec les exigences et besoins de la vie moderne et la reconnaissance d’un matérialisme naissant.
La cathédrale est le dernier bâtiment d’envergure érigé par les fils Menier ; elle rejette l’ensemble des systèmes architecturaux existant sur le site et plus particulièrement l’emblématique moulin Saulnier édifié par leur père Émile-Justin à l’apogée de sa gloire en 1872.
Un édifice conçu pour être vu
Le choix de Sauvestre a pu surprendre. Voilà un architecte de maison d’habitation à qui l’on demande de construire un bâtiment d’usine.
Certes, son nom est associé à celui de Gustave Eiffel, avec qui il dessine la Tour. Il faut donc voir dans ce choix la volonté d’Henri et de Gaston Menier de bâtir un édifice original dans l’esprit novateur du Moulin et du bâtiment des refroidisseurs, qui sera fait pour être vu, visité et qui doit donc être beau.
La nouvelle chocolaterie devait être située à proximité du moulin où était fabriquée la pâte et du dressage dans lequel le chocolat était moulé.
Côté berge, il n’y a plus de place. Restent les deux îles sur la Marne.
Une prouesse de construction
L’architecte prévoit de les unir en remblayant et, pour les fondations, il fait appel à une technique nouvelle. Il s’agit d’utiliser des pieux en béton armé.
La construction dure deux ans. Les visiteurs assistant à l’opération de malaxage du chocolat arrivaient à la Cathédrale par la passerelle Pont Hardi et admiraient ces sept niveaux dont la surface au sol dépasse 9 000 m².
Le style Louis XV ne laisse rien deviner de cette fonction. Mais si la Cathédrale remplit à merveille son rôle de vitrine, elle ne semble pas avoir été techniquement bien adaptée aux besoins de l’usine.
Utilisée à 30 % de son rendement, elle sera désaffectée au début des années cinquante.