CHENONCEAU |
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Madame
Pelouze encore propriétaire du château de Chenonceau, multipliait
les dettes. Afin de payer les quinze cent mille francs que lui coûta
la restauration du château et les frais considérables de sa
vie de châtelaine fastueuse, elle fit au Crédit Foncier et à bien
d'autre prêteurs toutes une série d'emprunts. Mais les intérêts
s'accumulèrent au point de compromettre la possibilité de leur service.
Sur la plainte du Crédit Foncier, qui ne pouvait plus obtenir le
paiement de ses arrérages, Chenonceau fut saisi en 1888. Mis en
vente après cette saisie,le domaine fut adjugé en
1889 à l'établissement de Crédit Foncier, pour
la somme de 410.000 francs.
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En se rendant acquéreur de Chenonceau, le Crédit Foncier fit une excellente affaire. A la fin de 1891, il revendit le domaine pour la somme de 1.000.000 de francs à José-Emilio Terry, député aux Cortès espagnoles. Celui-ci ne resta pas longtemps propriétaire du château et le céda le 10 avril 1896, pour 1.080.000 francs, à l'un de ses parents, Francisco Terry. Ce nouvel acquéreur mourut en 1908 et ses héritiers mirent à leur tour en vente le domaine qui fut adjugé le 5 avril 1913, pour la somme de 1.770.000 francs pour une mise à prix de 1.300.000 francs, à M. Henri Menier Le secret de Chenonceau R. Ranjard |
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"Je
sais ce qu'on va dire, ma chère
Thyra ( la femme d'Henri) : Henri Menier |
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Simonne
Menier épouse de Georges
infirmière à Chenonceau en 1917 |
Simonne
Menier en salle d'opération en 1917
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En 1913, à la mort de mon frère Henri, j'avais pris le château de Chenonceau à ma charge. C'était un endroit tout trouver avec ses grandes pièces saines et aérées dans un site tranquille loin du bruit des canons. Pendant et après la guerre, je fus amené à faire de nombreux travaux car la morsure des temps avait altéré le haut des piles exposées à l'Ouest. Il me fallut donc les refaire successivement et c'était un des travaux le plus pressé.Mon activité était soumise à une dure épreuve ; j'allais fréquemment à Noisiel, je m'occupais de tous les détails rue de Chateaudun ; les questions de trésorerie étaient alarmantes et j'allais à Chenonceau où l'hopital commençait à fonctionner avec un personnel de médecins et d'infirmiers payés par l'Etat, mais j'assumais toutes les dépenses de nourriture et d'installation.Il en était de même de l'hopital que j'avais créé à Noisiel et qui était de la même importance que celui établi à Chenonceaux.Je ne m'étendrai pas davantage sur l'hopital de Chenonceau, mon fils Georges et ma belle fille Simonne [avec 2 N] avaient été chargés d'organiser et de surveiller son fonctionnement.
Bloc
opératoire. Rédacteur de la carte : Georges Menier
Sergent Infirmier Major

Georges Menier en 1917
à Chenonceau
J'avais eu la bonne fortune de trouver une source et la qualité de l'eau était parfaite. Cette source était située au fond du parc du château, sur la rive gauche du Cher, et elle était appelée la fontaine "Henri III".Une petite pompe électrique amenait cette eau puis la remontait dans le château, donnant ainsi une eau d'alimentation de premier ordre.La lumière électrique fut également distribuée dans tout le château, d'abord une installation volante et ensuite plus correctement pour écarter le plus possible les risques d'incendie.Le chauffage, avec des poëles semblables à ceux utilisés pour le chauffage des écoles de la Ville de Paris, permettait de donner une tiédeur agréable dans toutes les salles des blessés.
Au début de la guerre, les blessés arrivaient à Chenonceau après un séjour de deux ou trois jours dans les wagons mal nettoyés et nous avions un certain nombre de cas de gangrène gazeuse auxquels il fallait remédier sans perdre un instant.Peu à peu, les services se perfectionnèrent et nous eûmes la bonne fortune d'avoir un hopital dans lequel l'hygiène se développait chaque jour et on peut dire que grâce à nos installations les pertes de nos braves soldats, amenés à Chenonceau, furent extrêmement minimes. Le bon air, la tranquillité de la région, la gaîté des malades donnaient à l'hopital un caractère sympathique et confiant.

On remettait quelquefois aux convalescents les plus vaillants une ligne dont l'hameçon trempait dans le Cher, et ils se réjouissaient comme de vrais enfants lorsqu'ils sentaient se développer une vigoureuse touche.L'ensemble du personnel, les blessés, les infirmiers, les médecins, etc... atteignaient souvent 400 personnes et je n'ai jamais voulu qu'on m'indiquât le montant de la dépense.En résumé, comme je l'ai indiqué sur une plaquette fixée dans une des grandes galeries du château, l'hopital de Chenonceau a reçu pendant les quatres années de guerre, 2 254 blessés et sur ce nombre le chiffre des pertes fut extrêmement minime.

A
Chenonceau, j'avais comme chirurgien-chef le Dr Morel, et à Noisiel,
j'ai eu pendant assez longtemps le grand Dr Carrel à qui, dans la
seconde partie de la guerre, on envoyait les grands blessés du poumon
qu'il arrivait à tirer d'affaire grâce à sa méthode
d'injections avec la liqueur Dakin.
Souvenirs
de Gaston Menier 8 Octobre 1934

Original du peintre Michel
RIGEL 2016.
Hommage à Modigliani,
"femme au collier vert" représentant Simonne Menier..
SECONDE GUERRE MONDIALE
En 1939
La Touraine fut d'abord envahie par les administrations ministérielles,
fuyant Paris trop proche des opérations militaires.
Chenonceau qui, lors du décès de M Gaston Menier le 5 novembre
1934, était devenu par héritage la propriété
de son petit-fils M. Antoine Menier, fut réquisitionné, démeublé
et les bureaux de la Direction de l'Infanterie du Ministère de la
Guerre s'y installèrent.
En juin 1940
Les fonctionnaires de Daladier s'enfuirent plus loin devant l'invasion du territoire, avec une précipitation si grande qu'ils oublièrent leurs archives.
Le 20 juin
Les allemands atteignirent les coteaux limitant au nord la vallée
du Cher, dont les ponts avaient été détruits. Supposant,
à tort, la présence de troupes Françaises dans le parc
de Franceuil, ils postèrent une batterie de 105 mm sur les hauteurs
dominant le village de Chisseau et tirèrent sur ce parc.
Mais leur tire mal réglé. Au grand émoi du régisseur,
M. Baugé et de sa famille réfugiés dans les cuisines
du château. La toiture des galeries fut traversée de part en
part. Un projectile éclata sur l'escalier de pierre accédant
à la tour des Marques, dont la porte fut endommagée. Aggravant
le péril, un avion lâcha ses bombes qui atteignirent les douves
du parc de Chisseau.Les Allemands traversèrent la rivières
et pendant plusieurs mois le château fut occupé par les troupes
contonnées dans les dépendances avec leur matériels.
Peu de temps après l'armistice, les autorités de l'armée
d'occupation reconnurent au château la qualité de "monument
historique" et ne tardèrent pas à le faire évacuer.
Mais ce château constituant un pont sur lequel la ligne de démarcation
des deux zones pouvait être franchie, elles en interdirent l'accès
et ne le permirent qu'au seul régisseur.
En 1943
La frontière séparant les deux zones fut supprimée, le château et ses parcs n'en demeurèrent pas moins fermés pour le public
.
Le 7 juillet 1944
Un avion américain vint bombarder le château. Les projectiles tombèrent dans le Cher, près de la chapelle dont les vitraux et les réseaux des fenêtres furent brisés. Deux mois plus tard les allemands s'enfuirent. Alors Chenonceau put bientôt réparer ses blessures.
Le secret de Chenonceau R. Ranjard
