HEURES DE LOISIR, FABLES, CONTES ET PENSÉES PAR MARIE-VIRGINIE MENIER

En 1816 commencent les débuts parisiens de Jean-Antoine-Brutus Menier. Il noue alors des relations, à la recherche de quelques moyens de faire fortune rapidement. En février de la même année, son mariage avec Marie-Edmée-Virginie Pichon, fille d’un marchand d’origine champenoise, lui apporte une dote substantielle ainsi qu’un rapprochement avec une vieille famille de magistrats et de propriétaires fonciers de Courchant-des-Sablons.

À la mort de Jean-Antoine-Brutus en 1854, son fils Émile-Justin reçoit, dans le cadre de la succession, un héritage de 1 500 000 francs. Le règlement de la succession intervient en novembre 1855. Émile-Justin conteste alors les avantages accordés à sa mère, Marie-Edmée-Virginie Pichon, tels qu’ils sont inscrits dans le contrat de mariage de 1816 ainsi que dans une donation de 1846. Il remet également en cause les comptes de la société Menier.

Cette succession mouvementée laisse des traces au sein de la famille. La veuve de Jean-Antoine-Brutus Menier ira vivre chez sa fille. On peut penser que les rapports entre la mère et le fils restent tendus, comme en témoigne l’absence remarquée d’Émile-Justin aux funérailles de sa mère, le 20 août 1879. À la brouille familiale s’ajoute le caractère fortement anticlérical d’Émile-Justin, en totale opposition avec les pratiques religieuses de sa mère.

Le cimetière du Père-Lachaise abrite dans une chapelle majestueuse la presque totalité de la famille Menier. Il est à noter qu’un autre édifice funéraire accueille également plusieurs membres de la famille : Jean-Antoine-Brutus, son épouse (Edmée Virginie Pichon), leur fille aînée (Virginie Honorine Menier), ainsi que la mère de Jean-Antoine-Brutus (Renée Catherine Vernet). Ce monument, de modeste facture, reflète une certaine simplicité.

L’ouvrage Heures de loisir. Fables, contes et pensées se présente comme un recueil de fables, contes et réflexions, mais aussi comme une mise au point sur les relations entre l'autrice et son fils.

CONSEILS D'UNE MÈRE A SON FILS

Ils ne sont plus, ces jours où ta grâce enfantine
Répandait sur ma vie un parfum de bonheur ;
Et le temps, en fuyant, a fait croître l’épine.
À la place où jadis avait brillé la fleur,
Hélas ! tout est changé, l’absence nous sépare ;
Vainement on se plaint, et le destin barbare
Veut que soient accomplis ses terribles décrets :
Courbons-nous sous ses coups, nous sommes ses sujets.
Enfin, puisqu’il nous faut vivre sous sa loi rigide,
Tu ne dois plus, mon fils, marcher sous mon égide.
Mais je peux néanmoins te donner des avis
Dont, plus tard, mieux encor, tu connaîtras le prix.
Par mes faibles essais, si je savais te plaire,
Si leur pouvoir sur toi n’était point éphémère,
Peut-être seraient-ils disposés à ton esprit
Le désir d’observer pour en faire profit.
Il s’acquiert ainsi l’art de l’expérience :
Observer, comparer c’est là qu’est la science.
Sur la scène du monde, innombrables acteurs,
Nous devons tous apprendre à connaître les cœurs.
Cette tâche, à la fois ardue et difficile,
Bien pénible souvent, n’est pas la moins utile ;
Car les défauts d’autrui, qui nous frappent les yeux,
Provoquent sur nous-mêmes un retour douloureux.
Alors, saisi de honte et rempli de courage,
À la face du ciel, on jure d’être sage !
Il faut de ce serment n’être violateur :
C’est la vertu, mon fils, qui conduit au bonheur.
Dans ce que je te dis, ton intérêt me guide.
Je vais te retracer, d’une plume rapide,
Des humains, ici-bas, quelques-uns des travers
Que tu rencontreras dans les pays divers.
Le climat peut changer, telle est la loi suprême,
Mais, dans tous les pays, l’homme est partout le même.
Et l’éducation, lui donnant des dehors,
Souvent l’aide à cacher ses travers et ses torts.
Il est bon néanmoins de vaincre l’ignorance :
Son joug retient l’esprit en triste dépendance,
Mais il faut avant tout que l’on forme son cœur.
La science jamais ne tient lieu de l’honneur.
Tel connaît ses auteurs et résout un problème,
Qui trahit ses serments et s’ignore lui-même.
Le talent le plus grand, celui qu’il faut avoir,
Est d’incliner son front sous la loi du devoir.
Savoir beaucoup nous montre une heureuse mémoire ;
Science sans sagesse est bien illusoire.
J’aime mieux l’honnête homme, avec un gros bon sens,
Qu’un profond érudit, esclave de ses sens.

Heures de Loisir, poésies, par Mme Marie-Virginie Ménier 1862


Gravures sur bois incluses dans l'ouvrage, représentant les 3 évolutions sous l'ère Jean Antoine Brutus. De bas en haut:1825/1842/1853

 

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