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JACQUES
MENIER AVIATEUR DE GUERRE

Soldat
de la classe 1912, Jacques Menier Matricule 578, fut incorporé
le 10 octobre de la même année à la 1er compagnie,
1er groupe des aérostiers du 1er régiment de génie
à Saint-Cyr, où il resta jusqu'au courant de 1914.
A cette date il fut affecté au parc aéronautique n°
8 Bréguet, Michelin. Le 2 avril 1916 il entrait à l'école
de pilotage de Tours et obtenait le 25 avril, au titre militaire,
le brevet de pilote n° 4031. Le 3 août 1916 il était
dirigé sur l'école de moniteurs d'Arvord et, le 7 septembre
de la même année, il obtenait le brevet de pilote par
la fédération aéronautique internationale portant
le n° 4255. Le 4 novembre 1916 il entrait à l'école
de chasse de Pau. Le 2 février il était affecté
à l'escadrille Nieuport 84-G-C-13. Le 19 août 1917 il
était blessé en combat aérien et fait prisonnier.

Jeanne Laugier
danseuse à l'opéra de Paris et sa soeur Hortense (à
droite) également danseuse
Jacques Menier au centre vers 1910
Formée
le 6 janvier 1917 par le lieutenant Gastin sur le terrain de Ravenel,
l'escadrille 84 est rattachée au groupe de combat 13 mis sur
pied en novembre 1916 par le commandant Fequant et commandé
par le capitaine d'Harcourt. Les avions sont majoritairement des Nieuport
24 et quelques Spad 7 : tous les appareils sont monoplaces. Les Spad
7 sont les derniers nés de la fabrication aéronautique
française destinés à l'aviation de chasse. Ils
surclassent tous les autres avions ennemis de même catégorie.
Parmi
les pilotes du début notons le maréchal des logis Demulde
qui ne tardera pas à se distinguer ainsi que le sous-lieutenant
de Bonnefoy, chasseur de grande classe, venu de la N 65 où
il s'est illustré par cinq victoires; il semble rechercher
les actions périlleuses : attaques de drachen [ballon captif]
ou au sol, et blessé déjà 2 fois.
Le
8 avril, l'escadrille part pour le terrain de Bonneuil près
de Ham dans la Somme où elle séjournera jusqu'au 6 juin
avec les autres unités du groupe 13. Le groupe est mis à
la disposition de la 3ème armée du général
Humbert. Le front allemand de la Somme et de l'Aisne menacé
par la progression victorieuse des armées franco-britaniques
vient d'être replié sur les ouvrages fortifiés
de la position " Hinderbourg".
L'escadrille
multiplie les investigations en vue de préciser le tracé
des positions ennemies et de reconnaître l'activité des
troupes allemandes en arrière du nouveau front. Le sous-lieutenant
Juguin abat, le 23 avril, un avion ennemi au nord-ouest d'Itancourt,
il réussit à ramener au terrain son Nieuport incendié
à la suite de la rupture du tuyau d'échappement. Le
13 mai, le sous-lieutenant de Bonnefoy rentre d'une attaque de drachen
avec 17 éclats d'obus dans son appareil. Cette action lui vaut
une quatrième citation à l'ordre de l'Armée et
la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.
La
bataille "du chemin des Dames" se déchaîne
sur le front de l'Aisne. L'escadrille N84 y participe sous les ordres
du capitaine de Richemont qui la commande depuis le 26 avril. L'un
des pilotes, le caporal Eveno se tue par accident le 12 mai sur le
terrain de Ravenel. Le maréchal des logis Demeuldre remporte
ses premières victoires, la deuxième le 23 mai, à
l'est d'Itancourt avec le sergent le Marec.

Oscar
Stettiner Amedeo Modigliani et le sergent Jacques Menier (à
droite) en 1917
La
bataille "du chemin des Dames" se solde par un sanglant
échec pour les forces françaises en but à de
violentes contre attaques allemandes qu'elles ne cessent de repousser,
au prix de lourdes pertes pour les deux parties. Le groupe de combat
13 prend part à ces opérations après avoir gagné,
le 6 juin, le terrain de Chaudun-Maison-Neuve dans l'Aisne.
Dans
le courant de juin et au début juillet, l'escadrille échange
ses Nieuport 24 contre des Spad 7 et 13, elle porte désormais
l'appellation Spa 84, sous laquelle elle rentrera dans l'histoire.
Les Spad 13 plus que les Spad 7, surclassent très nettement
tous les chasseurs ennemis, en 1918 ils lutteront avec succès
contre les fokker D.V.II qui leur seront pourtant supérieurs.
Le
groupe de combat 13 se déplace le 18 juillet dans les Flandres
sur le terrain de Saint-Pol-sur-Mer. Il est engagé dans la
deuxième bataille des Flandres dans le secteur de la 1er Armée
du général Fayolle. Les chasseurs de la Spa 84 contribuent
à apporter une aide sérieuse à la progression
des troupes françaises; celles-ci sont appuyées pour
la première fois par les engins blindés de la nouvelle
"artillerie d'assaut".
Retirée
le 12 août du front des Flandres, l'escadrille est renvoyée
avec le groupe de combat 13 sur le front de Verdun et vient occuper
le terrain de Sénard. Elle prend une part active aux actions
offensives menées notamment les 20 et 21 août par la
II Armée du général Guillaumat. Les escadrilles
multiplient les efforts pour appuyer la progression des unités
terrestres, détruisant nombre d'avions et de drachen et attaquant
même au sol l'ennemi sur lequel les pilotes lancent des bombes
à main "type gras".
Trois
des pilotes de la Spa 84, disparaissent pendant cette période
: Jacques Menier, le 19 août, le caporal Rostan le même
jour et le sergent Duport. Quant au sous-lieutenant de Bonnefoy, il
remporte une nouvelle victoire le 21 août à l'est de
Samogneux. .../...
Service
historique
Armée de l'Air

Gaston
Menier et son fils Jacques,
à bord de l'Ariane le jour de la
grande revue navale anglaise
qui se déroula dans la rade
de Spithead, à l'occasion du
couronnement du roi Georges V.
Le samedi 24 Juin
1911
DÉPART
POUR UNE MISSION PHOTOGRAPHIQUE
"La
patrouille partait en mission photographique. Dans cette opération
Jacques Menier remplaçait son camarade Wertheimer immobilisé
au moment du départ. [Celui-ci deviendra commandant de la Spa
84 du 28 août 1918 au 24 avril 1919].
Le matin même, au cours d'une reconnaissance l'appareil de Jacques
Menier avait subi des dégâts réparés en
toute hâte.
C'est dans ces conditions qu'il décolle, son appareil grimpant
un peu moins vite que celui de son chef, le lieutenant de Bonnefoy.
Première escarmouche vers 18 heures 30 avec un appareil allemand,
Jacques Menier n'hésita pas à piquer dessus et à
le poursuivre. Ce faisant, il fut entraîné plus avant
dans le secteur de l'adversaire sans réussir à descendre
l'avion.
Cette digression l'avait éloigné de la patrouille, c'est
pourquoi, il prit de la hauteur pour rejoindre ses camarades sur les
lignes.
Il planait à 3.800 mètres et se rapprochait des lignes
françaises, lorsqu'il aperçut une patrouille allemande
de six appareils rentrant chez elle.
Il attaqua l'un des trois avions du dernier groupe. Aussitôt
les six se mirent à le harceler deux par deux de chaque coté.
Le combat se déroulait à une cadence très rapide.
Au bout de quelques minutes l'un des assaillants pu se placer sous
la queue de l'appareil français.
L'allemand lâcha une salve de quelques balles qui touchèrent
leur but. Un projectile, après avoir percé le calot
de fourrure de Jacques Menier glissa entre la peau et le crâne
du côté gauche arrière de la tête. Un deuxième
se logea dans le réservoir d'essence de l'appareil qui prit
feu instantanément.
Jacques Menier continua sa course vers la terre laissant son appareil
l'entraîner et préparant de son mieux le contact avec
le sol.
Il brisa son pare-brise, il troua la carlingue avec ses pieds, afin
de créer un appel d'air à l'intérieur et de rabattre
ainsi les flammes qui lui brûlaient la tête.
Dès qu'il aperçu les arbres, il redressa son appareil
et piqua dans une clairière, ou, du moins, ce qu'il pensait
être une clairière.
Il atterrit à peu près normalement, déboucla
sa ceinture et sauta hors de l'appareil.
Immédiatement il fut fait prisonnier par le commandant de la
batterie d'artillerie allemande positionnée à quelques
mètres de l'événement."

Remise de décorations,
Jacques Menier 2è à gauche
LETTRE
DE JACQUES MENIER SARREBRUCK 1917
"C'est
en rentrant que je me me suis trouvé sur le passage d'une Patrouille
allemande de six appareils qui rentrait chez elle. Voyant que le combat
était inévitable, eux étant chez eux et ayant tous les avantages et
du nombre et du terrain, j'ai bondi sur le premier. En engageant le
combat je savais qu'il n'y avait rien à faire et que fatalement je
devais être descendu. Il s'agissait de vendre sa peau le plus cher
possible.
Cela a duré dix minutes et je te prie de croire que je jouais serré,
presque à bout portant que je tirais, car je ne voulais pas gâcher
nies munitions. Tout à coup, mon réservoir à essence fait explosion
et l'appareil est en feu. Une balle avait traversé le réservoir en
'y mettant le feu. Aussitôt je casse le pare-brise avec le coude.
Les flammes me montaient par-dessus la tête à 3000 mètres à peu près.
Le vent rabat les flammes et elles viennent à la poitrine au lieu
de me venir en pleine figure. Je vois la terre, je redresse et je
puis atterrir dans une petite clairière dans les bois. Je saute en
vitesse, tu penses…. "
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DÉTAILS
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Le
19 août 1917 18h20
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Départ
pour une mission photographique du terrain de Sénart
près de Verdun.
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Le
19 août 1917 18h50
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Atterrissage
de fortune à 4 Kilomètres à l'est de
Damvillers
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Du
20 août au 2 octobre 1917
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Séjour
au théâtre lazaret hôpital allemand à
Montmédy.
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Du
4 octobre au 15 octobre 1917
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Séjour
à l'hôpital des prisonniers à Trèves.
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Du
16 octobre au 5 novembre 1917
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Séjour
au lazaret de Saarbrucken.
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Du
5 novembre au 21 novembre 1917
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Séjour
au lazaret du camp de Bernau.
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Du
21 novembre 1917 au 21 juillet 1918
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Séjour
au lazaret de Furtenfeldbruck Puchheim.
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Le
24 août 1918
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Séjour
à l'hôpital Munsterlingen en Suisse.
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Le
6 septembre 1918
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Séjour
dans la région d'internement de Montreux en Suisse.
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Le
20 septembre 1918
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Rapatriement et Mise en position de congé de convalescence.
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Le
21 février 1919
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Démobilisation.
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Mr
Jacques Menier a été grièvement blessé
par balle et par brûlures au visage. Il a obtenu la croix de
guerre avec deux citations, une à l'ordre de la 11 ème
armée en novembre 1917, la deuxième à l'ordre
des armées du Nord et du Nord-Est en octobre 1918. La médaille
militaire en février 1919 ainsi que la croix de guerre avec
palme. Enfin en vertu du décret du 1er janvier 1927 M. Jacques
Menier fut fait chevalier de la Légion d'honneur par le gouvernement
de la République.

Le
11 Février prise d'armes aux
Invalides. Remise de la Croix de
la Légion d'Honneur par
le Général Gouraud
Morceaux
choisis de Jacques Menier aviateur de A. Bordage.
Publication éditée pour la campagne des sénatoriales
du 13 janvier 1935
Résultats
des sénatoriales: Electeurs inscrits 972. Votante 970 Suffrages
exprimés 968. Majorité absolue 485
Ont obtenu : MM. JL Dumesnil, 560 voix (ELU). Jacques Menier,
maire de Noisiel, radical socialiste. 218 voix

Jacques Menier
en 1936
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