Chronologie des événements Menier

En 1825, le chocolat n’est pas encore la friandise populaire que l’on connaît aujourd’hui. Il se consomme principalement sous forme de boisson chaude, notamment dans les milieux bourgeois et aristocratiques, et reste un produit de luxe. La production commence toutefois à se mécaniser grâce aux progrès techniques et au développement des premières fabriques industrielles. Les fèves de cacao, importées notamment des Antilles et d’Amérique du Sud, sont torréfiées, broyées puis mélangées à du sucre pour obtenir une pâte de chocolat. En France, plusieurs villes, dont Paris, Bayonne, Nantes et Bordeaux, participent au développement de cette activité. Le cacao arrive notamment par les ports, qui jouent un rôle essentiel dans le commerce des denrées coloniales. Au cours du XIXe siècle, les progrès techniques et l’industrialisation favorisent progressivement la diffusion du chocolat. Les premières tablettes se développent à partir des années 1830, notamment avec Menier en 1836, tandis que le chocolat solide à croquer connaît une évolution importante en Angleterre à partir de 1847. Ces innovations contribuent à transformer progressivement le chocolat, d’un produit de luxe en un produit de consommation plus accessible.(Histoire du cacao)

1108

De mémoire de Noisieliens, il y avait toujours eu un moulin à Noisiel [Noizielle en 1668] [Noifielle en 1744]. Le "molendinum" est cité sous le règne de Philippe 1er de 1060-1108 dans un acte par lequel Gilbert Payen de Garlande cède terre et seigneurie de Noisiel à l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs, important établissement clunisien de la capitale. Période encore plus lointaine, sous la domination romaine, Noisiel portera le nom de Nucetulum.

1137

Date retenue pour la construction du moulin, construit sous le règne de Louis VI le Gros, roi de France de 1108 à 1137. Il sera cédé à l'abbaye de Chelles en 1157. Il est, à cette époque, posé sur deux piliers.

1422

Charles VI, débiteur envers Augustin Ysbarre de 3 000 livres [que celui-ci lui avait prêtées], le rembourse au moyen des biens confisqués sur Barthélemy Spifame, banquier lombard et propriétaire de biens situés à Paris, rue des Lombards et à Noisiel près du port.

1665

La famille Spifame établie à Paris dès 1350 est originaire de Lucques en Italie. Anne de Fabert épouse le 1er novembre Yves-Mallet, conseiller au parlement de Paris. Ils auront deux fils nés en 1667 et 1668.

1670

Yves Mallet, fermier-général, est seigneur de Luzart et du Buisson Saint-Antoine. Henri IV avait érigé en franc-alleu la seigneurie de Noisiel qui était une terre de mainmorte.

1705

La ferme du Buisson Saint-Antoine culmine l'ensemble usinier ainsi que la cité ouvrière à près de 90 mètres. Les premières traces d'activités agricoles remontent à 1705 selon un arrêt émis en juillet de cette même année par le Parlement de Paris qui mentionne le nom de Gilles Bourgoin, laboureur et propriétaire de moutons. Au village de Noisiel, la population est de 40 habitants.

1707

Yves Mallet disparaît laissant son fils Louis, qui était conseiller au Parlement, maître des lieux. Nous pensons que Louis Mallet n'eut pas de postérité.

1725

Marie-Magdelaine Lombard (épouse de Yves-Louis-Dieudonné Mallet du Luzart, chevalier seigneur de Noisiel) décède à Paris âgée d'environ 58 ans.

1738

Mort de Louis Mallet âgé de 70 ans.

1739

Une femme originaire du comté de Somerset en Angleterre est propriétaire de Noisiel qu'elle revend en 1758 à M. de Joinville.

1758

La terre de Noisiel appartient à M. François de Joinville, gentilhomme ordinaire du Roi, "envoyé extraordinaire" en République de Gênes.

1779

Noisiel est une paroisse du domaine de Lagny située sur la rive gauche de la Marne à quatre lieues et demie de Paris, sur la pente du coteau qui regarde la rivière. Torcy n'est qu'à une demi-lieue et Lagny à une lieue et demie. Le pays est couvert de quelques bocages, entremêlés de labourages et de vignes. Il y a également un port pour le bois. L'église est sous le "titre" de Saint Médard, évêque de Noyon. L'ancienne a été détruite du temps des guerres de la Ligue ; celle d'aujourd'hui, plus petite, a été bâtie par Jean de Tremblay, le premier des seigneurs laïques qui ait possédé cette terre. Un autre seigneur nommé Ives Mallet en a construit la sacristie et les deux chapelles vers 1670. Les "Prieurs" de Gournay ont possédé cette terre pendant 500 ans. L'origine des mots Noiseau, Noisiel, Noisy vient de la grande quantité de noyers que l'on trouvait à cet endroit.

1790

Installation des Menier à la Chapelle-sur-Loire. Commune du canton de Bourgueil, arrondissement de Chinon, à 40 km de Tours et à 10 km de Bourgueil. Avant la Révolution, La Chapelle-sur-Loire [anciennement La Chapelle-Blanche en 1793] était dans le ressort de l'élection de Saumur et faisait partie de l'archiprêtré de Bourgueil, diocèse d'Angers. En 1793, elle dépendait du district de Langeais.

1795

Naissance de Jean-Antoine Brutus Menier à Bourgueil, le 17 mai, dans le département d'Indre-et-Loire (37).

1816

Le 1er octobre, Menier est à Paris et entre au Val-de-Grâce. Jean-Antoine Brutus Menier épouse Marie-Edmée Virginie Pichon le 24 février. Elle lui apporte une dot confortable et des relations dans le milieu du commerce. Jean-Antoine Brutus Menier s'adonne au négoce des vins de Touraine. Il est également le représentant des affaires commerciales de son père dans les spiritueux.

Création de la Maison centrale de droguerie Menier, au capital de 16 000 francs. Il demeure au 13, rue Bar-du-Bec depuis 1815.

1818

Madame de Chateaubriand est installée chez son amie Madame de Lévis. Lettre écrite en octobre 1818 par Madame de Chateaubriand, extraite des correspondances de M. Joseph Joubert à l'attention de M. Bertrand de Clausel :

« J'apprends votre arrivée par Madame Joubert, j'ai fait part de cette bonne nouvelle à la maîtresse de ces lieux [duchesse de Lévis] qui me charge de vous sommer de sa part de venir nous voir à Noisiel. Monsieur de Chateaubriand qui revient samedi vous amènera et la voiture vous reconduira le soir à Paris. »

1821

Jean-Antoine Brutus Menier occupe le magasin au 1er de « la rue du Puits qui parle ». Depuis 1818, il dispose d'une meule à bras dont il se sert pour préparer des poudres médicamenteuses. L'activité grandissante, Jean-Antoine Brutus aura jusqu'à 20 chevaux pour actionner ses meules. Il n'est pas pharmacien, mais la période troublée de la première Restauration est propice à toutes les audaces. Il est encore répertorié dans « l'Annuaire raisonné de l'industrie des premiers artistes et fabricants de Paris » comme négociant en vins.

1822

Le châtelain de Noisiel, Gaston-Pierre Marc de Lévis, est alors le propriétaire du moulin. Mis en vente le 17 septembre, le moulin ainsi qu'une pièce de terre dite « Pont de Noisiel » trouvent acquéreur en la personne du sieur Grand-Besançon, commissaire en chef des poudres et salpêtres du Roi, et de son épouse Rose Raison.

1824

Location par Jean-Antoine Brutus, à la mi-décembre, du moulin situé sur la commune de Noisiel pour un loyer de 5 680 francs. Les propriétaires, MM. Grand-Besançon et Raison, l'avaient mis au chômage deux ans plus tôt. Le bail est de 15 années. La location comprend également une pièce de terre dite « Pont de Noisiel », d'une superficie d'un hectare et 67 ares.

Une des particularités du moulin est qu'il utilise la force des eaux toute l'année grâce à sa roue « pendante », qui lui permet de s'adapter à la Marne. Sa force motrice avoisine les 32 chevaux.

1825

Le chocolatier Auger, inventeur de mécanismes servant à la fabrication du chocolat, est, au début du XIXe siècle, le fournisseur des cours de France, de Russie et d'Autriche. Il apporte à la fabrication du chocolat un haut degré de perfectionnement. Il possède une fabrique au n° 33 de la place du Marché-Saint-Honoré, qu'il revend après avoir fait faillite en 1819 à M. Dumont.

Auger remonte une autre société avec M. Vulfingh, rue de la Sourdière. Le 1er avril 1825, MM. Auger et Vulfingh cèdent leur fabrique ainsi que les procédés de fabrication « Auger et Compagnie » à MM. Jean-Antoine Brutus Menier et Richer, demeurant rue du Puits-au-Marais. La boîte de conditionnement des chocolats est encore octogonale, comme celle qu'utilisaient Auger et Vulfingh.

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 16 tonnes, pour une production nationale de 200 tonnes.

Arrivée des Menier à Noisiel. Jean-Antoine Brutus Menier décide de décentraliser l'unité de production sur les bords de Marne. L'atelier de pulvérisation est transféré à Noisiel et, immédiatement, la puissance énergétique que fournit le moulin permet d'améliorer la fabrication des substances les plus variées. À cette époque, le village de Noisiel compte 136 habitants.

1826

Naissance d'Émile Justin Menier à Paris le 18 mai.

1827

Équipement en machines du site de Noisiel. Dominique Girard installe une roue-hélice à la place de la roue « pendante ». La vie n'est pas facile avec les riverains. Les travaux effectués, le passage quotidien des voitures sur la voie qui dessert la fabrique perturbe le calme du village.

Jean-Antoine Brutus Menier ne se contente pas d'une défense passive. Il ne tarde pas à prendre des initiatives, notamment dans le conflit qui l'oppose au plâtrier Noël, son voisin le plus proche. Il écrit au préfet et expose tant de griefs que le représentant ordonne une enquête. L'autorité demande l'avis des propriétaires de la commune. Comme cela est souvent le cas lorsqu'il faut défendre des intérêts communs, l'union fait face à « l'envahisseur » et les propriétaires soutiennent le plâtrier.

1829

L'activité portuaire y est importante, révélée par la présence de marnois avec voiles et haubans. Ceux-ci transportaient d'importantes quantités de matériaux à destination de Paris.

1830

En juillet, ouverture d'un nouveau siège au 37, rue des Lombards à Paris. Menier est associé à Adrien. Nicolas-Alphonse Laurent, frère du chimiste Auguste, devient contremaître de l'usine et maire de Noisiel.

1831

Visite des commissaires de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Cette dernière examine les inventions et les perfectionnements susceptibles de bénéficier de récompenses et autres prix.

En 1831, 13 médailles d'or, 14 médailles d'argent et 33 médailles de bronze sont attribuées. Les sommes versées s'élèvent à 11 737 francs.

1832

En juin 1832, M. Amédée-Durand, au nom de la commission, lit un rapport sur l'établissement de Noisiel appartenant à MM. Menier et Adrien. Ce rapport concerne la pulvérisation en grand, par des moyens mécaniques, de diverses substances.

« Les comités des arts mécaniques, chimiques et économiques réunis ont l'honneur de décerner à MM. Menier et Adrien une médaille d'or de seconde classe pour un établissement unique en son genre, remarquable par la simplicité des procédés qui y sont mis en pratique, par l'ordre qui y règne, et par la multiplicité et la beauté des produits qui s'y confectionnent. »

Dans le même temps paraît le premier « Catalogue Prix Courant ». Il y en aura trois autres du vivant de Jean-Antoine Brutus : en 1834, 1839 et 1845. Ce catalogue recense tout ce qui est fabriqué par la maison Menier.

C'est le plus ancien instrument de vente et de promotion de la maison, dans lequel on trouve de véritables annonces publicitaires ainsi que des annonces sur les publications spécialisées liées aux domaines médical, pharmacologique et toxicologique.

1834

Médaille d'or à l'exposition nationale des produits de l'industrie, décernée à MM. Menier et Adrien pour la mise au point d'un nouveau procédé de perlification de l'orge.

1836

Le 8 septembre, Jean-Antoine Brutus Menier lance sur le marché la fameuse tablette de chocolat enrobée de papier jaune. Jusqu'à cette époque, le chocolat était moins une denrée alimentaire qu'un complément de santé. Il distingue d'une manière complète les produits de sa fabrique avec une enveloppe et une étiquette, fac-similé des médailles jusqu'alors inconnues du commerce. À cette époque encore, la publication de la « Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux » répertorie l'activité de Jean-Antoine Brutus comme « Fabricant de produits chimiques ». Cette signature engage le fabricant aux yeux du public et, plus tard, sera une garantie contre les contrefaçons. D'après Julien Turgan (Les grandes usines, Études industrielles en France et à l'étranger, 1870), l'idée en était encore neuve, puisque les règles qui régissent la propriété des marques de fabrique ne seront définies que par la loi du 23 juin 1857. Jean-Antoine Brutus Menier effectuera son premier dépôt légal de modèle le 2 août 1849 au greffe du conseil des prud'hommes.

1838

Grâce à des capitaux frais, le moulin est devenu la propriété des Menier pour la somme de 117 950 francs. En avril de cette même année, de nouveaux commanditaires sont entrés dans une société renouvelée aux assises financières plus larges : la Maison centrale de droguerie est née.

1839

Distinction l'exposition nationale des produits de l'industrie : médaille d'argent.

1841

Le site de Noisiel compte 13 ouvriers, soit 10 % de la population de Noisiel.

1842

Année faste pour la chocolaterie, avec la refonte du moulin et l'essor véritable des établissements Menier. Visite de la « Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux » et remise de médaille pour une activité toujours croissante et de qualité, ainsi que pour l'innovation permanente apportée dans les équipements du moulin.

Il s'agit en effet d'une usine entièrement réédifiée. Un mois s'est écoulé depuis la mise en place du nouveau mécanisme construit par M. Antiq, mécanicien et fondeur à Paris, et de la construction du bâtiment par M. Dutreuil, entrepreneur à Chelles.

Cette année est également marquée par la maladie d'Antoine Brutus Menier et sa longue et épuisante course à la croix de chevalier de la Légion d'honneur, événement à l'origine du désengagement progressif du fondateur au profit de son fils Émile Justin.

1844

Menier possède 800 comptes clients et 75 employés dans l'établissement parisien. Le chiffre d'affaires de la maison Menier atteint 2 millions de francs.

1845

Jean-Antoine Brutus Menier édite en 1845 son catalogue « Prix courant », qui recense tout ce qui est fabriqué par la maison Menier. On y trouve principalement des produits destinés aux pharmaciens ainsi que des articles de droguerie. La production chocolatière n'est encore mentionnée à cette date que comme activité complémentaire. La quantité produite n'est alors que de 2 tonnes par jour en France.

1846

Le site de Noisiel compte 17 ouvriers, pour une population de 113 habitants.

1849

Jean-Antoine Brutus Menier effectue son premier dépôt légal de modèle le 2 août 1849 au greffe du conseil des prud'hommes, suivant l'article 18 du décret du 22 germinal an XI, au greffe du tribunal de commerce de Paris.

Enregistrement dans la société des deux enfants Menier : sa fille Honorine-Virginie et son fils Émile-Justin.

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 396 tonnes.

Un nouveau siège parisien est édifié sur des terrains achetés en février 1848 au 37, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Cet immeuble de trois étages est réalisé par l'architecte Bonneau.

1850

Mariage d'Émile-Justin avec Claire-Henriette-Clémence Gérard. L'entreprise Aubert et Gérard domine le marché du caoutchouc. La participation des Menier au capital de l'entreprise n'est qu'une affaire de temps.

1851

Visite du nouveau siège parisien Menier par le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte. La même année, en décembre, Jean-Antoine Brutus Menier sera invité à l'Élysée pour la réception fêtant le plébiscite du vote du 21 décembre, où Menier vota « oui », transporté sur une chaise à porteurs car atteint de goutte.

Après le coup d'État du 2 décembre, la bourgeoisie parisienne et industrielle demanda audience auprès de l'Élysée afin de remercier le président de la République d'avoir assuré la sécurité du pays et donné un avenir au travail. Ce groupe de délégués obtint satisfaction le 20 décembre ; il comprenait Jean-Antoine Brutus Menier, ardent partisan de Louis-Napoléon Bonaparte, venu exprimer la reconnaissance de Paris pour le coup d'État.

1852

La prise de pouvoir en mars d'Émile-Justin Menier consacre la naissance d'un projet d'entreprise nourri aux valeurs du libéralisme.

Édification d'un nouveau moulin par Jules Bonneau ; un pilier est rajouté côté berge.

Perfectionnement du bleu servant à azurer le linge par M. Perrot, pharmacien domicilié chez Menier à Paris, au 37, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Brevet n° 14 278 du 10 août 1852.

Jean-Antoine Brutus Menier est frappé d'une attaque de paralysie le 16 mars.

1853

Mise en place de turbines de 80 chevaux sur le site de Noisiel par l'ingénieur Louis-Dominique Girard. Première application d'un système novateur qui propose d'utiliser l'immense force vive que possèdent les fleuves et les rivières en mouvement.

Le 1er janvier, un décret impérial nomme Jean-Antoine Brutus Menier chevalier de la Légion d'honneur.

Mort de Jean-Antoine Brutus Menier, le 19 décembre, dans sa maison du 19, rue Singer à Passy.

Naissance d'Henri Menier le 14 juillet.

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 400 tonnes.

1854

Acquisition et aménagement du « petit château » à Noisiel.

1855

Naissance de Gaston Menier le 22 mai et construction d'une vaste maison bourgeoise à l'entrée de l'usine, baptisée « petit château ».

La Pharmacie Centrale est primée à l'Exposition universelle de Paris. Les commentaires qui accompagnent les distinctions reçues par Émile-Justin Menier sont particulièrement intéressants.

Pour les produits pharmaceutiques, il reçoit la médaille d'or :

« M. Menier est à la tête d'un établissement de pharmacie et de droguerie tout à fait hors ligne. Cet établissement fondé depuis 39 ans et qui n'a cessé de s'étendre et de se perfectionner, est le premier en France où ait été introduite la manipulation en grand des produits pharmaceutiques, et notamment des poudres et des extraits ».

Mais les Menier ne se distinguent pas uniquement dans la préparation des poudres. Jean-Antoine Brutus Menier avait eu l'idée, pour fabriquer les extraits, d'utiliser les appareils mis au point par l'industrie sucrière et qui, évaporant le suc des plantes dans le vide, donnaient des concentrés de bien meilleure qualité.

À cette même exposition, une turbine verticale, ou roue-hélice, récemment inventée par l'ingénieur Girard, vient d'être mise en place à Noisiel, triplant ainsi la puissance utile.

Mais pour le chocolat, c'est tout autre chose :

« M. Menier dispose de puissants moyens de production, il peut fabriquer annuellement 500 tonnes de chocolat. Le triage et la torréfaction de ces cacaos ne laissent rien à désirer. M. Menier pourrait néanmoins améliorer la qualité de ses produits en évitant tout broyage fer contre fer et en isolant plus complètement les ateliers de fabrication du chocolat de l'usine de pulvérisation de produits pharmaceutiques, dont quelques émanations peuvent parfois altérer l'arôme délicat du chocolat ».

1856

Le site de Noisiel compte 50 ouvriers.

1857

Le 16 novembre 1857, au secrétariat de la préfecture du département de la Seine, le « sieur » Menier Émile-Justin, représenté par le sieur Gastine, domicilié à Paris, au 37, rue Sainte-Croix-de-la- Bretonnerie, dépose un brevet concernant une machine à broyer le cacao dans la fabrication du chocolat. Numéro d'enregistrement : 1235.

1858

Naissance d'Albert Menier. La production de chocolat à Noisiel atteint 1 118 tonnes.

1859

Émile-Justin Menier propose au ministre de l'Instruction publique d'attribuer, après concours, un prix Menier à un étudiant de l'École supérieure de pharmacie de Paris. Le ministre accepte et un décret du 17 décembre 1859 autorise l'École à décerner une médaille d'argent et un coupon de rente de 500 francs.

La société Grant et Cie obtient de la Ville de Paris la concession des kiosques à journaux et des urinoirs construits d'après les modèles du service des promenades et plantations. Les kiosques doivent être éclairés de l'intérieur afin de permettre l'apposition d'affiches peintes.

À partir de 1865, on compte 300 kiosques à journaux dans Paris. Ce modèle de kiosque servira au publicitaire de la maison Menier pour la réalisation du kiosque musical d'Henri Lioret, premier exemple de publicité parlante.

1860

Collaboration avec M. Marcellin Berthelot, créateur de la thermochimie et chimiste de la maison Menier. Engagé à l'âge de 33 ans et sans laboratoire, le contrat proposé lui accorde 6 000 francs par an, à charge pour lui de se rendre à Noisiel chaque semaine afin de conseiller et d'ordonner les préparations.

C'est sûrement grâce à ce laboratoire, et donc à Noisiel, qu'il réalise pour la première fois, le 1er janvier 1862, la synthèse de l'alcool, qui marque le début de la chimie organique. En 1863, Marcellin Berthelot sera nommé au Collège de France et abandonnera sa collaboration avec la maison Menier.
Le 10 mars, institutionnalisation et réglementation par l'Instruction publique du concours pour le prix fondé par M. Menier à l'École de pharmacie de Paris.

Le premier bateau de la flotte Menier, le « Noisiel », naît à Honfleur. Brick de 154 tonneaux, il est revendu en 1879 et fait naufrage en 1896.

Cette année-là, Jules Saulnier commence à aménager pour le personnel quelques bâtisses anciennes situées auprès de l'usine et à construire un bâtiment nouveau qui abritera une cantine et sa cuisine, ainsi que quelques logements.

L'usine est reconstruite selon un plan nouveau. Les travaux dureront trois ans sans interruption de la fabrication et donneront à l'établissement un visage nouveau. Le moulin ne sera reconstruit que plus tard.

1860

M. Carteron est maire de Noisiel. Il propose à M. le duc de Lévis de déplacer le lavoir public établi sur le ru Maubuée, que celui-ci fit construire pour le bien-être des habitants.

Le nouvel emplacement choisi est la rue de Noisiel, en face du château, dans l'enceinte de l'usine Menier. En contrepartie, Émile-Justin Menier doit ériger au-dessus du lavoir une salle de réunion communale.

Sur les plans de l'architecte Jules Saulnier, l'ensemble, inauguré en 1861, est généralement appelé « mairie-lavoir ». Cette mairie cesse de fonctionner en 1890 et est démolie en 1899.

Charles Tellier commande à l'usine Cail, pour la maison Menier, un appareil utilisant pour la première fois un distributeur de froid sous forme d'un courant de liquide incongelable.

La machine frigorifique à absorption peut fonctionner non seulement avec l'ammoniaque, mais encore avec l'éthylamine, la triméthylamine et l'oxyde de méthyle. Aucun de ces liquides n'existe alors dans l'industrie. Tellier parvient à les produire industriellement.

L'odeur repoussante des deux premiers les fait abandonner, mais l'oxyde de méthyle donne de bons résultats. C'est avec lui que l'inventeur peut construire la première réserve pour conserver les aliments par le froid en 1862.

1861

Émile-Justin Menier est promu chevalier de la Légion d'honneur le 14 août 1861.

Construction de la Pharmacie Centrale à Saint-Denis par Jules Saulnier.

1862

Achèvement de la construction de la Pharmacie Centrale de Saint-Denis.

1862

Probablement conduit par des considérations de deux ordres, d'une part les cours du cacao fluctuant, d'autre part les aléas de la production et de la navigation, Émile Menier achète 1 500 hectares de terre au centre du Nicaragua entre Nandaïme et Rivas : un climat humide mais sain, une main-d'œuvre abondante, un port sûr et spacieux et un canal en perspective. Le choix d'un tel emplacement ne fut pas le fruit du hasard : Menier conciliait son intérêt personnel et celui, plus spéculatif, du canal interocéanique par l'isthme du Nicaragua.

1862

Apports importants de capitaux de la famille Menier dans la fabrique de caoutchouc Aubert et Gérard située à Harburg. Cet apport est lié à la découverte sur le sol d'Amérique centrale, là même où Menier possède des plantations, de la présence d'hévéas, les arbres à caoutchouc. Les événements historiques, notamment la guerre de Prusse, et la fusion avec l'entreprise autrichienne Reithoffer provoquent des tiraillements au sein de la famille Menier. Émile Menier reprend l'usine de Grenelle, située au 7, rue du Théâtre, près de la ligne de chemin de fer qui suit la rive gauche de la Seine.

1862

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 1 800 tonnes.

1863

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 2 400 tonnes, pour 170 ouvriers sur le site. Achat du moulin de Torcy afin d'éviter les conflits. En 1863, l'usine de Noisiel se consacre à la fabrication du chocolat. Elle devient exclusivement consacrée à ce produit en 1867, après la revente à François Dorvault du secteur pharmaceutique associé à l'établissement de Saint-Denis.

1864

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 2 100 tonnes, pour 155 ouvriers sur le site.

Construction des ateliers de dressage.

1865

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 2 213 tonnes.

Émile-Justin Menier achète à nouveau 6 000 hectares de terre en bordure du lac de Nicaragua. Le « Valle Menier » et « Sant Emilio » sont les noms des deux propriétés, distantes de 50 kilomètres. Trois cents indigènes y défrichent les terres couvertes de forêts vierges. Les importants travaux d'irrigation et de nivellement sont entrepris sous la direction de M. Schiffman, ingénieur chimiste et ancien employé de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie.

1866

Si l'énergie hydraulique a été prépondérante à Noisiel, il s'est cependant avéré nécessaire de relayer les roues et les turbines par d'autres moteurs moins tributaires des conditions climatiques.

Il semblerait que, dès 1839, Menier ait fait appel à Hermann, constructeur de machines de Maudslay, pour s'équiper de machines de faible puissance, de 2 à 8 chevaux, actionnant des cylindres à broyer. Cette première intervention de la vapeur pourrait n'avoir joué qu'un rôle marginal.

Lorsque Jules Saulnier intervient sur le site de Noisiel en 1860, il entreprend un grand nombre de réalisations, dont le moulin sera le point d'orgue en 1872. En 1866, il fait également construire, dans la cour principale, un édifice à pans coupés et à charpente métallique abritant des machines à vapeur. Cette évolution traduit la volonté de diversifier les sources d'énergie.

En cas d'insuffisance hydraulique, deux machines à vapeur viennent suppléer les turbines à eau. Toutes les transmissions peuvent alors être mises en mouvement simultanément ou séparément par l'une ou l'autre des sources d'énergie. Les deux machines, monumentales, sont actionnées par balancier, avec détente variable et condensation. Elles développent une puissance de 140 chevaux.

Construction des ateliers de torréfaction. La production annuelle de chocolat atteint 2 500 tonnes et le site occupe 345 ouvriers.

1867

Le 25 septembre, la Pharmacie Centrale de France devient propriétaire de l'usine Menier de Saint-Denis et de la Maison de commerce Menier située rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. La dénomination « ouvrier chocolatier » apparaît dans les registres d'état civil de Noisiel, après la cessation de l'activité pharmaceutique et la revente de l'usine de Saint-Denis.

Le rapport établi à l'occasion de l'Exposition universelle conclut :

« Depuis 40 ans que l'usine existe, aucune tentative de grève ou de coalition n'a eu lieu. Un règlement spécial réserve à l'ancienneté la place de chef d'atelier ou de chef d'équipe et, par la suite, les augmentations de salaire ; ce qui établit une hiérarchie fondée sur des droits accessibles à tous ; les ouvriers apprécient le patronage dont ils sont l'objet ; leurs salaires excèdent en général leurs besoins ordinaires. »

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 2 635 tonnes. Le site compte 350 ouvriers.

En janvier, est présenté le principe d'une machine frigorifique utilisant un gaz liquéfié par compression, puis vaporisé par détente, dans un cycle fermé permettant au fluide frigorigène d'être réutilisé indéfiniment. Cette idée est mise en pratique en 1868 avec le gaz ammoniac et la première machine acquise par M. Menier.

1868

Construction d'un premier barrage en amont de l'île.

Dépôt d'un brevet concernant un procédé de conservation des betteraves. Le froid est obtenu de deux façons : soit en employant le froid naturel, soit en utilisant le froid artificiel.

Le meilleur résultat consiste à combiner les deux moyens, c'est-à-dire à profiter des basses températures de l'hiver pour amener les betteraves à 2 ou 3 degrés, puis à n'utiliser le froid artificiel que pour prolonger cet état jusqu'à complet épuisement de l'approvisionnement.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 3 257 tonnes.

1869

La Société d'encouragement pour l'industrie nationale salue l'organisation spatiale et les procédés de fabrication du chocolat lors de sa visite à Noisiel.

Achat de la sucrerie de Roye, dans la Somme.

Jules Saulnier étudie la transformation possible du moulin de Noisiel. Plutôt que de modifier le bâtiment existant, il propose la reconstruction d'un édifice à ossature métallique habillé de briques.

Construction d'un hôtel particulier au 8, rue Alfred-de-Vigny, dans le quartier Monceau à Paris. Collaboration étroite avec l'ingénieur Jules Logre.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 3 846 tonnes.

1870

Républicain avancé, ami de Gambetta et apparemment proche des idées radicales, Émile-Justin Menier se lance dans la politique. Il est élu conseiller général de Meaux, mandat qu'il conserve jusqu'en 1877. Pendant la guerre franco-prussienne, il publie « Théorie et application de l'impôt sur le capital » et « La réforme fiscale ».

La chocolaterie est transformée en hôpital militaire. Noisiel est occupé par la 4e ambulance wurtembergeoise du 1er régiment d'infanterie, composée d'un médecin-chef et de quatre médecins traitants.

Ce régiment possède des renseignements particulièrement précis sur les lieux où installer les blessés. Il connaît notamment les ateliers chauffés susceptibles d'accueillir les malades, grâce à son service de renseignement.

Arrivée le 29 septembre, cette ambulance ne repart que le 11 mars 1871. Malgré l'occupation, la chocolaterie continue la transformation du cacao, alimentant le négoce parisien pour la revente en province.

Dans le même temps, l'administration municipale de Noisiel est délocalisée à Paris, au 37, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Elle répond ainsi aux besoins d'une partie de la population ayant fui devant l'ennemi.

Émile-Justin Menier offre à la commission des maires et administrateurs provisoires des départements de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne la somme de 3 000 francs pour venir en aide aux réfugiés de Seine-et-Marne, et plus particulièrement aux habitants de Noisiel.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 3 023 tonnes.

À Londres, une nouvelle usine est construite aux 49, 51 et 53 Southwark Street.

1871

Introduction des premières machines à écrire Remington au sein de l'entreprise Menier. La deuxième tranche d'édification de la nouvelle usine se poursuit jusqu'en 1874.

Le 30 avril, Émile Justin Menier est élu conseiller municipal et, le 15 mai, maire de Noisiel, fonction qu'il occupe jusqu'en 1881. Les Menier resteront maires de la commune sans interruption jusqu'en 1959.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 2 309 tonnes.

1872

Construction d'un deuxième barrage à déversoir mobile, conçu par Louches-Desfontaines.

Achèvement du Moulin par Jules Saulnier, dont la construction avait commencé en 1871. L'ossature métallique pèse environ 700 tonnes. Elle est recouverte d'une enveloppe légère de briques polychromes et de céramiques vernissées, réalisées par la manufacture Émile Muller à Ivry.

La Seine-et-Marne se remet de l'occupation et des destructions prussiennes.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 3 816 tonnes.

1873

Durant un voyage à Vevey, en Suisse, Albert, Gaston et Khomiakoff, accompagnés d'un guide de la famille Balmat et de quelques porteurs, entreprennent l'ascension du mont Blanc. Le brevet de Gaston porte le numéro 516.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 4 735 tonnes.

1874

M. Gastellier, président de l'Union céramique et chaufournière de France, fait construire un four du système Hoffmann pour cuire les briques nécessaires à la construction de la cité ouvrière.

Ce four comprend quatorze compartiments de 4,80 mètres de longueur, 3,50 mètres de largeur et 2,75 mètres de hauteur. Sa contenance totale est de 635 mètres cubes et il peut cuire 5 500 000 briques.

Ce four temporaire, destiné à être démoli après la réalisation de la cité et des 66 premières maisons, est construit dans un souci particulier d'économie. Ses murs simples sont adossés à la terre et ne sont pas protégés par une couche de sable, ce qui entraîne une déperdition de chaleur importante. Malgré cela, l'économie de combustible réalisée reste considérable par rapport aux anciens fours.

Pour les maisons ouvrières et certains bâtiments publics de la cité, notamment les écoles, la mairie et le restaurant, les revêtements de sol et de façade sont réalisés avec des carreaux « mosaïques incrustés » produits par Boulenger, à Auneuil.

Émile Justin Menier envoie préalablement son fils Gaston et Jules Logre en Angleterre, à Saltaire, afin qu'ils observent les réalisations considérées comme les meilleures d'Europe par les spécialistesF de l'époque.

Avant 1876, les enfants de Noisiel suivent leur scolarité à l'école confessionnelle de Champs-sur-Marne. Convaincu des vertus de l'instruction laïque, l'industriel souhaite mettre fin à cette situation.

Alors que la cité est encore en travaux, la première pierre des « écoles de l'usine de Noisiel » est posée. Fondées par Menier, ces écoles sont considérées comme un complément indispensable de l'usine et constituent les premiers édifices publics élevés dans la cité.

Les tables et les chaises sont conçues selon un modèle particulier. Les tables sont individuelles et construites de façon à ne pas pouvoir bouger. Ce mobilier, imaginé par Lenoir et présenté dans un document de l'Exposition universelle de 1878, sera généralisé dans l'enseignement public.

L'école dispose également d'une salle-bibliothèque où les ouvriers peuvent venir le soir. L'école gardienne, correspondant à l'actuelle école maternelle, enseigne la méthode Fröbel.

Friedrich Fröbel développe une méthode d'enseignement fondée sur l'observation, le jeu et la vie au grand air. Les activités sont organisées de manière à accroître progressivement les difficultés. Elles s'appuient sur du matériel pédagogique comprenant des boîtes d'architecture, des lattes de bois, des cubes et des triangles. Les enfants s'initient également à l'assemblage, au pliage, au découpage et au tissage.

Accusé de semer l'anarchie et le socialisme, Friedrich Fröbel doit se réfugier en Suisse, où il crée une école expérimentale.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 5 548 tonnes.

1875

Le 15 novembre, Émile Justin Menier fonde la revue bimensuelle « La Réforme économique ».

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 6 564 tonnes.

1876

Dépôt du brevet n° 115.857, valable quinze ans, concernant l'utilisation du froid artificiel pour refroidir ou durcir le chocolat. Un autre brevet, le n° 116.192, porte sur les fils électriques destinés à l'éclairage.

Le 10 février, Émile Justin Menier est élu député républicain de Seine-et-Marne, fonction qu'il occupe jusqu'en 1881. Avec 11 853 voix contre 7 684 pour M. Jozon, il bat le député sortant.

Le développement de la cité suscite de nouveaux besoins en biens de consommation, auxquels les seuls marchés libres du jeudi et du dimanche ne peuvent répondre. Pour remédier à cette insuffisance, Émile Justin Menier choisit de créer une coopérative plutôt qu'un économat, solution davantage en accord avec ses principes politiques et sociaux.

Le 1er janvier, M. Gobin prend la direction de l'école primaire de Noisiel, fondée par Menier. Il conserve cette fonction jusqu'au 15 janvier 1890. Sa rémunération est financée en partie par les Menier et en partie par la commune. Cette école privée reste soumise aux contrôles de l'administration publique.

La population de Noisiel passe de 200 à 700 habitants. La cité se compose de deux rues parallèles, dont l'une dessert 40 maisons.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 7 679 tonnes.

1877

Première alerte de santé pour Émile Justin Menier, ancien député de Seine-et-Marne, victime d'une attaque d'apoplexie. Il se trouve dans un wagon avec son fils Henri, en route vers Paris, lorsqu'il est soudainement frappé par le malaise.

Son fils appelle immédiatement au secours. À l'arrêt du train, M. Menier est découvert immobile et inconscient, le visage congestionné. Des hommes d'équipe le descendent du wagon et le déposent dans la maison de la station. Quelques heures plus tard, il est ramené chez lui, à Noisiel. Henri se rend à Paris dans la journée pour chercher le médecin habituel de son père.

Un premier câble sous-marin est construit en France par les Établissements Henri Menier de Grenelle, puis posé entre Le Havre et Honfleur.

Un conflit ouvert oppose Émile Justin à ses fils aînés, qui désapprouvent les aides financières accordées à « un journal aussi radical que le Bien public ».

L'Exposition universelle de 1878 couronne Menier de deux médailles d'or : l'une pour le caoutchouc et la gutta-percha, l'autre pour les câbles électriques.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 7 313 tonnes.

1878

Émile Justin Menier, député, organise la visite de l'Exposition universelle de Paris pour ses ouvriers de l'usine de Noisiel. Environ 250 d'entre eux embarquent à bord d'un bateau à vapeur spécialement affrété, baptisé L'Étoile.

Le bateau quitte Noisiel à six heures du matin, suit les bords de la Marne et de la Seine, puis arrive à neuf heures devant l'Exposition. Les ouvriers visitent les salles du Trocadéro et les galeries jusqu'à quatre heures de l'après-midi, avant de reprendre le bateau pour rentrer à Noisiel.

Le dimanche suivant, un autre groupe de 250 ouvriers effectue le même voyage. Ces excursions sont organisées pendant trois dimanches supplémentaires afin que l'ensemble des ouvriers puisse visiter l'Exposition à tour de rôle.

Le 20 octobre, Émile Justin Menier est promu officier de la Légion d'honneur.

Une souscription ouverte par M. Menier dans le journal Le Bien public recueille 44 153 francs pour l'érection d'une statue en l'honneur de M. Thiers.

Émile Justin Menier fonde le journal politique et mondain « Le Voltaire ». Son premier rédacteur en chef est M. Aurélien Scholl, auquel succède M. Jules Laffitte.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 8 328 tonnes.

1879

Le 12 juillet, la société en nom collectif Menier est constituée au 6, rue d'Enghien, pour une durée de trente ans et avec un capital de 10 000 000 francs. Ses activités comprennent la fabrication du chocolat, la production de sucre de betterave et l'industrie du caoutchouc. La société est constituée en commandite simple à l'égard des intéressés dans la succession autres que les trois fils d'Émile Justin Menier.

Le 19 juillet, Gaston Menier épouse Julie Rodier à l'église Saint-Augustin.

Achat du château de Noisiel pour deux millions de francs et acquisition d'un hôtel particulier au 4, avenue de Ruysdael, à Paris.

Acquisition de la ferme du Buisson Saint-Antoine, appartenant au comte de Nicolay, propriétaire du château de Noisiel. La ferme comprend une écurie de 24 stalles, une boucherie-vacherie pouvant accueillir 48 vaches, une bergerie pour 100 moutons et une salle de manutention destinée à la préparation de la nourriture.

En février, Émile Justin Menier crée la « Ligue du Libre-Échange ».

Henri Menier réalise les premières expériences de labourage électrique à l'usine de Noisiel.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 7 861 tonnes.

1880

Émile Justin Menier rachète le moulin de Chelles, dont la retenue d'eau en aval de celui de Noisiel nuit au rendement de ce dernier. Le moulin de Chelles actionne alors une vermicellerie.

Après plusieurs incendies, le moulin reste en ruine. Une nouvelle usine est construite par les héritiers en 1895 et équipée de machines à vapeur. Les Menier la revendent ultérieurement aux Pâtes Ferrand et Renaud afin de se concentrer davantage sur le chocolat.

Le 7 novembre ont lieu les obsèques de Raoul Menier, âgé de treize ans, le plus jeune fils d'Émile Justin. Le cortège part de l'avenue Van Dyck et se dirige vers le cimetière du Montparnasse. M. et Mme Menier, retenus à Noisiel par le deuil, ne peuvent y assister. MM. Henri, Gaston et Albert Menier conduisent le cortège.

La même année, Georges Menier naît à Paris, le 19 avril.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 8 974 tonnes.

1881

Henri Menier est maire de Noisiel jusqu'en 1913 et promu Chevalier de la Légion d'Honneur.
Mort d'Émile Justin Menier au petit château de Noisiel. Ses funérailles sont célébrées à Paris, à l'église Saint-Philipe-du-Roule deux jours plus tard. Jules Ferry et Louis Blanc suivent le convoi et tous les ouvriers de Noisiel étaient là, faisant un impressionnant cortège à leur ancien patron. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. On évalue à trente-sept millions la fortune que laisse M. Menier. L'année 1881 marque le premier pas réel d'Henri Menier dans la voie du grand cruising. Il achète le steam-yacht Surrirella de 181 tonneaux. Sans tenir compte de la faiblesse relative de ce petit bâtiment par rapport aux dangereuses explorations qu'il entend réclamer, il s'embarque et pendant trois ans sillonne les mondes africain et asiatique.
Le 25 février, M. Marie Léon Octave Michel, chef du personnel de la société Menier, obtient procuration sur ladite société et devient le fondé de pouvoir. Acte enregistré à Paris chez Maitre Ernest Duplan, notaire.
Les dissensions intestines de 1877 sont progressivement portées au grand jour. Dans les colonnes du "Mot d'ordre", on peut lire : "cette famille plus soucieuse de plaire à cette aristocratie dont elle veut forcer les portes obstinément closes qu'attachée à suivre l'exemple paternel". Un autre fait suscite quelques désapprobations : l'enterrement religieux d'Émile Justin, lui-même foncièrement anticlérical dont seule la famille est jugée responsable.

Le chemin de fer à Noisiel : Séance du 24 août 1881 « Messieurs, La Commission départementale, déléguée à cet effet par le Conseil général le 26 avril dernier, a autorisé MM. Menier fils, qui établissent un chemin de fer industriel entre Noisiel et Emerainville, à traverser les routes départementales n°17, 17 bis et le chemin de grande communication n° 51. Par suite de cette autorisation, les Menier ont pensé qu'il serait avantageux pour eux et sans aucun inconvénient pour le département de faire passer leur chemin de fer sous la route n°17 bis, au lieudit l'Arche-Guédon, et d'établir un pont biais sur ladite route. Ce travail serait exécuté aux frais de MM. Menier. M. le Préfet constate qu'il présenterait des avantages pour le département. Un projet a été dressé dans ce sens et il vous est soumis, avec l'avis favorable de MM. les ingénieurs des ponts et chaussées. Votre Commission de la voirie vous propose d'approuver la construction de ce pont aux frais de MM. Menier et conformément au projet présenté ». Les conclusions de ce rapport sont adoptées. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 10 558 tonnes.

 

1882

La mort d'Émile Justin Menier entraîne la disparition de la coopérative, remplacée par des magasins d'approvisionnement gérés sans prérogatives ouvrières.

Les magasins distribuent quotidiennement 1 200 kg de pain, 250 kg de viande et 4 000 litres de vin.

L'inhabitation et le démeublement du Petit Château sont constatés dès cette année.

Construction de 26 maisons supplémentaires dans la cité ouvrière de Noisiel.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 10 323 tonnes.

1883

Construction pour Gaston Menier, promu Chevalier de la Légion d'Honneur, d'un steam-yacht en acier de 100 tonneaux à Erith, par MM. Shuttleworth et Chapman. Baptisé Julie, le navire mesure 35 mètres de longueur totale, 30 mètres à la flottaison, 4,80 mètres de largeur et présente un tirant d'eau de 2,45 mètres.

Acquisition de la concession de la chasse au cerf de Villers-Cotterêts. M. Servant, adjudicataire, se réserve la chasse au sanglier.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 10 863 tonnes.

1884

Gaston Menier est maire de Lognes jusqu'en 1892.

Achat du château de Malnoue à Émerainville.

Édification des réfectoires de Noisiel.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 10 767 tonnes, pour 775 ouvriers sur le site.

1885

Albert Menier convie ses amis à l'inauguration de son cirque au 53, boulevard Eugène, à Neuilly-sur-Seine.

Construction de deux cafés-hôtels-restaurants en vis-à-vis sur la place communale de Noisiel. Leur existence distincte vise probablement à faciliter les regroupements par affinité et à limiter les tensions entre individus.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 10 423 tonnes.

1886

Le 19 avril, le siège social de la Société en nom collectif Menier, spécialisée dans le chocolat, le sucre et le caoutchouc, est transféré du 6, rue d'Enghien au 6, rue de Châteaudun, à Paris.

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 10 549 tonnes.

1887

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 11 011 tonnes.

1888

La production annuelle de chocolat à Noisiel atteint 11 252 tonnes.

1889

M. Albert Menier s'est rendu acquéreur du Haras de Dormans, connu sous le nom de Haras du Rû-Jacquet. Ce haras est situé dans la Marne entre Épernay et Château-Thierry.

Le stand Menier de l'Exposition universelle s'orne d'un Arc de Triomphe de 250 000 tablettes. Cette année-là, Menier produisait la moitié de la consommation générale de la France. Cette puissance se traduisait par 3 grands prix pour la fabrication du chocolat, le produit des plantations, la fabrication du caoutchouc et 5 médailles d'or, pour la fabrication des câbles électriques, les produits de Valle Menier, la fabrication de pâtes alimentaires, les maisons ouvrières et les institutions patronales.

Construction de la villa Zima, anciennement Camille-Amélie, à Cannes et des écuries au château de Noisiel. Henri Menier est promu Officier de la Légion d'honneur. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 260 tonnes.

1889

Visites d'ouvriers à l'Exposition : 600 ouvriers et ouvrières de l'usine de Noisiel sont arrivés mercredi matin au Champ de Mars, amenés directement par un train que les Menier avaient affrété spécialement pour eux. Une fois dans l'Exposition, chaque ouvrier, muni d'un plan qui lui avait été distribué, a été laissé libre de se promener à sa guise et de visiter les sections qui l'intéressaient le plus. À quatre heures, tout le monde s'est retrouvé dans un restaurant où un dîner avait été préparé. Enfin, vers six heures, le train spécial a reconduit à Noisiel les excursionnistes. Les autres ouvriers de l'usine feront la même excursion samedi et mercredi prochains.

En juillet, par arrêté ministériel de l'Agriculture, Madame Marie-Edmée, veuve Menier, est nommée Chevalier du Mérite agricole pour ses importants et longs services rendus à l'agriculture par l'intermédiaire de la ferme modèle du Buisson.

M. Vinay des chocolats est saisi comme contrefacteur des produits Menier. Ayant reconnu sa culpabilité, un arrangement se profile entre les parties, mais le non-respect des clauses de la part de M. Vinay oblige Gaston Menier à porter plainte de nouveau. Cet événement sera exhumé par M. Menier à quelques jours de l'Exposition de Chicago, lorsque M. Vinay est nommé membre du Comité d'admission et d'installation de l'Exposition de Chicago, dont Gaston Menier est président.

Construction à Noisiel d'une cuisine destinée aux repas sur place ou aux repas familiaux. Électrification de la ferme du Buisson en courant continu par l'intermédiaire des trois turbines de la chocolaterie et de son moulin. En 1893-1894, le courant alternatif remplacera le dispositif en place. Celui-ci permet d'utiliser des matériels plus petits et des conducteurs électriques de plus petites sections.

1890

Construction de 50 maisons supplémentaires dans la cité ouvrière de Noisiel. Le 24 septembre, par arrêté ministériel, l'école de Noisiel fondée par Menier est rangée au nombre des établissements publics d'enseignement primaire. Échec de la transaction de terrains avec la commune de Champs-sur-Marne qui détermine la construction de la « rue neuve ». La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 881 tonnes.

1891

Première incursion dans un secteur en devenir : l'automobile. Les Menier collaborent avec Panhard et bien d'autres.

Gaston Menier est conseiller général jusqu'en 1934. Il est promu Officier de la Légion d'honneur. Gaston Menier est maire de Bussy-Saint-Georges jusqu'en 1913. Construction d'une usine à Hoboken, dans le New Jersey (États-Unis), l'usine sera dirigée par Charles Schlienger à partir de 1899.

L'écolière aux cheveux nattés de l'affiche créée par Firmin Bouisset, dénommée Yvonne-Joséphine-Marguerite, fille de Firmin Bouisset, est promue ambassadrice de la maison Menier. Il pourrait également s'agir de Marie-Louise Paule Edeline, fille du régisseur de la propriété des Menier à Noisiel, selon le livre « Gosses de Pub » de Claude Weill et François Bertin.

Achat de la propriété de Chamant, dans l'Oise, par Albert Menier. Achat du domaine de Rentilly à Bussy-Saint-Martin par Gaston Menier le 19 mai. Le 8 mai, Gaston Menier démissionne du Yacht Club de France, mais reste membre de la société d'encouragement. Création en juin de l'Union des yachts français avec Henri Menier comme vice-président. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 790 tonnes.

1892

Naissance de Jacques Menier.

Brevet de 15 ans (224633) concernant la garniture de souplesse fixée sur les roues de vélos, voitures légères de course ou pour enfants, marchant au pied, au moteur ou à traction. Albert Menier est maire de Lognes.

Jusqu'en 1899, lorsqu'elle se multiplia en affiches innombrables placardées dans toute la France, Yvonne-Joséphine-Marguerite, fille de Firmin Bouisset, entra dans la célébrité. Elle allait bientôt noircir les murs d'autres graffitis, perdre son parapluie, écrire de droite à gauche, en arabe et, l'imagination de son créateur n'ayant pas de limite, inscrire Menier d'un doigt au revers de la vitrine embuée d'une épicerie.

Décès de Madame Julie Rodier, femme de Gaston Menier, le 5 février. Achat d'un hôtel particulier au 61, rue de Monceau à Paris. Date à laquelle Albert Menier fait courir une armada de courses réunie à Chamant, dans l'Oise. Aucune méthode ne préside à la direction de cette nombreuse écurie d'environ 200 chevaux (3 ans, 2 ans, yearlings, foals, poulinières, étalons), M. Menier n'exigeant guère de ses entraîneurs, les frères Bartholomew, autre chose que de voir ses couleurs représentées dans toutes les courses. Qu'ils fussent en condition ou non, ses chevaux devaient donc paraître en public, aussi semblaient-ils souvent avoir été engagés et courir au petit bonheur. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 979 tonnes.

1893

Aucun des domaines industriels en développement ne laissa les Menier indifférents. L'automobile en fit partie. Gaston s'y intéressa en collaboration avec Panhard et Levassor. Il fit construire un break 4 places « découvrable double phaéton », propulsé par 2 moteurs Daimler ; cet ancêtre se déplaçait à la vitesse « fantastique » de 10 mph.

L'usine de Noisiel est consacrée première chocolaterie du monde à l'occasion de l'Exposition universelle de Chicago. La société des téléphones et la société Menier s'allient pour l'occasion et se fondent en « Société industrielle des téléphones ». La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 799 tonnes.

1894

Albert Menier est promu Chevalier de la Légion d'honneur.

Brevet déposé (124327) concernant la vulcanisation à plat et fixation. Les 23 et 24 juin, création d'une nouvelle course cycliste : la course du Bol d'or, organisée par « Paris-Pédale » et son directeur, M. Decam. C'est une épreuve de 24 heures sur la piste du vélodrome Buffalo qui réunit l'élite des coureurs du monde entier. Le premier Bol d'or offert par Menier est une splendide œuvre d'art d'une valeur de 5 000 francs, exécutée par le sculpteur Raoul Larche et fondue dans les ateliers de la maison Siot-Decauville. L'intérêt principal de cette course est, pour Henri Menier, de tester sa nouvelle fabrication de pneumatiques. Selon les commentaires de l'époque, on peut lire : « Le pneu Menier possède outre ses qualités d'extrême légèreté, de démontage remarquablement facile, un fixage irréprochable sur la jante. Plus deux avantages dignes de la plus grande attention, une valve et une soupape de sécurité qui n'existent sur aucun autre pneu. »

1895

Henri Menier décide d'acheter l'île Anticosti pour une somme très modique de 125 000 dollars. Une île d'un million d'hectares pour en faire son domaine de chasse et de pêche en Amérique. Commence alors l'histoire extravagante de l'île Anticosti sous le règne Menier, mais surtout sous celui de Georges Martin-Zédé, son fondé de pouvoir qui instaura sur l'île les bases d'une société idéale. Pendant trois décennies, les Anticostiens vivront sous son administration relevant de la discipline militaire.

Construction à Noisiel de la deuxième mairie. L'édification de cette mairie s'intègre dans un programme qui constitue la quatrième et dernière tranche de la réalisation de la cité. Le choix de son emplacement est à mettre en relation avec des nécessités pratiques et marque l'aboutissement d'un processus de mainmise sur le pouvoir politique local. Les Menier, qui sont devenus maires de la commune, doivent tenir compte des obligations de la loi d'avril 1884. Parmi les principales dispositions de ce texte, il convient de rappeler que toute commune se doit d'avoir un bâtiment à usage exclusif de mairie et que ce bâtiment soit propriété de la commune. La loi impose que les séances du conseil municipal soient publiques.

Le 17 novembre, le feu au moulin de Chelles détruisit l'édifice à tel point que les Menier durent en rebâtir un nouveau. Pas moins de 6 casernes furent mobilisées pour circonscrire et combattre le sinistre : Chelles, Champs-sur-Marne, Ville-Évrard, Neuilly-sur-Marne, Neuilly-Plaisance et Noisiel.

Henri Menier est à l'origine de la fondation de l'Automobile Club de France. Avec ses frères et en collaboration avec Bollée, Panhard et Levassor, il participe à la construction des premières voitures sans chevaux.

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 625 tonnes pour 1 563 ouvriers sur le site.

1896

Menier hisse pavillon ! La route du cacao fut conduite personnellement par les Menier durant plus de trente ans. Ils investirent dans le transport de la matière première en armant des navires puis en se contentant de les affréter. Le Belém est le plus symbolique des navires que les Menier affrétèrent. Les liens qui unissaient l'armateur Denis Crouan et la famille Menier allaient au-delà de l'intérêt économique. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 221 tonnes pour 1 578 ouvriers sur le site.

1897

Inauguration du pont de Vaires-Torcy par Gaston Menier. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 396 tonnes pour 1 535 ouvriers sur le site.

1898

Le 23 juin, dépôt de la dénomination CHOCOLAT-MENIER. Gaston Menier est député jusqu'en 1909. Édification du monument à Émile-Justin Menier sur la place principale de Noisiel.

Brevet de 15 ans (283676) concernant le bandage pneumatique pour cycles et autres véhicules analogues. Autre brevet (278550) ayant pour sujet un système de régulation applicable aux moteurs à vapeur et autres.

Élections législatives : Gaston Menier, antidreyfusard, est élu député de la première circonscription de Meaux.

Le problème du logement des retraités de la chocolaterie de Noisiel commence à se poser. Les Menier résolurent le problème en réalisant, les premiers en France, une cité de maisons de retraite à l'entrée du village de Champs-sur-Marne. Bien que la distance qui sépare cette cité de celle de Noisiel ne soit pas très grande, elle fut ressentie par certains comme une aggravation de la cassure que constitue souvent la mise à la retraite. Le 8 octobre aura lieu la pose de la première pierre de la Maison de retraite Claire Menier, du nom de la mère des deux patrons, par l'architecte Émile Hottot. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 806 tonnes pour 1 529 ouvriers sur le site.

1899

Par suite du décès d'Albert Menier le 30 mars, Henri et Gaston Menier deviennent seuls gérants. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 943 tonnes pour 1 596 ouvriers sur le site.

1900

L'entreprise Menier est détentrice de 50 % du marché national. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 165 tonnes pour 1 706 ouvriers sur le site.

1901

Invention du béton fretté par Armand Considère, dont les propriétés sont différentes de celles du béton armé. Matériau qui sera utilisé pour la construction du Pont Hardi et de la Cathédrale en 1905.

Construction de 6 maisons supplémentaires dans la cité ouvrière de Noisiel. La cité couvre 20 hectares et compte 311 logements occupés par 1 254 habitants. Son coût financier est alors estimé à plus d'un million et demi de francs-or. Par la suite, une autre cité ouvrière sera édifiée à Champs-sur-Marne pour loger des retraités, de façon à libérer les logements de Noisiel, plus proches de l'usine.

Le 21 juin 1901 vers minuit, la Claire-Menier, prise par les courants violents de la côte de Saint-Domingue, se jeta sur la pointe d'Angano, sur un banc de corail. Le navire s'encastra entre deux rochers et l'eau ne tarda pas à envahir la cale. La situation était intenable et, le lendemain, après délibération avec les officiers et l'équipage, tout le monde débarquait à l'aide des canots du bord. Les officiers purent emporter quelques vêtements et armes. L'équipage débarqua à un mille de l'endroit où se trouvait la Claire-Menier. Sur la côte inhospitalière de Saint-Domingue, on dressa des tentes sur le rivage et il fut décidé que le capitaine Langlois irait chercher des secours. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 13 938 tonnes pour 1 724 ouvriers sur le site.

1902

Croisière du steam-yacht « Ariane » sur les côtes de Norvège en compagnie du président Waldeck-Rousseau. Construction d'une maison-château sur l'île d'Anticosti. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 028 tonnes pour 1 777 ouvriers sur le site.

1903

Mariage de Georges et de Simonne Legrand, fille de M. et de Mme Gaston Legrand, née Grassi. Le couple est remarquablement assorti. Simonne (avec 2 n) Legrand est d'une étonnante beauté et Georges a belle stature. La cérémonie a lieu à Saint-Pierre de Chaillot. Un banquet de 2 600 couverts réunit le personnel de l'usine autour des mariés et de leurs familles à la Ferme du Buisson.

Le 3 décembre 1903, modification des statuts de la société Menier. Georges Menier devient associé en nom collectif. Création de la confiserie fantaisie « Croquettes ».

La villa Menier de Houlgate est mise en vente au Palais de Justice de Paris le 9 décembre pour la somme de 150 000 francs. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 880 tonnes pour 1 803 ouvriers sur le site.

1904

Naissance à Paris le 13 octobre 1904 d'Antoine (Gilles, Florent) Menier.

Avènement du syndicat ouvrier en août. Son siège est à Champs. Une naissance en deux temps (conflits internes et créations de structures annexes tel que "l'Union des Travailleurs de Champs"), qui marque les temps forts d'une difficile genèse syndicale et montre en même temps une capacité de résistance de la population ouvrière et une réticence à se structurer que le nombre fluctuant d'adhérents révèle. Minutieusement suivi par le Briard, chaque étape de la naissance du mouvement syndical de Noisiel est présente au sein de ses colonnes. Après un échec en août 1903, "le syndicat du personnel sans distinction de sexes ni spécialités professionnelles de la chocolaterie de Noisiel" affilié à la C.G.T est constitué le 31 juillet 1904 à Champs sur Marne.  La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 658 tonnes pour 1 943 ouvriers sur le site dont 223 syndiqués.

1905

Georges Menier est maire de Lognes jusqu'en 1933.

Changement d'esprit, l'abandon de la méthode Fröbel (voir 1874, les écoles). Une nouvelle fois les Menier se rangent du côté du discours dominant qui fait de celle-ci une pédagogie inadaptée. Selon Émile Cacheux, " l'imagination de l'enfant ne doit pas travailler outre mesure et il ne faut pas que son développement intellectuel s'accomplisse au détriment de ses facultés physiques".

Une caisse de retraite est créée, permettant aux ouvriers de prendre leur retraite à 60 ans, sans aucune retenue sur les salaires. Gaston Menier étendra sa sollicitude à de nombreuses œuvres sociales. Il souscrivit à nombre important de parts pour la construction de la Maison des dames des postes rue de Lille à Paris. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 639 tonnes pour 1 930 ouvriers sur le site.

1906

Création du Chocolat au lait. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 600 tonnes pour 1 959 ouvriers sur le site. Noisiel compte 1 248 habitants.

1907

Acquisition par legs de la propriété de Vauréal dans l'Oise.

Constitution d'une société américaine pour l'acquisition [possible] et l'exploitation de l'entreprise du chocolat Maillard de New-York, MM. Teissier et Gérard ayant fait part à Henri et Gaston Menier de l'intention qu'aurait manifesté Mr Henri Maillard de New-York de vendre sa maison de commerce. Le prix à payer pour l'acquisition des établissements Maillard [2 000 000 Frs] sera fourni par Menier. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 790 tonnes pour 2 009 ouvriers sur le site.

1908

Création de la société en nom collectif des chocolats Gaston "Menier" le 13 août entre Gaston Menier et Alfred Labouesse. Ce Gaston Menier était étranger à l'industrie du chocolat, il résidait à Courpalay loin du siège social parisien où il exerçait sa profession de charpentier. Au terme du contrat liant les deux hommes, seul Labouesse assurait le fonctionnement de l'entreprise. La cour d'appel du 10 Juin 1910 ordonna la radiation de la société Gaston Menier et Compagnie, la confiscation du matériel, le versement d’une amende aux appelants de Noisiel. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 211 tonnes pour 2 009 ouvriers sur le site dont 165 syndiqués.

1909

Gaston Menier est sénateur jusqu'en 1934. Georges Menier, encore musicien débutant, compose une première opérette pour l'icône de la danse du moment Cléo de Mérode qui monte pour la première fois sur les planches. Création de la cartouche instantanée en poudre. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 454 tonnes pour 1 958 ouvriers sur le site.

1910

Naissance d'Hubert (Jacques Georges) Menier le 12 décembre à Paris. Création de la confiserie de luxe "Bagatelles".

Mathilde Heintz, première compagne d'Henri Menier, domiciliée au 8 rue Alfred de Vigny, décède le 24 février 1910. (Source : Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine). La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 226 tonnes pour 1 846 ouvriers sur le site dont 105 syndiqués.

1911

Mariage le 11 juillet d'Henri Menier avec Thyra Seillière sa cadette de près de 40 ans, fille du baron Raymond Seillière et de la baronne née Orzegowska. On célèbre le mariage à Saint-Honoré d'Eylau. La cérémonie a lieu dans la plus stricte intimité par suite de la maladie du baron Raymond Seillière. Les témoins étaient pour le marié, M. Gaston Menier et M. Louis Laveissière et pour la mariée, la comtesse de Pimodan et M. Georges-Alexis Godillot. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 16 070 tonnes pour 1 763 ouvriers sur le site.

1912

Construction du Thyra Menier, un cargo à vapeur de 794 tonnes pour la Donald Steamship Compagny de Bristol. En 1915, il est affrété par la Canadian American Steamship Corporation de New York. Construction d'un immense chalet, " le chalet de Bois Larris". La maison des "champs" de Georges et Simonne dominera Lamorlaye aux portes de Chantilly, de style anglo normand inspiré des gravures de Cécil Aldin. L'une de ses particularités sera de posséder un jardin japonais, sans doute réminiscence de la Villa de Cannes. Cette propriété existe toujours ; elle est devenue un centre de réadaptation pour enfant en 1955 et une école de cadres réalisée pour la Croix Rouge en 1967.

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 16 044 tonnes pour 1 936 ouvriers sur le site dont 102 syndiqués.

1913

Gaston Menier est maire de Noisiel jusqu'en 1934. Jacques Menier est maire de Bussy-Saint-Martin jusqu'en 1934.

Création des "Fondants au lait" (Lugano). Madame Pelouze encore propriétaire du château de Chenonceau, multipliait les dettes. Afin de payer les quinze cent mille francs que lui coûta la restauration du château et les frais considérables de sa vie de châtelaine fastueuse, elle fit au Crédit Foncier et à bien d'autres prêteurs toute une série d'emprunts. Mais les intérêts s'accumulèrent au point de compromettre la possibilité de leur service. Sur la plainte du Crédit Foncier, qui ne pouvait plus obtenir le paiement de ses arriérages, Chenonceau fut saisi en 1888. Le 5 avril 1913 pour 1 770 000 Francs, Henri Menier devint propriétaire du château de Chenonceau. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 16 180 tonnes pour 1 917 ouvriers sur le site.

1913

Henri Menier décède à l'âge de 60 ans dans la nuit de vendredi au château Vauréal. En février, il contracta, au cours d'une croisière, une congestion pulmonaire qui s'était compliquée peu après d'une crise de diabète aiguë, bientôt suivie de phtisie galopante. Héritière dans un premier temps de l'île d'Anticosti, Thyra Seillière cédera à la pression et se désistera au profit de Gaston Menier. Henri Menier disparaît à l'âge de 60 ans, commandeur de la Légion d'honneur, suivant à plus de treize années d'intervalle son frère Albert. L'inhumation a eu lieu au cimetière du Père-Lachaise où des discours ont été prononcés par MM. Sabatier, secrétaire général des Établissements Menier, Bordenave, ingénieur directeur de l'usine de Noisiel, et Evillot, maire de Villers-Cotterêts. Le 5 mars à la Galerie Georges-Petit, Maitre Henri Baudoin disperse l'importante collection d'objets d'art et d'ameublement, tapisseries et tableaux ayant appartenu à Henri Menier. On y trouve les objets du château de Vauréal, de l'hôtel de la rue Copernic et de celui de la rue Alfred-de-Vigny. Quant au mobilier de Chenonceau, celui-ci est conservé dans son intégralité par Gaston Menier.

1913

Prise de commande de l'usine par Gaston Menier. De son père, il a hérité d'un goût prononcé pour la politique, Maire, Député et enfin Sénateur. Toutefois, Émile Justin Menier avait eu un rôle national aux côtés des ténors politiques républicains. Mais patron social, il n'avait jamais vraiment été admis dans les rangs du grand capital. Son fils Gaston sera confronté à un autre paradoxe : pour la classe politique, il sera toujours un industriel et inversement les industriels le considéreront comme un politicien. La chocolaterie Menier vient d'adopter l'aluminium en feuilles en remplacement de l'étain pour envelopper ses divers chocolats. La feuille d'aluminium ne contient aucune matière nocive, est propre, d'aspect élégant et coûte 25 % moins cher que l'étain. Elle concurrence par son prix attractif l'emploi de la feuille de plomb trop légèrement recouverte d'une couche d'étain que certains commerçants, peu scrupuleux, emploient encore en dépit des règlements.

1914

Le conflit de 1914-1918 marque la fin de cette apogée et le début des difficultés pour l'empire Menier. La production s'infléchit constamment depuis le déclenchement de la guerre jusqu'en 1918. La baisse de la production est consécutive à différents facteurs mis en place avec la situation de guerre dont la France est victime. Le chocolat n'est pas l'aliment de première nécessité pour les civils, alors que ceux-ci vivent une période de restrictions alimentaires. De plus, l'usine souffre du manque de main- d'œuvre. Ce manque est généré par le conflit puisque sont mobilisés les hommes nés entre 1868 et 1899, soit un total de 8 millions de français. Dès lors, l'industriel utilise massivement le personnel féminin à sa disposition afin de compenser le manque de main-d'œuvre existant au sein de son unité de production. Mais selon l'analyse a posteriori de Gaston Menier, la principale raison de la baisse de production tient surtout à une concurrence farouche issue de la guerre. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 638 tonnes pour 1 902 ouvriers sur le site dont 80 syndiqués.

1915

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 358 tonnes.

1916

Incendie de l'usine Menier à Hoboken New Jersey (Etats-Unis). La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 100 tonnes.

1917

Jacques Menier est affecté en février 1917 à l'escadrille Nieuport. Le 19 août, c'est le drame ! Blessé à la nuque, gravement brûlé par son avion mis en flamme, il tombe dans les lignes allemandes. Il rentre en France défiguré, non guéri de ses blessures. Il se trouvera à son tour à la tête de l'empire avec des charges écrasantes. Parallèlement, Jacques ne peut se dérober à l'institution et le voilà Maire de Noisiel en 1934. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 10 613 tonnes.

1918

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 10 494 tonnes.

1919

Gaston Menier est Vice-président de la commission Sénatoriale de l'Armée et trésorier du comité formé pour l'érection d'un monument destiné à commémorer l'arrivée en France des premières troupes américaines. La chocolaterie cède son rang de premier établissement industriel du département à l'usine Schneider de Champagne-sur Seine. En mai, un premier débrayage est déclenché à Noisiel, les négociations sur le travail de nuit, l’application immédiate de la durée hebdomadaire du travail à 8 heures, les augmentations salariales et la reconnaissance du droit syndical ébranlent fortement la chambre patronale des chocolatiers. Ces derniers craignent une baisse de la production annuelle. Aux élections municipales, les Menier partagent désormais la mairie avec les socialistes dont la liste complète fut plébiscitée. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 450 tonnes.

1920

Le siège social du syndicat est transféré à la mairie de Noisiel. 1 280 syndiqués sur le site. Création de la marque "Jolta". Construction d'une salle de cinéma à l'arrière du réfectoire des ouvriers. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 151 tonnes.

1921

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 17 508 tonnes.

1922

Mercredi 7 juin a été célébré dans l'intimité en l'église de l'Annonciation à Passy, le mariage de M. Jacques Menier âgé de 30 ans, décoré de la Croix de guerre, fils de M. Gaston Menier, Sénateur, avec Mme Jean Broudehoux née Suzanne Lavalley. Le mariage civil a eu lieu samedi 3 juin à Noisiel, M. Jacques Menier avait pour témoin le plus ancien ouvrier des usines Menier. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 16 582 tonnes pour 2 038 ouvriers sur le site. La présence féminine est de 900 ouvrières pour 30 syndiquées.

1923

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 15 110 tonnes pour 1 888 ouvriers sur le site.

1924

Chasse à courre en forêt de Villers-Cotterêts, Gaston Menier en compagnie de S.A.R. le Prince de Galles. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 096 tonnes pour 1 649 ouvriers sur le site.

1925

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 14 782 tonnes pour 1 700 ouvriers sur le site.

1926

L’île Anticosti est revendue à une société nord-américaine de pâte à papier, la Wayagamack Paper Cy. En 1974, l’île reviendra au ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche du Québec.

Création de la marque Rialta, déposée le 6 décembre 1926 à 11 heures au greffe de la Seine sous le numéro 242.904. Un autre dépôt est effectué en 1927 sous le numéro 243.753 pour les vignettes.

Seconde grève à Noisiel. Malgré son échec, ce conflit est le plus représentatif. Les grévistes défilent, drapeau rouge en tête, dans la cité investie par la gendarmerie sur ordre du maire. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 11 188 tonnes pour 1 739 ouvriers sur le site, dont 320 syndiqués.

1927

Réorganisation de l’entrepôt de New York. Tournage du film « La Cousine Bette », du réalisateur Max de Rieux, avec quelques scènes tournées dans le château des Menier. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 11 628 tonnes pour 1 558 ouvriers sur le site.

1928

Divorce entre Jacques Menier et Suzanne Lavalley par jugement du 19 décembre. Disparition de Louis Bordenave, ingénieur des Arts et Manufactures, directeur des usines Menier à Noisiel.

Le personnage fétiche se met au goût du jour : c’est une « garçonne » Art déco qui s’affiche. Celle-ci est inspirée de la nouvelle tendance lancée par Coco Chanel, qui révolutionne le monde de la mode en proposant des robes sous le genou et en se coupant les cheveux courts, ce qui, à l’époque, est considéré comme de la provocation. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 642 tonnes pour 1 682 ouvriers sur le site.

1929

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 12 009 tonnes pour 1 649 ouvriers sur le site.

1930

Pour équiper en matériel les coureurs des équipes nationales du Tour de France, les nourrir, les héberger et rémunérer masseurs et mécaniciens, il fallait beaucoup d’argent au journal L’Auto. C’est dans ce contexte que naquit l’embryon de la caravane publicitaire que l’on connaît aujourd’hui. Paul Thévenin, chef de la « réclame » du chocolat Menier, fut l’un des pionniers de cette caravane, en compagnie du cirage Lion Noir et des réveils Bayard. Thévenin montra la voie à Desgrange : il prit place à bord d’un camion qui précédait les coureurs pour distribuer aux spectateurs massés au bord des routes 500 000 bonnets de police marqués du sigle Chocolat Menier. Des tonnes de chocolat en tablettes furent également offertes. On réconforta même les coureurs et les suiveurs au sommet des cols en leur donnant des tasses de chocolat chaud. Dès le Tour de France 1931, Desgrange allait organiser officiellement et réglementer la fameuse « caravane publicitaire ». Ainsi, le Tour de France entrait un peu plus dans la modernité.

Albert Ehrmann, détenteur du diplôme d’ingénieur agronome obtenu en 1913, est nommé régisseur du domaine de Noisiel et plus particulièrement de la Ferme du Buisson. Il remplace M. Valdder, retrouvé pendu le 26 mai de la même année sous le kiosque de son jardin.

Réorganisation de l’usine de Londres. La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 10 568 tonnes pour 1 602 ouvriers sur le site.

1931

La production annuelle de chocolat à Noisiel est de 9 660 tonnes pour 1 401 ouvriers sur le site.

1932

1 398 ouvriers travaillent sur le site de Noisiel.

1933

Mort de Georges Menier le 1er janvier à Paris. Officier de la Légion d’honneur, il décède à son domicile, au 8, rue Monsieur. Ses obsèques ont lieu le jeudi 5 janvier à midi en l’église Saint-François-Xavier.

Antoine Menier est maire de Lognes jusqu’en 1945. Dépôt des marques MENICAO et TIALCO au greffe du tribunal de commerce par la société Menier.

1934

Jacques Menier est maire de Noisiel jusqu’en 1938. Mort de Gaston Menier le 5 novembre.

1935

Lors des élections sénatoriales en Seine-et-Marne, M. Dumesnil, député et ancien ministre radical indépendant, succède à M. Gaston Menier, décédé. Il est élu par 560 voix contre 218 données à Jacques Menier.

Menier ouvre, au 114, avenue des Champs-Élysées, un salon de dégustation où l’on peut trouver tous les produits de la marque. En 1937, la maison Menier supprimera le pourboire et affranchira ainsi les consommateurs de cette ancienne tradition. Électrification de la cité.

1936

Vente à l’Hôtel Drouot de la première partie de la fameuse collection de M. Gaston Menier, le 24 novembre : tableaux, objets d’art et meubles anciens atteignent de très hauts prix. Une deuxième vente, les 7 et 8 décembre, de moindre importance, a lieu au même endroit et obtient un vif succès.

L’usine de Noisiel est occupée le 4 juin et le travail reprend le 12 juin. Le 8 juin, notification est faite aux délégués ouvriers de l’acceptation de l’accord intervenu dans la nuit du 7 au 8 juin, sous l’arbitrage du gouvernement, entre les représentants de la CGT et ceux du patronat. Les pourparlers ont lieu à Melun.

Candidature à la députation de Jacques Menier à Cannes en mai.

1937

1 110 ouvriers travaillent sur le site de Noisiel.

1938

Campagne publicitaire basée sur le personnage de « Blanche-Neige » de Walt Disney. Le lancement en France est prévu pour les fêtes de Noël.

Le 29 mai, Jacques Menier reçoit la chemise rouge des associations des garibaldiens de l’Argonne, réunis en congrès à Bordeaux. Fondateur et dissident, Sante Garibaldi s’exile en France pour éviter la récupération fasciste de Mussolini et fonde une organisation regroupant les garibaldiens ouvertement antifascistes. En juin 1940, les garibaldiens combattent contre les Allemands dans la région de Tours et cessent le combat après l’entrée en guerre de l’Italie. Sante Garibaldi est arrêté et emprisonné à Dachau. Il meurt en 1946 à Bordeaux. Sante Garibaldi œuvre pour la paix, appuie Chamberlain et les accords de Munich, et prend également position contre les persécutions des « Israélites ».

1939

Entrée dans la Seconde Guerre mondiale, destruction du dépôt de Caen et endommagement du potentiel industriel de Noisiel. À la veille de la guerre, le café sud accueille les camarades du syndicat CGT de l’usine, tandis que le café nord reçoit les militants du PPF (Parti populaire français) de Jacques Doriot. Réduction de capital de la maison Menier.

1945

Antoine Menier est maire de Noisiel jusqu’en 1959.

1946

Nouvelle réduction de capital de la maison Menier.

1948

Transformation de la maison Menier en société à responsabilité limitée (SARL) « CHOCOLAT MENIER ».

1949

Naissance de Jean Louis (Hubert) Menier le 14 mai à Paris, dans le 7e arrondissement.

1950

Noisiel retrouve le niveau d’affaires des années 1920, mais les dommages de la Seconde Guerre mondiale et un endettement excessif handicapent la firme. Dans un contexte de stagnation, Menier reste leader avec environ 18 % du marché. Toutefois, ce classement est trompeur : les exportations ne représentent que 2 % de la production totale, le matériel est obsolète et la rentabilité trop faible du secteur chocolatier interdit toute politique d’autofinancement. La réduction des charges d’exploitation, celle des effectifs, les mesures prises ainsi que quelques embellies ponctuelles dues au renouvellement partiel du catalogue commercial ne suffisent pas à combler le déficit.

1953

Les domaines "Valle Menier" et "Sant Emilio" du Nicaragua sortent de la Société Menier et sont attribués à Antoine et Hubert Menier. Le 8 mai, à 61 ans, Jacques s'éteint à Rentilly, victime des suites de la guerre et des blessures dont il souffrait depuis 36 ans et qui l'avaient affreusement défiguré. Antoine et son frère Hubert deviennent cogérants de l'entreprise Menier.

1954

Entrée en force du marketing dans le domaine commercial. Nouvelle équipe dirigeante et objectifs clairement définis : réorganisation des ateliers, gains de productivité accrus par une nouvelle approche scientifique des cadences. 1 598 ouvriers permanents ou saisonniers travaillent sur le site de Noisiel.

1955

Démolition du château de Noisiel. Modernisation des équipements et automatisation de la torréfaction.

1957

Regroupement spatial et production en continu des confiseries. Augmentation du capital par l'apport de la société Chocolat Lombart.

1959

Mort d'Hubert Menier le 28 juin à Bussy-Saint-Martin (77). L'exercice déficitaire sonne le glas des dernières espérances de redressement du capitalisme familial de l'empire Menier. Après cinq vagues de licenciements, l'effectif de l'usine tombera à 70 salariés en 1961.

1960

Départ de la famille Menier de Noisiel. Le 19 octobre, fusion avec les chocolats Rozan. Entrée de la société Cacao-Barry au capital de "CHOCOLAT MENIER". Transformation de la SARL en société anonyme.

1962

Le graffiti vante la qualité du chocolat, les nattes ont repoussé et un cartable, d'où ne s'échappe plus de tablette, a remplacé le panier de la petite fille.

1963

Sorties annuelles de près de cent millions de vignettes réparties, après mélange mécanique, dans les tablettes Menier, mais également dans les théâtres (découpage de 16 planches et 6 décors) proposés aux écoles. Toutes les habitations de la commune sont vendues en bloc à une société immobilière.

1965

La maison Menier prend pour raison sociale le nom de Société Ufico (Union Française d'Industries de Chocolaterie et Confiserie). Acquisition de la société Ufico par Perrier.

1966

Expulsion des 200 dernières familles de la cité ouvrière Menier, qui ne peuvent racheter leur pavillon.

1967

Mort d'Antoine, sans postérité, à Paris le 12 août 1967, à l'âge de 62 ans. Son frère Hubert étant décédé depuis 1959, Antoine aura été le dernier des Menier à diriger la firme. Le testament d'Antoine lègue le château de Chenonceau à la "Demeure historique", située au 57 quai de la Tournelle à Paris. Après un procès, cette donation est annulée et le château revient à la veuve d'Antoine, qui le vend par la suite à l'épouse d'Hubert.

1971

La Société Ufico libère Menier. Rowntree Mackintosh acquiert la moitié de la société, l'autre moitié appartenant toujours à Perrier.

1972

Classement de l'Hôtel Menier, situé au 5 avenue Van Dyck, dans le 17e arrondissement de Paris, par la Commission supérieure des monuments historiques. Des menaces pesaient sur cet hôtel du XIXe siècle, situé en bordure du parc Monceau, des promoteurs souhaitant édifier à son emplacement un immeuble d'habitation.

1973

Rowntree Mackintosh devient majoritaire dans le capital.

1976

Rowntree Mackintosh devient propriétaire intégral.

1980

Rachat du Belém par l'Union nationale des caisses d'épargne. Le navire sert de navire-école.

1986

Inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques de 13 bâtiments à Noisiel.

1988

OPA de Nestlé réussie sur Rowntree Mackintosh en juin. Vente du domaine de Rentilly. Départ de la famille Menier.

1988

Le 9 novembre, le prince Charles et la princesse Diana visitent le château de Chenonceau. Cette visite princière permet, chose rare, de faire la connaissance des descendants Menier, témoins des derniers soubresauts d'une entreprise qui n'a pas su s'adapter au diktat du nouveau libéralisme. Émile-Justin Menier avait adhéré, avec les réussites que l'on sait, au libéralisme naissant du milieu du XIXe siècle, qui permettait encore à une entreprise familiale de maîtriser son destin. Mais les dissensions familiales, associées à une économie globalisée, furent insurmontables.

1990

Annonce de la fermeture de la chocolaterie.

1992

Le Moulin Saulnier est classé monument historique. Fermeture des ateliers de production de la chocolaterie. Dans le même temps, la direction générale de Nestlé examine les possibilités de regroupement de ses activités tertiaires sur un même site. Pour diverses raisons, Noisiel et sa chocolaterie seront retenues.

1994

Début des travaux sur le site de Noisiel. Le gros œuvre est achevé en quelques mois.

1995

Installation du mobilier et des systèmes informatiques.

1996

Le siège social du groupe Nestlé France s'installe sur le site de Noisiel.

2017

Nestlé annonce son départ de Noisiel. Le nouveau site d'Issy-les-Moulineaux est présenté aux collaborateurs. Le site historique de Noisiel ne répond plus aux exigences de modernité, de modularité et d'optimisation des espaces de travail. Réunir l'ensemble des collaborateurs de Nestlé en région parisienne sur ce site entraînerait de très lourdes contraintes d'investissement et d'accessibilité, tout en limitant son attractivité.

2020

Déménagement initialement prévu à partir de fin 2019 mais pour cause de crise sanitaire liée à la covid-19, le déménagement est reporté à 2020.

Saga Menier  •  Noisiel, Seine-et-Marne