
En 1872, Jules Saulnier adopta une structure métallique pour le moulin de la chocolaterie Menier, à Noisiel. Symbole de modernité, cette structure répondait à des exigences techniques telles qu'une plus grande portée, une meilleure résistance au feu, une amélioration fonctionnelle grâce à de vastes espaces libres sans entrave, ainsi qu'à des critères économiques, notamment une rapidité de construction accrue. En effet, la charpente fut fabriquée en atelier dans l'entreprise du métallier Armand Moisan. Cette réalisation précoce, en forme de cage de faraday, fit du moulin de Noisiel le premier édifice à structure métallique porteuse, ouvrant la voie à l'élévation des gratte-ciels outre-Atlantique.
Plusieurs grèves de charpentiers à Paris ont joué un rôle important dans l'essor des charpentes métalliques. Lors de ces mouvements sociaux, en raison de la pénurie de bois ou de difficultés d'approvisionnement, certains entrepreneurs se tournèrent vers le fer et le métal pour pouvoir achever leurs constructions en cours. Ce remplacement partiel contribua à populariser l'usage de ces charpentes d'un nouveau genre, aux multiples qualités, annonçant ainsi l'ère des constructions métalliques modernes.
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Saga
Menier ou l'égrenage des générations et temporalités: "arrière,
arrière, arrière, arrière, arrière", ce son obscur du tombeau et des temps
révolus, qui exprimait cependant un rapport pieusement entretenu entre
le présent, ma propre vie et ses choses profondément ensevelies [...].
En percevant ce son, il me semblait ressentir le souffle des lieux qui
vous incitent à une certaine démarche déférente et penchée, le chapeau
à la main, sur la pointe des pieds, je croyais aussi entendre le silence
lointain et abrité de ces lieux aux échos sonores, des sensations dévotieuses
se mêlaient au son des syllabes sourdes, aux pensées de la mort et de
l'histoire, et tout cela me semblait, en quelque sorte bienfaisant.
(Thomas Mann : La montagne magique)
Les
groupes sociaux perpétuent leur identité par la vénération, parfois inconsciente
de leurs origines. La famille et la société produisent un récit cohérent
où chaque individu s’inscrit dans une continuité temporelle. Cette temporalité
rappelle que tout individu naît dans des couches de temps sociales, faites
de traditions, de récit familial, de mémoire collective, et que ces couches
agissent comme un cadre invisible qui façonne la manière dont il perçoit
le monde, se perçoit lui-même et comprend sa place dans la société.
Buste
en marbre blanc sur piédouche en marbre gris représentant Gaston
Menier dirigeant en 1913 la Chocolaterie du même nom et petit-fils du
fondateur ; Jean-Antoine Brutus
Menier. Cette sculpture de 1900 est signée Denys Puech.
Le dernier propriétaire de ce buste fut Serge Couzigou qui créa le musée
de Chocolat de Biarritz et qui malheureusement dut fermer ses portes en
2018.
Denys
Puech est un sculpteur français né le 3 décembre 1854 à
Gavernac et décédé le 9 décembre 1942. Il apprend le travail du marbre
dès 1872 chez François Mahoux, un artiste marbrier. Puech poursuit sa
formation à l'École des Beaux-Arts de Paris. Là, il sera l'élève de François
Jouffroy, puis d'Alexandre Falguière et d'Henri Chapu. Il va se distinguer
et obtenir de nombreux prix académiques, notamment le prix de Rome. Il
deviendra le directeur de cette institution (Académie des Beaux-Arts de
la villa Médicis) de 1921 à 1933. Statuaire officiel de la République,
il n'échappa pas, en 1913, aux critiques acerbes de la presse et des littérateurs,
qui préféraient une sculpture plus inspirée, dont le chef de file n'était
autre qu'Auguste Rodin. Une
opposition
artistique qui reprochait à l'État « d'encombrer les places publiques
et les jardins de pesantes masses de pierre ou de bronze » et de faire
appel davantage à des « sculptiers » tels que Coutant et Puech et autres
fabricants de l'Institut, travaillant pour « une sorte de magasin de pseudo-statues
», faisant d'eux des « marbriers de la brocante ».
Les bustes constitueront la première et principale production de Puech.
On la lui a beaucoup reprochée, comme une œuvre facile, de peu d'effort
et de grand rapport. Les bustes de quelques compatriotes aveyronnais ont
été les premières commandes du jeune sculpteur récemment arrivé à Paris
; ce furent ses premiers gains. Pas étonnant que le sculpteur ait continué
dans la voie ainsi ouverte. Ces travaux, de dimensions restreintes, où
la pensée se concentre dans quelques traits ou dans quelques lignes, conviennent
d'ailleurs à sa tournure d'esprit et à son genre de talent. Puech n'a
guère le sens de la sculpture architecturale ; les grandes compositions
effraient sa nature. Il devait donc se complaire dans la perfection de
bustes principalement féminins, mais également d'industriels, de professeurs,
de savants et de politiques. Soixante-douze bustes en marbre sortiront
de son atelier. M. Denys Puech a été souvent moqué et injurié durant de
longues années par la presse indépendante, qui inventa cette perfide opposition
entre Denys Puech et Auguste Rodin. Ce dernier était homme de génie et
d'inspiration, artiste avant d'être homme de métier. Denys Puech restait
un praticien « souple, averti et digne d'intérêt ». Homme d'Institut,
jalousé pour ses nombreuses commandes, il excellait dans sa spécialité
et considérait, en libéral qu'il était, que chacun pouvait avoir sa place.
En 1922, le statuaire Antoine Bourdelle, élève de Rodin, ambassadeur de
la sculpture moderne, pour ne pas dire de l'art français moderne, fit
le voyage de Rome. C'était son premier contact avec la Cité. Denys Puech
convia l'immense sculpteur à prendre le thé. La rencontre fut des plus
cordiales, l'accueil des plus simples et des plus chaleureux. Les deux
artistes croisèrent leurs souvenirs, car Puech et Bourdelle s'étaient
déjà rencontrés chez Mme Jules Michelet. Antoine Bourdelle, qui fut ce
soir-là le confident des uns et des autres, confia l'enchantement réciproque
procuré par cette entrevue.
Le musée
d'Orsay conserve en ses murs quelques
œuvres de l'artiste, dignes d'intérêt, mais dans un relatif anonymat
au regard des œuvres d'Auguste Rodin, magnifiées.
Gaston Menier était un collectionneur invétéré. Il offrit, en 1904, à
Denys Puech une estampe
de Jean-Marc Nattier représentant la comtesse de Caumartin, extraite
de sa collection personnelle, prouvant ainsi son admiration pour celui
qui immortalisa ses traits dans le marbre. (Gaston Menier possédait également
le tableau qui, à son décès, fut mis en vente.) Gaston Menier envisageait-il
sa future admission au sein du Sénat ? S'imaginait-il un destin hors du
commun, autorisant son buste à intégrer la galerie des bustes du Sénat
? Denys Puech avait déjà fait pénétrer Jules Ferry dans cette prestigieuse
galerie. Sculpteur agréé de la IIIe République, il ouvrait
en quelque sorte le chemin au futur sénateur Gaston Menier ; restait à
ce dernier à accomplir son œuvre.

Je
suis né le 22 mai 1855, dans une famille dont le nom commençait déjà à
dépasser les frontières d'une simple entreprise. Lorsque j'ouvris les
yeux sur ce monde, je n'étais pas encore l'héritier d'un empire. Je n'étais
qu'un enfant parmi les miens. Pourtant, autour de moi, tout rappelait
que mon avenir ne serait jamais tout à fait ordinaire. Mon père, Émile-Justin
Menier, avait une ambition que peu d'hommes de son époque possédaient.
Il ne voulait pas seulement fabriquer du chocolat ; il voulait transformer
cette activité en une véritable industrie. À Noisiel, sur les bords de
la Marne, il bâtissait un monde nouveau où les machines, les hommes et
l'organisation formaient un ensemble unique.
Gaston
Menier, né à Paris le 22 mai 1855, dans le 4e arrondissement,
est décédé en 1934. Il avait 22 ans quand éclata le coup d'État du 16
mai 1877. Son père, Émile
Justin, représentait à cette époque l'arrondissement de Meaux
à la Chambre des députés et faisait partie de cette majorité républicaine
que le gouvernement Mac-Mahon pensa briser en faisant solennellement appel
au pays. Au temps de la petite enfance de Marcel Proust, « tout ce qui
appartenait à la société conservatrice était mondain, et dans un salon
bien posé on n'eût pas pu recevoir un républicain. Les personnes qui vivaient
dans un tel milieu s'imaginaient que l'impossibilité de jamais inviter
un "opportuniste", à plus forte raison un affreux "radical", était une
chose qui durerait toujours ». « Chassez-nous », disait alors Gambetta,
« nous sommes 363, mais nous serons 400 quand nous reviendrons ».
Gambetta fut l'hôte d'Émile Justin Menier le 10 octobre. Il visita en
détail l'usine de Noisiel, ainsi que la cité ouvrière. Au soir, Gambetta
prit la parole face aux ouvriers réunis pour l'occasion : « Mes chers
amis, j'ai éprouvé aujourd'hui une vive satisfaction en voyant toutes
ces merveilles que renferme l'usine de Noisiel, créées par le travail,
l'énergie, l'intelligence de M. Menier, notre excellent collègue, et entretenues
par votre esprit d'ordre, votre labeur de tous les jours. Je voudrais
que tous nos ennemis politiques pussent jouir, comme nous l'avons fait
aujourd'hui, du spectacle de cette population laborieuse qui devrait servir
de modèle à toutes les agglomérations ouvrières de France. Ils apprécieraient
peut-être enfin toutes les forces vives qui se trouvent dans l'initiative
privée et ils pourraient trouver ici la juste perception des sentiments
qui animent l'immense majorité de la nation et qui lui font désirer si
ardemment de se gouverner elle-même. Ces sentiments, d'ailleurs, vous
en verrez l'éclatante manifestation dans quelques jours. Le 14 octobre,
le suffrage universel, obéissant à un réel instinct de conservation, renverra
à la Chambre, non seulement les 363, mais bien les 400 républicains que
j'ai déjà annoncés à la tribune. Oui, mes amis, vous pouvez le répéter
à tous vos camarades, je maintiens mon dire avec la certitude la plus
absolue que les faits me donneront raison. »
La Chambre fut dissoute, les nouvelles élections eurent lieu et le suffrage universel, donnant raison à Gambetta, envoya 400 députés républicains, dont Émile Justin Menier, siéger au Parlement le 14 octobre 1877. Gaston Menier venait d'achever son service militaire chez les hussards et s'apprêtait à reprendre sa place, auprès de ses frères, à la tête des établissements paternels. Il se passionna dès sa vingtième année pour les idées républicaines et entra involontairement en politique. Gaston Menier fit ses études au lycée Condorcet. Les diplômes en poche, il seconda son père dans la direction des établissements que ce dernier possédait en France, en Angleterre et au Nicaragua, ici comme ingénieur, là comme commerçant, là-bas comme agronome et collaborateur, entre-temps, aux ouvrages que son père faisait paraître sur l'agriculture, les finances et l'économie politique. Membre de la Société des ingénieurs civils depuis 1877, il rechercha les progrès à apporter aux voies de communication : routes, chemins de fer, ponts, rivières et notamment la navigation sur la Marne.
Gaston Menier sortant de son véhicule vers 1933
À partir de 1878, Gaston Menier collabore activement aux nombreuses expositions universelles, comme exposant, membre du jury ou membre des comités d'organisation, tant pour l'industrie de l'alimentation que pour l'économie sociale. La croix de chevalier de la Légion d'honneur, en 1883, puis celle d'officier, en 1891, viennent récompenser sa carrière au service d'une suprématie française face aux nations rivales. C'est en 1882 que commence timidement sa carrière politique, encouragé par sa relation avec Gambetta, qu'il invite quelquefois dans sa propriété de Noisiel. Gaston Menier devient alors conseiller, puis maire de Lognes en 1892. Les circonstances de 1891, avec le décès de Foucher de Carel, lui ouvrent les portes du conseil général du canton de Lagny. Comme conseiller général et nouveau propriétaire du château de Rentilly, il se fait remarquer par une grande pugnacité à satisfaire la population de Seine-et-Marne dans ses préoccupations quotidiennes : les questions de travail, de logement, de chemin de fer. N'est-il pas le mieux placé, en tant que dirigeant de la plus grande chocolaterie du monde, fournissant à elle seule les deux tiers de la consommation française, pour étudier et savoir ce qui serait le plus bénéfique pour les uns et les autres ? En 1891, la députation n'est pas à l'ordre du jour. Malgré les courriers l'incitant à franchir le pas, Gaston Menier reste inflexible. Dans un courrier de juin 1891, en réponse à une sollicitation émanant de Boutigny, en Seine-et-Marne, il décline toute velléité nationale. Il faudra attendre quelques années pour que Gaston Menier franchisse le Rubicon. En 1898, il sera élu député de la 1re circonscription de l'arrondissement de Meaux, face à M. Derveloy, avec 6 635 voix contre 6 406 pour son adversaire. Occasion probable de graver dans le marbre son accession à la députation ? Gaston Menier s'intéresse à toutes les questions sociales et économiques. Il soutient et fait adopter une loi, en 1904, instituant une caisse de pensions pour les anciens députés, leurs veuves et leurs orphelins mineurs. Caisse alimentée par une cotisation de 15 francs par mois, prélevée sur l'indemnité des députés, ainsi que par des dons ou legs. Il fait partie de toutes les grandes commissions et est un disciple de Waldeck-Rousseau, dont il était l'ami. Il sera réélu en 1902 et en 1909, date à laquelle, le 15 janvier, il est élu sénateur. L'accession à la Chambre haute, qu'est le Sénat, est à l'origine d'un événement singulier. En 1909, Gaston Menier est alors membre de l'Alliance républicaine démocratique, qui apporte son soutien à M. Delpeuch au poste de député de la 1re circonscription de Meaux, resté vacant. Mais Gaston Menier réagit vivement et remet sa lettre de démission à M. Adolphe Carnot, président de l'Alliance, sans omettre d'en préciser les motifs : « Tous les républicains de la 1re circonscription de Meaux et moi-même avons été surpris de voir la candidature de M. Delpeuch soutenue, dès la première heure, par un organe local notoirement clérical et réactionnaire. » Position laïque mettant fin aux ambiguïtés et qui cantonne de facto le cultuel à la périphérie de Noisiel.
À partir des années 1910, les habits des communiants sont offerts et les deux meilleurs élèves du catéchisme auront une marque visible sur leurs vêtements (rubans ou brassards). À tous, on sert, le jour de la communion, une collation dans le parc du château de Noisiel. Enfin, une messe chantée à 6 h 00 du matin est incluse aux manifestations des fêtes communales de 1900 et de 1901. Cette promotion restera sans effet, Noisiel s'alignant ici sur les pratiques générales du monde ouvrier. Les habitants de la cité passent devant le curé pour les quatre sacrements : baptême, communion, mariage, enterrement. Henri et Gaston Menier trouvaient en Seine-et-Marne un terrain particulièrement défavorable à tout renouveau religieux. Comme le rappelle Pierre Pierrard, ce département a été l'une des premières campagnes déchristianisées. Il est aussi, en 1894, l'un des mieux pourvus, avec 13 sociétés de la « Libre Pensée ». Celle de Lagny avait été fondée dans les années 1870 par Girard, franc-maçon notoire et ami d'Émile Justin Menier. Sénateur, Gaston Menier sera également vice-président de la commission de l'Armée et président du groupe de l'Aviation. Il présidera l'École centrale des arts et manufactures ainsi que le conseil d'administration du Conservatoire des arts et métiers.
Gaston
Menier fut successivement propriétaire de deux hôtels parisiens : le dernier
en date, rue de Monceau, et le premier, avenue de Ruysdael. Le premier,
au 61, rue de Monceau, fut construit en 1890 par Charles Garnier pour
Abraham de Camondo, qui le revendit presque aussitôt à Gaston Menier.
Le second, avenue de Ruysdael, est l'œuvre de l'architecte Jules Pellechet,
en 1875. C'est dans cet hôtel que Julie Rodier, femme de Gaston
Menier depuis 1879, s'éteindra le 5 février 1892, en couches de son second
fils, Jacques, probablement d'une embolie pulmonaire. Julie n'avait alors
que 32 ans. Événement qui affecta durablement Gaston, comme celui-ci le
coucha dans ses mémoires. C'est au 4, avenue de Ruysdael que Julie Rodier
organisait des soirées
théâtrales et musicales auxquelles elle participait activement,
poussant la chansonnette avec un brin de talent avéré. Gaston Menier avait,
pour ces multiples occasions de représentation, électrifié les lieux dès
1885. Toujours curieux des nouveautés scientifiques, il avait disposé,
entre l'office et la table de la salle à manger, une petite voie ferrée
sur laquelle circulait un train minuscule : une plate-forme oblongue,
sur laquelle pouvaient être placés des assiettes, des plats ou des couverts,
soutenue par deux wagonnets. La voie courait tout le long de la table
et le train pouvait aller en avant ou en arrière, apportant de l'office
les plats et les assiettes. Gaston
Menier quitta Ruysdael après 19 ans de bonheur pour emménager au 61, rue
de Monceau, en cette tragique année 1892. Paul Lozouet deviendra acquéreur
de l'hôtel de l'avenue de Ruysdael en 1893.
En 1913, Gaston Menier prend le contrôle de la chocolaterie après la mort de son frère aîné Henri dans son château de Vauréal. Il hérite de la « nue-propriété » du château de Chenonceau et de l'île d'Anticosti, laissant l'usufruit, soit une somme viagère de 360 000 francs, à Thyra Seillière, veuve d'Henri, en application d'un testament laissé par le défunt et daté du 24 août 1913. En ce début de siècle, cette troisième génération possède une fortune colossale qui en fait l'une des dix plus riches de France. Albert Menier, le plus jeune des trois frères, décédé en 1899, davantage concerné par les courses hippiques que par les activités industrielles, s'octroyait une rente annuelle de 4 millions de francs. De quoi se composait la fortune de M. Henri Menier à sa mort ? De ses parts dans la société formée avec son frère Gaston pour l'exploitation de la chocolaterie de Noisiel, de ses châteaux, villas, chasses et navires de plaisance, et du domaine constitué par l'île d'Anticosti. Les salaires des ouvriers de la chocolaterie sont, quant à eux, de 22 francs par mois pour les hommes et de 18 francs pour les femmes en 1926.Dans ses mémoires, Gaston Menier évoque les directeurs successifs ayant participé à la grandeur de l'entreprise.
« Quand je fus rentré dans les affaires (en février 1881), notre fondé de pouvoirs, au siège de notre maison à Paris, était M. Ernest Michel qui, pendant de nombreuses années, fut un très dévoué et très sûr collaborateur ; à sa mort, en 1889, il fut remplacé par M. Meydieu. Ce dernier ayant pris sa retraite en 1901, c'est M. Cholet qui le remplaça et, depuis la mort de celui-ci, c'est M. Tan qui occupe ces fonctions, pendant que M. Sabatier dirige surtout le côté commercial. M. Sabatier est entré à la Maison en octobre 1886, venant de la raffinerie Lebaudy et, peu à peu, par son activité et son travail soutenu, il a pris le poste de secrétaire général qu'il exerce encore remarquablement. À Noisiel, nous avons eu comme directeurs : M. Desboeuf et M. Jules Logre qui, jusqu'à leur mort, furent des collaborateurs très dévoués. Nous avons eu également, comme régisseur, M. Alphonse Dupuis qui, pendant très longtemps, nous fut très dévoué, mais dont le fils Eugène avait malheureusement terni un peu la carrière. M. Jules Logre était un travailleur acharné, ne prenant jamais de repos ; il aimait à travailler le soir et souvent tard dans la nuit. Par son intelligence, il avait suppléé à son instruction technique incomplète et il exécutait toujours brillamment les travaux très divers que nous lui imposions. Il avait d'abord débuté comme dessinateur chez Armengaud, au service des brevets d'invention, puis il avait été ingénieur chez Séraphin frères, nos constructeurs de machines, puis il était venu à Noisiel en 1867. M. Logre avait été mon éducateur scientifique, tant au point de vue des applications mécaniques qu'à celui des constructions terrestres et hydrauliques. M. Bordenave lui succéda ; il était également un travailleur remarquable, un véritable savant qui honorait le souvenir de l'École Centrale qui l'avait formé. M. Le Sénéchal, jeune encore, sorti de l'École Centrale des Arts et Manufactures, possède des éléments de travail que nous avons appréciés à leur valeur. Il prit la direction des usines après la disparition de M. Bordenave d'une façon très remarquable, entouré de M. Barbé, ingénieur, et de M. Ehrmann, régisseur du domaine de Noisiel. À cette époque, nous avions également, comme très dévoué collaborateur à Noisiel, Édouard Paulme, que j'aimais beaucoup, consciencieux mais, malheureusement, au point de vue technique, il n'était pas suffisamment complet ; nous l'avions mis comme adjoint à M. Le Sénéchal et c'est avec chagrin que nous le perdîmes le 5 juillet 1933. Le prédécesseur de M. Ehrmann, M. Valdder, nous avait d'abord consciencieusement donné satisfaction, mais malheureusement pour sa mémoire, des événements fâcheux sont venus la ternir et il s'était fait justice. [ndl : M. De Valdder fut retrouvé pendu le 26 mai 1930 sous le kiosque de son jardin.] Je nommerai, pour mémoire, le fidèle Charles Fedet, dont le père avait fait sa carrière à la Maison ; j'y joins également le nom d'Henri Dublanchet qui, tous deux, continuent à me donner leur agréable collaboration. Il en est de même de M. Mironneau, rue de Châteaudun, et de beaucoup d'autres que je ne citerai pas particulièrement. »
Mais à Noisiel, les innovations d'envergure ont cessé et l'entreprise entre de plain-pied dans la Première Guerre mondiale. Gaston Menier et Jean Jaurès auront pourtant participé en vain au comité permanent pour la paix, institué par la conférence franco-allemande de Berne en 1913, première conférence des parlementaires français et allemands fermement attachés à la paix. En marge de la conférence de Berne, dans l'après-midi, Jean Jaurès et Gaston Menier se promenèrent de concert. Au cours de cette promenade, Jaurès témoigna pour la Suisse d'une admiration que Gaston Menier ne paraissait pas partager. D'ailleurs, Gaston Menier gardait un front soucieux. Soudain, prenant le bras de Jaurès, il indiqua du doigt un point à l'horizon et, gravement, de façon prémonitoire, il dit : « Jaurès, voilà le danger. » Alors, Jaurès regarda. À l'horizon se dressait une immense affiche qui dessinait une montagne sur un ciel rouge. Aux flancs de la montagne, un vacher conduisait son troupeau. Et au-dessous flamboyaient ces mots : « L'avenir appartient au chocolat Suchard. » Car, au même moment, la concurrence, qui était basée sur un produit identique, à savoir le chocolat de santé ou à cuire, allait s'internationaliser et s'amplifier par la production de chocolats fins, plus sophistiqués et au lait. Démarche progressive qui rognera sur les marchés de l'entreprise Menier, malgré les dépôts de nouvelles marques dès 1924 avec Rialta et Jolta ; en 1926 avec Marna ; en 1930 avec Malakoff et Fondant au lait.
Le mal dont souffrait l'entreprise datait déjà de quelques années. Dès 1904, les publicitaires s'interrogent sur le manque de dynamisme et de renouvellement de la marque : « Nous posons la question : Supposez le produit le plus connu, dont la réputation semble définitive et complète, le Chocolat Menier, par exemple, dont la publicité se borne à répéter sans cesse : "Chocolat Menier, 50 tonnes par jour", et dites-nous, étant donné qu'il y a une vente en France pour vingt fois plus de chocolat que n'en vend le Chocolat Menier, si l'on ne vendrait pas de plus grandes quantités de ce produit, s'il faisait des annonces originales, frappantes, variées, au lieu de son sempiternel cliché ? La paresse pour cette marque n'est peut-être pas le facteur de l'inaction, mais c'est alors la routine, et les deux sont, nous le répétons, les conseillers de la défaite et de la ruine. » (La Publicité : journal technique des annonceurs)
Ce
conflit, qui touche dès lors Noisiel, révèle les qualités patriotiques
de la famille Menier. La maison
de retraite Claire Menier, construite en 1902, sert d'hôpital
militaire, ce qui permettra au collège de Meaux, transformé en hôpital
auxiliaire, de rouvrir immédiatement. Chenonceau participera à l'effort
et abritera jusqu'à 120 lits en 1914. Cette même année, William Thaw,
l'un des premiers aviateurs américains, offrit ses services comme aviateur
à la France quelques jours seulement après le début des hostilités. Son
offre ayant été rejetée, il s'engagea dans la Légion étrangère pour la
durée de la guerre. D'autres Américains s'engagèrent dans la Légion étrangère
en août 1914. Dès lors, le souhait de former une seule escadrille regroupant
les aviateurs américains en France s'installa dans l'esprit de chacun.
Cette idée indisposa les autorités militaires françaises, qui ne donnèrent
aucune suite favorable au projet. Il fallut attendre l'intervention des
politiques. Le 8 juillet 1915, un déjeuner chez le sénateur Gaston Menier
réunit le général Hirschauer, nouveau directeur de l'Aéronautique, M.
Léon Bourgeois, le Dr Gros, le colonel Bouttiaux, M. de Sillac et diverses
autres personnalités françaises et américaines. Ce déjeuner avait été
organisé à l'instigation de M. de Sillac, lequel désirait vaincre les
résistances. Après avoir entendu les opinions qui furent exprimées, le
général Hirschauer se déclara alors en faveur du projet. L'Escadrille
Lafayette vit donc le jour à Luxeuil-les-Bains, avec à sa tête deux officiers
français, tous deux pilotes expérimentés : le capitaine Georges Thenault
et le lieutenant Alfred de Laage de Meux.
L'année 1918 marque la fin de la première guerre mondiale, le début des premiers troubles sociaux et la vente de l'île d'Anticosti pour 6 millions de dollars, en 1926, à trois des plus grosses sociétés de papier du Canada, syndiquées pour l'occasion. Gaston Menier continue de faire face également à la concurrence, il meurt le lundi 5 novembre 1934 au matin, en son hôtel particulier à Paris, rue de Monceau, âgé de 79 ans, un an après son fils Georges laissant la place à Jacques qui déjà affaibli physiquement au cours d'un grave accident durant la guerre va subir les foudres des syndicats et perdre pied au milieu de cette marée rouge. Le choix des urnes est hostile aux Menier. Ils perdront tour à tour leurs mandats municipaux. Pour la première fois en 1921, on assiste à la baisse de la production (voir les chiffres) de chocolat suivie de grèves en février et mai 1926 occasionnant le licenciement de 91 ouvriers grévistes; dès lors l'activité ne fera que décliner malgré l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante et de cadres ingénieurs issus des grandes écoles prenant la place des techniciens venus du rang et la mise en retraite des plus de 65 ans, clientèle électorale locale ménagée par les Menier pour asseoir leur carrière politique. Ce rajeunissement de l'encadrement permet à l'entreprise d'étendre son activité dans tous les domaines de la bonbonnerie de chocolat.
Mais l'inexorable déclin prend une nouvelle fois en 1937 la forme de licenciements : 146 ouvriers, 73 femmes et 73 hommes, sont gardés, les ouvriers présents à l'usine avant 1931 et les ouvrières avant 1930, ainsi que les pères de famille de 4 enfants et les jeunes gens de moins de 20 ans.
Le
« chant du cygne », ou l'éphémère embellie, aura lieu en 1939 avec la
sortie du film d'animation de Walt Disney : « Blanche Neige et les Sept
Nains », et une fabuleuse campagne publicitaire destinée au lancement
d'un chocolat supérieur, avec albums, vignettes et récompenses. Cette
campagne, dont le coût s'élèvera à plus de 30 millions de francs, fera
remonter la production au niveau des années 1920. La Seconde Guerre mondiale
sonnera la fin de l'entreprise. Hubert Menier tentera bien de redresser
la situation jusqu'en 1950, mais la maladie l'emportera en 1959. Son frère
Antoine, co-gérant depuis 1953, assure alors la direction de la firme.
La presse parle de 600 millions de francs de déficits. Les enfants d'Hubert
sont trop jeunes pour lui succéder : Jean-Louis n'a que 10 ans et Pauline
8 ans. Cette dernière est la première descendante féminine depuis Claire
Menier,
cent
ans auparavant. Cette guerre de succession opposant les héritiers ne pouvait
que fragiliser les intérêts de l'entreprise. Cette même année 1953, les
greniers à fèves que sont le Venezuela et le Nicaragua
sortent de la société Menier et sont attribués à Antoine et Hubert. Outre
l'aspect agricole — cacao, café, bananes et bovins —, il y avait une visée
spéculative en ce qui concerne San-Emilio ; ces terres auraient pu être
vendues à bon prix lors de la percée du canal.
En
1960, Menier doit fusionner avec la société Rozan. La nouvelle direction
décide, face à la concurrence du Marché commun, de concentrer tous ses
efforts sur l'expansion et l'amélioration de la production afin de la
porter à l'échelle européenne. Une telle politique, ainsi que les investissements
considérables déjà réalisés et ceux prévus pour une nouvelle expansion,
nécessitent que tous les moyens soient axés uniquement sur leur réussite.
Pareil dynamisme n'est pas compatible avec la gestion d'un lourd ensemble
immobilier constitué par un village de 1 200 habitants, dont 200 seulement
travaillent ou sont retraités de l'usine et dont 1 000 autres sont sans
liens personnels avec elle. Aussi bien est-il souhaitable qu'un village
de cette importance puisse se développer librement sous le contrôle des
pouvoirs publics de la ville de Noisiel. En 1966, les 200 derniers locataires
devront quitter les lieux, ne pouvant racheter leur maison.
Un an après, Antoine meurt sans postérité à Paris, le 12 août 1967, à l'âge de 62 ans. Le testament d'Antoine léguait le château de Chenonceau à la « Demeure historique », au 57, quai de la Tournelle, à Paris. Après un procès, ce legs fut annulé et le château revint à la veuve d'Antoine, qui le revendit à Odette Gazay, veuve d'Hubert Menier. Antoine aura été le dernier des Menier à diriger l'entreprise Menier. L'année 1973 marque la naissance d'une ville nouvelle, Marne-la-Vallée, conçue pour rééquilibrer l'Est parisien. Longtemps oubliée des promoteurs et des créateurs d'emplois, la ville nouvelle est installée entre la Marne et trois forêts : Armainvilliers, Ferrières et Crécy. Elle inclut dans son périmètre des centres importants d'urbanisme tels que Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand, Noisiel, Croissy-Beaubourg et Torcy. La Mission d'aménagement, créée le 29 mai 1969, s'installera à Noisiel le 1er juillet 1970, sous les ordres de son directeur, M. Carie. L'autoroute A4 verra le jour en 1976, suivie de près par le RER, ligne A, en 1977.
Jacques
Menier est né à Paris en 1892 de triste manière car occasionnant la disparition
de sa mère, Julie Rodier. Il part
au service militaire en 1913, pilote
de guerre en 1914, blessé grièvement le 20 aout 1917, il est fait
prisonnier, interné en suisse en 1918 et rapatrié en France en octobre
1918, Réformé en 1919. De cette tragique aventure, il obtiendra, de par
son héroïsme et le sacrifice de sa santé, la médaille militaire, la croix
de-guerre ainsi que la Légion d'honneur le 11 février 1927 des mains du
Général Henri
Gouraud aux Invalides. Il se marie le samedi 3 juin 1922 dans
la plus stricte intimité en l'église de l'Association à Passy, avec Suzanne
Lavalley, petite-fille de l'ingénieur qui dirigea les travaux de percement
de l'isthme de Suez. Les témoins furent, pour le marié : Georges Menier
et Louis Gérard, pour la mariée M. Castaignet et le capitaine Jacques
Ponsignon. Le mariage civil eu lieu à Noisiel avec comme témoin, pour
Jacques, le plus ancien ouvrier des usines Menier. Une réception eu lieu
en fin de journée en l'hôtel de Gaston Menier au 61 rue de Monceau. Suzanne
Lavalley fit un premier mariage, le 25 septembre 1912 à Reux avec
Jean Broudehoux, lieutenant au 5e Dragons qui succomba quelques temps
après, en 1913, à Compiègne, d'un accident de cheval. A la mort de son
père Gaston Menier en 1934, il prend la direction des établissements Menier
avec ses neveux Antoine et Hubert. La tradition familiale perdure et Jacques
deviendra, à la place de son père, maire de Noisiel en décembre de la
même année. Jacques habitera Rentilly d'où il gérera dans la douleur les
affaires courantes. Les années à venir vont plonger l'entreprise dans
un profond marasme : baisse de la consommation, concurrence étrangère,
grèves à l'usine et situation de stress mondial. En 1940 l'usine est occupée
par les troupes allemandes. En 1946 nouvelle réduction du capital, ventes
d'immeubles et abandon des investissements aux Nicaragua
virant au fiasco, en 1948 la société Menier est transformée en SARL, décès
de Jacques en 1953, en 1957 introduction de la société Chocolat Lombart
dans le capital de la société, en 1959 disparition d'Hubert Menier. Antoine
reste alors le dernier des Menier à diriger la société.

Juillet 1926, de gauche
à droite: Antoine, Gaston et Claude Menier
Antoine
Menier est né le 13 octobre 1904. Comme tous les enfants de la haute bourgeoisie
parisienne, il eut une nourrice
venue
du Morvan, qui lui donna le sein pendant 18 mois, pratique encore courante
en ce début de siècle pour les familles modestes souhaitant assurer un
minimum de revenu familial. Madame Thibaut demeurait au lieu-dit « La
Croix Maurienne ». Antoine, après la guerre de 1914, aimait lui rendre
visite et séjourner à l'auberge « Ensoleillée ». C'est là, par attachement
au Morvan, qu'il acheta le château de Ruère.
Antoine Menier fit ses études, comme son grand-père Gaston, au lycée Condorcet.
Alors que son frère Hubert
jouait au polo à Bagatelle, Antoine, passionné d'automobiles, se lança
dans la compétition et établit 11 records du monde sur Alfa Romeo.
À ces spectacles mondains, toute la jeunesse dorée était présente : jolies
femmes, banquiers, industriels. Renée Vigne, la plus jolie et la plus
distinguée, fut immédiatement remarquée par Antoine lors d'un cocktail.
Paul Ponant, beau-frère de Renée, est doué pour les chiffres et les statistiques.
Il est recommandé par Gaston Menier aux maisons d'assurance, « Les Compagnies
du Soleil », qui se trouvait au 44, rue de Châteaudun, non loin du 56,
siège social de la maison Menier. Pour quelle raison une pareille ascension
sociale ? L'histoire ne le dit pas. Cette proximité et un goût partagé
pour l'automobile devaient rapprocher les deux jeunes hommes.
Renée Vigne naquit en 1902 d'une fille mère, Georgette Petithomme, couturière,
et de Jean-Baptiste Vigne, cheminot, qui lui donnera son nom. Mère et
fille aînée travaillent de l'aiguille pour les salons de haute couture.
Renée attire l'attention de Maggy Rouff, la créatrice de mode, qui propulse
la jeune fille comme mannequin lors de son premier défilé et, dès lors,
comme mannequin vedette du tout-Paris. Le coup de foudre est immédiat
entre Renée et Antoine. Un ravissant studio parisien abritera désormais
leur amour naissant, au grand dam de Simonne Menier, pour qui la différence
de classe sociale n'était pas à négliger. Elle consentira tardivement,
en 1961, au mariage de son fils avec une roturière.
Renée, décédée en 1981, et Antoine n'eurent pas d'enfant. Ils épanchèrent
leur affection sur Jacques, fils de Paul Ponant et de Marcelle Vigne,
sœur cadette de Renée. Jacques Ponant est le filleul de Renée Vigne, son
légataire universel et le neveu d'Antoine. (Mémoire
de Jacques Ponant)
Parmi
les visages sympathiques qui ont marqué ma jeunesse de leur empreinte
et ont continué par la suite à illuminer mon existence de leur rayonnement
au cours de fréquentes rencontres, se détache celui d'Antoine Menier,
de la lignée des chocolatiers. Nous nous sommes connus peu après la fin
de la guerre de 1914-1918, à Paris, sur les bancs du lycée Condorcet,
où nous faisions tous les deux notre philosophie. Nous suivions avec un
intérêt fervent le cours de l'éminent
professeur
Lachelier, qui marchait sur les traces de son illustre père et nous captivait
littéralement.
Antoine Menier et moi décrochâmes notre baccalauréat de philosophie à
la fin de l'année scolaire et quittâmes crânement le lycée Condorcet pour
accomplir chacun notre destin. Celui d'Antoine était tout trouvé. Après
son inscription à la faculté et l'accomplissement de son service militaire,
un fauteuil de choix l'attendait rue de Châteaudun. Il s'installa au siège
social de la fabrique de chocolat, sans pour autant abandonner ce qui
le séduisait.
Sensible et émotif, il était poète à ses heures et se plaisait à contempler
les bois et les champs. Modeste et simple, il s'éloignait de la splendeur
du domaine qu'il avait hérité de son père : le château de Chenonceau.
Cette demeure historique ne l'attirait pas outre mesure ; il préférait
passer ses dimanches dans une modeste maison de campagne en Seine-et-Marne
et abandonnait volontiers la visite de la résidence royale aux touristes
férus de notre glorieux passé.
Antoine Menier participait aux chasses organisées par son oncle Jacques
Menier dans les forêts des Ardennes. Les cerfs, les biches et les chevreuils
y étaient si abondants que les invités, au nombre desquels je me trouvais
parfois, ne devaient tirer qu'à balles. Jacques Menier, grand seigneur
dans l'âme, était entouré d'une véritable cour, hommes et femmes, pour
laquelle il faisait réserver tout un wagon de première classe à la gare
de l'Est. Derrière les chiens qui jappaient, les cors et les rabatteurs
en blouse blanche, nous partions jusqu'aux layons. Jacques Menier arrivait
toujours à la dernière minute, pilotant un tank qu'il avait fait spécialement
équiper pour lui et écrasant ou arrachant tout sur son passage : monticules
de terre, tas de cailloux, arbres.Antoine
Menier et moi nous placions habituellement l'un près de l'autre. Que deux
fois ai-je vu mon camarade viser une biche inoffensive qui sautillait
devant nous, puis baisser son fusil sans tirer et dire : « Pourquoi tuer
de si gentils animaux ? »
Antoine
Menier portait toujours en sautoir une vis attachée à une ganse noire.
Il était radiesthésiste et cette vis lui servait de pendule. Il me racontait
qu'il avait décelé, grâce à elle, l'emplacement du corps d'un noyer entraîné
par le courant d'une rivière et qu'on ne parvenait pas à retrouver.
La déclaration de guerre de 1939 nous séparera, Antoine et moi. Nous nous
retrouvâmes par hasard un jour à Meaux. Il était affecté en qualité de
lieutenant. Moi-même, lieutenant au secrétariat général du Conseil supérieur
de la Défense nationale, j'avais fréquemment à me rendre au château de
Mondon, près de La Ferté-sous-Jouarre, où stationnait l'état-major du
général Georges. C'est ainsi que je traversais Meaux où, un après-midi,
je reconnus Antoine Menier, pris à partie par un commandant, un officier
d'administration, paraît-il, qu'il avait omis de saluer. « Qu'est-ce que
vous faites dans le civil ? » avait questionné le commandant. « Je suis
dans le chocolat. » « Ah oui, encore un fainéant ! » Antoine racontait
l'anecdote avec un sourire amusé. Ce soir-là, je le ramenai à dîner à
notre propriété, près de La Ferté-sous-Jouarre, où se trouvait ma femme.
Antoine ne put voir que l'intérieur de la maison, car il faisait nuit
à notre arrivée et il devait rentrer pour minuit à son cantonnement. Il
voulut cependant parcourir le parc dans les ténèbres, entendre le bruissement
du vent dans les arbres et regarder la sombre silhouette des sapins à
la lueur de la lune. Même pendant ces heures inquiétantes des hostilités,
la poésie continuait à habiter son âme. Aussitôt après la guerre, Antoine
prit la tête des usines de chocolat que la famille Menier dirigeait de
père en fils depuis si longtemps.
Les
trois associés que sont Jacques, Antoine et Hubert Menier, de la société
en nom collectif « MENIER », au capital de 210 millions de francs, décident
à l’unanimité de changer le statut de leur entreprise. La S.A.R.L. « CHOCOLAT-MENIER
» voit donc le jour le 22 décembre 1948, régie par la loi du 8 mars 1925.
Le précédent statut datait du 12 juillet 1879, suivant la volonté d’Émile-Justin
Menier père, unique gérant, désireux de pérenniser son entreprise au travers
de ses trois fils : Henri, Gaston et Albert. Un engagement de 30 années
avait été signé devant Maître Duplan, notaire à Paris, et, par prolongations
successives, devait expirer en juin 2036 ; le dernier acte, datant du
27 juin 1939, avait été signé chez Maître Henri Jourdain. La société a
pour objet principal la fabrication et la vente de chocolat et de confiserie,
mais également tout ce qui se rattache directement ou indirectement à
cette industrie. Le siège social reste inchangé au n° 56, rue de Châteaudun,
à Paris. Le capital est toujours de 210 millions de francs, divisé en
2 100 parts sociales de 1 000 francs, appartenant par tiers à chacun des
associés.
ALBERT EHRMANN

Albert Ehrmann détenteur du diplôme d'ingénieur agronome obtenu en 1913 est nommé régisseur du domaine de Noisiel en 1930 et plus particulièrement de la Ferme du Buisson. Il remplace Mr Valdder retrouvé pendu le 26 mai de la même année sous le kiosque de son jardin.
La
société Menier comprenait l'usine et le domaine. Celui-ci était considérable
: il s'étendait sur une superficie de 1 500 hectares, allant de l'usine,
au nord, jusqu'à la Marne, et au sud, sur des terres boisées ou cultivées,
jusqu'à la voie ferrée Paris-Belfort. La partie la plus importante du
domaine était constituée de trois fermes : la ferme du Buisson, la ferme
de Lognes et la ferme d'Émerainville. La construction de la ferme du Buisson,
engagée au début de l'année 1885, constitue le point d'orgue d'une décennie
marquée par la restructuration du domaine dont les Menier s'étaient rendus
propriétaires. Le souci de gérer de façon cohérente un ensemble regroupant
les terres de cinq exploitations conduit à la mise en place d'un dispositif
dans lequel la ferme du Buisson est l'élément prédominant. Ce choix se
traduit par la mise en œuvre d'un programme architectural dont la réalisation
s'échelonne de 1880 à 1888.
Celle-ci commence avec la construction, par Louis Logre, d'un vaste bâtiment
à deux niveaux, dit « la grange-étable », qui occupe le milieu de la cour.
L'édification des bâtiments encadrant la cour centrale intervient dans
les années suivantes, mais le projet qui prévoyait deux granges symétriques
à l'est et à l'ouest n'est pas mené à son terme.
La réalisation de l'ensemble s'achève entre 1884 et 1888. En 1889, la
ferme est électrifiée et équipée du téléphone. Elle est dotée des machines
les plus perfectionnées, et les espèces sélectionnées par le laboratoire
de l'usine ou acquises auprès des meilleurs élevages permettent d'obtenir
de très hauts rendements.
La réputation d'intense innovation qu'acquiert l'établissement de Noisiel
lui vaut d'accueillir deux concours de machines agricoles de l'Exposition
de 1889 et d'être, à cette occasion, visité par le président Sadi
Carnot. À la suite de la vente des biens de la famille Menier en 1968,
l'État rachète la ferme du Buisson pour en faire un centre d'art et de
culture, qui a ouvert ses portes en 1990. Huit kilomètres de voies ferrées
reliaient les fermes à la
gare d'Émerainville, où un employé séjournait à l'année. La voie
ferrée traversait la plaine et les bois pour pénétrer dans les fermes
ou terminer sa course dans les différents bâtiments de la chocolaterie.

Brochure éditée
par le Comité pour l'érection du monument
Le
4 juillet 1919, à l'occasion de la fête de l'indépendance des États-Unis,
Maurice Damour, député des Landes et futur président du comité, proposa
de commémorer, par un monument
grandiose, l'intervention américaine dans la guerre. L'idée fit
son chemin et un projet monumental fut choisi pour voir le jour sur la
côte de l'Atlantique, à la pointe de Grave, « face à la statue de la Liberté
éclairant le monde qui domine la rade de New-York ».
Le monument se dressera sur le rivage qui vit partir, en 1777, La Fayette et ses compagnons d'armes et où débarquèrent, en 1917, les armées américaines. L'exécution du mémorial fut confiée au maître statuaire Bartholomé. La Chambre des députés, s'associant à la réalisation de l'entreprise, vota, pour la participation de l'État, un crédit d'un million de francs. Plus de mille municipalités envoyèrent leur contribution ; le montant souscrit dépassa 400 000 francs ; mais il convenait que tous les Français puissent apporter leur pierre, grande ou petite, au monument qui devait témoigner de « l'indissoluble amitié de notre pays pour la démocratie américaine ». Une souscription nationale s'ouvrit dans ce but. Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique, autorisa le comité à faire appel à la jeunesse des écoles, lycées et collèges de France. Les souscriptions furent envoyées à Gaston Menier, sénateur, trésorier du comité d'organisation, au 56, rue de Châteaudun, à Paris. Le comité formé pour l'érection du monument édita une brochure, « De La Fayette au président Wilson », qui fut distribuée aux donateurs dès le mois de juin ; Gaston Menier en était le signataire. La première page reprend tous les noms du comité et les huit autres relatent l'émergence de la démocratie américaine et sa contribution décisive dans le premier conflit mondial.
Quelques jours avant la pose de la première pierre, le président de la République, Raymond Poincaré, reçut M. Maurice Damour, député, « président du Comité du monument commémoratif de l'intervention américaine », et M. Gaston Menier, sénateur, trésorier du Comité, accompagnés du préfet de la Gironde, d'élus du département et du président de la Chambre de commerce de Bordeaux. Cette délégation avait pour mission d'inviter le chef de l'État à participer à la pose de la première pierre du monument. Le président de la République accepta de se rendre à la Pointe de la Grave. Le Sénat décida également de se faire représenter par une délégation de dix membres. Le 6 septembre 1919, jour anniversaire de la naissance de La Fayette, le président de la République, entouré de l'ambassadeur des États-Unis, du chef de la délégation américaine à la conférence de la paix, de délégations de la Chambre des députés et du Sénat, ainsi que de contingents des armées et des marines américaines et françaises, scella la première pierre de l'édifice. Le monument commémoratif sera inauguré le 4 septembre 1938, en présence de M. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, et de M. William Bullitt, ambassadeur des États-Unis.
Le
Conservatoire national des arts et métiers fête, le 21 mai 1931,
le centenaire de l'abbé Grégoire, son fondateur. M. Paul Painlevé, président
depuis 1908 du conseil d'administration de l'établissement d'instruction
scientifique et technique, en fait l'éloge en ces termes : « L'homme qui
entama une guerre sans merci contre l'ignorance et l'esclavage mérite
la reconnaissance de l'humanité pour les activités qu'il a suscitées dans
différents domaines et l'exemple qu'il a donné de son amour de la justice
et des travailleurs. » M. Painlevé y discerne un précurseur de l'école
unique, que la politique a quelque peu défigurée, et de l'enseignement
agricole, qui est encore à l'ordre du jour. Avant lui, Gaston Menier,
vice-président du conseil d'administration depuis 1919, président du conseil
de perfectionnement et, en même temps, président de la Société des amis
du Conservatoire national des arts et métiers, avait rappelé comment l'abbé
Grégoire avait réalisé le regroupement des collections de l'ancienne Académie
des sciences, de l'hôtel d'Aiguillon et de Vaucanson (qui fut le premier
initiateur de l'institution) dans les bâtiments de l'ancien prieuré de
Saint-Martin-des-Champs, où se trouve encore le Conservatoire des arts
et métiers. Puis M. Painlevé, ancien président du Conseil, inaugura le
buste de l'abbé, installé depuis deux jours dans l'une des salles du musée
attenant au Conservatoire. Pendant la cérémonie, des chœurs interprétèrent
divers chants.
Durant
près de 20 ans de présidence du Conseil de perfectionnement du Conservatoire,
Gaston Menier participa activement à son développement et à sa modernisation.
Il mit au point un programme en vue d'assurer la rationalisation des méthodes
de travail dans les différentes sections du laboratoire d'essais : physique,
chimie, métaux, matériaux et machines. Il introduisit le cinéma pour les
cours et les recherches, la prise de vues au ralenti permettant, en particulier,
de reconstituer les mouvements les plus secrets de la nature. Le Conservatoire
comptait alors 8 000 auditeurs, auxquels il fallait assurer place et confort.
Le problème était difficile : enserré de tous côtés, l'établissement ne
pouvait s'agrandir en hauteur à cause des servitudes historiques. C'est
donc sous terre que la solution fut trouvée. Le 6 octobre 1933, une délégation
présidée par M. Gaston Menier s'était rendue à l'Élysée pour demander
à M. Albert Lebrun, président de la République, de bien vouloir présider
l'inauguration des trois nouveaux amphithéâtres creusés sous la Cour d'honneur.
Ces amphithéâtres, creusés profondément dans le sol, assuraient les meilleures
conditions d'hygiène, de confort et d'acoustique. Gaston Menier entretenait
un lien affectif avec le Conservatoire. Ingénieur de formation et passionné
d'automobile, il fut parmi les premiers clients de l'automobile. Il commanda
une Serpollet,
première voiture à vapeur à quatre places, que l'on découvrit lors de
l'Exposition universelle de
1889. Cette voiture à vapeur nécessitait une chaudière,
située à l'arrière et chauffée au coke. Pour accéder à sa mécanique, Gaston
Menier devait faire basculer toute la carrosserie, ce qui devait mettre
ses passagers à contribution. Plus tard, il fit don à l'institution d'un
quadricycle Peugeot de 1893, première voiture automobile munie d'un moteur
Daimler.
Conférence faite le 3 mars 1918 au Conservatoire National des Arts et Métiers PAR M. Gaston MENIER Sénateur
Gaston
Menier, sénateur, vice-président de la Commission de l'armée et président
de la Commission de l'Aéronautique en 1917, est un fervent partisan de
la 5e arme, comme on aime à qualifier l'aviation dans sa première
exploitation durant la Première Guerre mondiale. Gaston Menier était conscient
des réticences au changement qui privilégiaient encore « l'école du plus
lourd que l'air sur l'école du plus léger que l'air ». Mais, pendant ce
temps, était née l'automobile, qui avait dû son rapide développement au
moteur à gazoline. Grâce à l'automobile et au perfectionnement continu
de son moteur, qui devenait sans cesse plus puissant, plus sûr en même
temps que léger, on devinait déjà la clef de la conquête de l'air. Actif
et déterminé, il présida une conférence au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne
en 1917 sur « L'effort de l'aviation et de nos aviateurs ». Il anima la
conférence du 3 mars 1918 au Conservatoire national des arts et métiers
sur « L'aviation et la guerre », où il magnifia l'œuvre des constructeurs,
l'effort des dirigeants de l'aviation et l'héroïsme des aviateurs. Gaston
Menier venait de subir dans sa chair la disparition de son fils, Jacques
Menier, aviateur, dans un premier temps porté disparu, mais qui fut retrouvé
gravement blessé et captif. Il inséra dans son exposé ces quelques phrases
empreintes de solennité et de délicatesse :
« Et quel héroïsme admirable pour ce pilote qui, se sentant voué à
une mort certaine, essaie, en se précipitant vers le groupe ennemi, d'accomplir
un suprême exploit "en vendant sa peau le plus cher possible", comme me
l'écrivait un pilote qui m'est cher, et, grièvement brûlé, paie son sacrifice
d'une dure captivité dans un hôpital allemand » !
On pouvait ainsi se remémorer la tragédie que vécut quelque temps plus
tôt son fils :
« Menier Jacques, sergent de réserve, matricule 572 au 3e groupe
d'aviation, revenu souvent avec un avion criblé de balles et d'éclats.
Le 20 août 1917, après une lutte très dure, rentré au terrain avec un
avion endommagé par les balles, est parti sur un autre appareil et a livré
aussitôt un nouveau combat au cours duquel il fut aux prises avec 6 appareils
ennemis. A mis hors de combat deux de ses adversaires, tandis que lui-même,
blessé à la nuque, gravement brûlé, tombait dans les lignes allemandes
après avoir épuisé toutes ses munitions et combattu jusqu'au bout. Est
rentré en France en octobre 1918 encore défiguré et non guéri de ses blessures.
»
La conférence de 2 h 30 min se termina en ces termes :
« S'il est moins brillant dans ses évolutions que l'avion de chasse,
il n'en a pas moins un rôle glorieux à remplir, comme nous l'avons vu
ci-dessus. De tous côtés, nous donnons nos soins à une intense production
d'avions. Nos alliés anglais font également un effort considérable en
ce sens, et bientôt les Américains, dont les pilotes volontaires avaient
déjà formé la fameuse escadrille Lafayette, vont nous apporter leur contribution
d'une énorme production de moteurs et d'avions. Il en faut beaucoup, comme
vous le savez, car la vie de l'avion est brève ; quelques dizaines d'heures
en moyenne. C'est une libellule qui vit et qui meurt dans l'éther. Mais
cette existence éphémère n'aura pas compromis l'avenir de l'aviation tel
que nous pouvons dès maintenant l'entrevoir pour l'après-guerre. L'avion
reprendra son rôle utilitaire, d'autant plus important que la guerre aura
fait accomplir à l'aviation, dans les plus difficiles conditions, les
progrès les plus rapides et les plus merveilleux. En attendant, n'en doutons
pas, l'avion nous apportera la victoire, et la plus belle invention sortie
du cerveau de l'homme aura ainsi servi la juste cause du Droit et de la
Liberté. »
Gaston
Menier était un collectionneur d'art des plus réputés, héritage culturel
que sa mère, collectionneuse également, lui insuffla. Gaston avait réuni,
dans son hôtel parisien de la rue de Monceau, ainsi que dans ses châteaux
de Chenonceau et de Noisiel, de précieux trésors. Ses goûts le portaient
de préférence vers les grands siècles de l'art français. Tableaux, dessins,
gravures, faïences hispano-mauresques, porcelaines de Sèvres, objets de
vitrine, bronzes, sièges, meubles et 27 tapisseries composaient sa superbe
collection, qui allait subir le sort de beaucoup d'autres et passer en
vente publique. Lors de la dispersion de la première partie de sa collection,
le 24 novembre 1936, à la galerie Charpentier, tableaux, objets d'art
et meubles anciens atteignirent de très hauts prix : un portrait de grande
taille par Nattier, représentant Madame de Laporte, née Caumartin,
en nymphe chasseresse, un fil de perles retenant sa tunique ouverte sur
une gorge charmante ; elle tient l'arc de la main gauche et tire une flèche
du carquois posé auprès d'elle, fut adjugé 887 375 francs. Un buste par
Houdon de Jean de La Fontaine,
acquis par Gaston Menier à la vente du château de Valençay en 1899, trouva
preneur pour 1 064 850 francs. Une première vente qui rapporta 4 223 700
francs.
Une deuxième vente fut nécessaire et annoncée pour les 7 et 8 décembre 1936, à l'Hôtel Drouot. Cette fois-ci, bien que les vacations prévues ne soient pas de l'importance de celles de novembre, nombre de pièces de cette deuxième vente furent dignes d'intéresser les amateurs les plus difficiles. De très belles gravures en noir et en couleur des écoles française et anglaise des XVIIIe et XIXe siècles, des tableaux anciens, etc. Les meubles et objets d'art étaient d'excellente qualité et comprenaient des faïences et porcelaines françaises et étrangères, des sculptures anciennes en marbre et en bois, des bronzes d'art et d'ameublement, des sièges de la Régence à la fin du XVIIIe siècle et de beaux meubles en marqueterie d'acajou et en bois sculpté. De magnifiques tapisseries complétaient cet ensemble, en particulier de belles tentures de Bruxelles, des Flandres et d'Aubusson royal, de la fin du XVIe au XVIIIe siècle. La vente produisit 541 945 francs, soit, pour les deux ventes, 4 765 645 francs.
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Tapisserie
de Bruxelle de l'époque
Louis XIV. 2X4 m |
Tapisserie
des Fandres de l'époque
Louis XIV. 3x4 m |
Gaston
Menier connaissait les joies du collectionneur. Dès qu'il le pouvait,
il s'adonnait à cette chasse passionnante du bibelot rare, de l'objet
d'art introuvable. En 1897, il acquit, lors de la dispersion des œuvres
des Goncourt chez Drouot, des dessins, aquarelles et pastels du XVIIIe
siècle : de Pierre-Antoine Baudouin, « Les Soins tardifs » pour 3 750
francs, « L'Indiscret » pour 8 000 francs ; de Boucher, « Académie de
femme » pour 18 500 francs ; de Fragonard, « Dites donc, s'il vous plaît
! » pour 12 000 francs, « La Culbute » pour 18 100 francs et « Des Cascatelles
». Il aimait surtout tirer la grosse pièce, les tapisseries sans défaut,
de style et historiques. Certes, les toiles ou les plafonds qui ornaient
les salons du rez-de-chaussée du 61, rue de Monceau, avaient une valeur
artistique incomparable. Mais c'étaient les tapisseries qui apparaissaient
hors de pair. La série historique du grand salon, composée de quatre larges
panneaux, pouvait rivaliser avec les plus beaux spécimens des œuvres françaises.
Elle avait été commandée par Louis XVI, suivant le modèle de Le Barbier
à Beauvais en 1790, avec deux canapés et douze fauteuils assortis, pour
être envoyée à Washington, en souvenir du traité de Versailles de 1783.
D'une fraîcheur et d'un éclat de coloris magnifiques, elle représentait
les quatre parties du monde : l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique.
Sur l'une des tapisseries, l'Afrique, on voyait la France, sous les traits
de Marie-Antoinette, qui traitait avec les reines d'Éthiopie. Dans celle
consacrée à l'Amérique, la France terrassait l'Angleterre. Tout cet ensemble,
non livré par suite de la Révolution, décorait depuis 1893 l'hôtel de
M. Gaston Menier. Un soir précédant l'ouverture de l'Exposition coloniale
de 1931, Gaston Menier avait convié à dîner, dans son hôtel de la rue
de Monceau, le maréchal Lyautey, commissaire général de l'Exposition coloniale,
et la maréchale. Après le dîner, on passa dans le grand salon où était
réservée une surprise devant « l'Asie », l'une des tapisseries représentant
les parties du monde. Les hôtes se trouvèrent face à une voiturette attelée
d'un âne, qui était le modèle de celle qu'offrait le chocolat Menier à
l'usage des visiteurs de l'Exposition coloniale. La maréchale Lyautey
exprima le désir de s'asseoir dans la voiturette aux côtés de Gaston Menier
et de s'y faire photographier.
Les
premiers Gobelins de la salle à manger, du salon de famille du premier
étage, ainsi que la tapisserie représentant le château de Monceaux, d'après
Charles Le Brun, pièce tissée en laine et soie, signée Jean de la Croix,
complétaient harmonieusement cette collection de prestigieuse valeur.
Un dernier mot sur l'écrin majestueux que représentait cet hôtel situé
au 61, rue de Monceau ; construit en 1890 par Charles Garnier pour Abraham
de Camondo, celui-ci le revendit presque aussitôt à Gaston Menier. Une
tête de Mercure orne la clef de voûte de la porte principale. Deux lions
soutiennent le balcon dominé par une large fenêtre. Un groupe de chevaux
marins sortant du fronton et coiffant la large baie est de Dalou. De lui
aussi, la tête entourée de roseaux qui orne le comble. Les masques de
faune placés au-dessus des baies latérales d'entrée, les huit masques
de femmes qui se trouvent au-dessus des croisées latérales du premier
étage et toutes celles de l'étage supérieur sont du même auteur. M. Lefebvre,
décorateur, fit également exécuter par Dalou les modèles des quatre cariatides
: l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique. Un très bel escalier intérieur,
réplique de celui de l'Opéra, un porche à doubles colonnes surmonté des
initiales « G M », entre deux pavillons donnant sur l'enfilade de la rue
de Téhéran, complètent l'hôtel de Camondo (le musée actuel), dont il est
mitoyen. Si Gaston Menier savourait les joies du collectionneur, il en
partageait également les affres. En 1906, il fut victime d'un cambriolage
: plusieurs vitrines de deux des salons de son hôtel furent fracturées.
De nombreux bibelots, statuettes, cachets, bonbonnières, tabatières et
médaillons furent dérobés, pour un montant de 80 000 à 100 000 francs.
Le voleur n'était autre qu'un ancien valet de chambre. Après enquête et
perquisition, tous les objets volés à M. Menier furent retrouvés au domicile
de l'ancien valet, ainsi que d'autres objets d'art provenant de vols antérieurs
; car notre homme était avant tout un professionnel du larcin. Gaston
Menier était très attaché aux choses de l'art, ce qui le fit tout naturellement
participer à la commission extraparlementaire que le sous-secrétaire d'État
aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, institua pour étudier les mesures
à prendre en vue de défendre le Louvre contre l'incendie. Dans son rôle
de rapporteur de la commission spéciale, Gaston Menier établit un rapport
très circonstancié, indiquant les mesures à prendre pour prévenir le «
désastre ». C'est en 1905 qu'il en fit part à la Chambre des députés.
« Actuellement, le Louvre est chauffé par vingt-deux calorifères distincts
; les cabinets des conservateurs sont chauffés par des cheminées à bois,
preuve indubitable de l'amour pour le progrès. Ce sont là des dangers
permanents d'incendie. De plus, les calorifères apportent des poussières
et des fumées très nuisibles à la conservation de nos chefs-d'œuvre. Ces
dangers sont augmentés par la disposition des planchers et des couloirs
de dégagement aux étages supérieurs. Les cloisons en bois forment des
corridors tortueux, impraticables aux pompiers. De sorte qu'il suffit
d'une flammèche pour mettre le feu aux tapis, toiles et dessins placés
au-dessus de nos salles les plus précieuses. Les dangers que fait courir
au Louvre l'installation du ministère des Colonies dans le même édifice
placent le Louvre dans les meilleures conditions d'incendie. Les vents
régnants, à Paris, soufflent de l'ouest et du sud-ouest. N'étant arrêtés
par aucun obstacle dans cette partie découverte, ils propageraient avec
une telle rapidité l'incendie qui se serait déclaré dans le pavillon de
Flore que le Louvre serait bientôt enveloppé tout entier par les flammes.
»
Voici donc les mesures à prendre sans délai : déménagement et transfert du ministère des Colonies et du ministère des Finances ; déplacement des cabinets des conservateurs ; remplacement de tous les systèmes dangereux de chauffage ; suppression de toutes les cheminées et établissement de calorifères, soit à vapeur, soit à eau chaude, avec foyer extérieur ; externalisation de tous les ateliers de rentoilage, de réparation, de menuiserie et de collage ; suppression des cloisons en bois et remplacement par des cloisons en briques ; sectionnement des combles par des cloisons en briques, de manière à localiser le feu et à empêcher son extension ; branchement des bouches d'incendie installées dans la cour du Carrousel sur une conduite plus importante ; exigence que les chevalets des copistes soient en bois injecté ; restriction de l'éclairage à l'huile ; remplacement des fermes en bois de la charpente du toit du vieux Louvre par des fermes en fer ; enfermement de toutes les matières combustibles, chiffons gras, etc. ; entretien des paratonnerres ; surveillance avec le plus grand soin de l'application des règlements interdisant de fumer. Gaston Menier endossait quelquefois l'habit de conférencier ; au pavillon de Flore, deux fois par semaine, des lectures ou des causeries étaient dispensées et suivies par un public nombreux. Gaston Menier put y développer ses souvenirs d'Égypte en montrant les photographies qu'il avait prises lui-même lors de ses fréquents séjours sur la terre des Pharaons. Henri Menier, le frère de Gaston, était également un collectionneur compulsif. À sa mort, en 1913, sa veuve, Thyra Seillière, mit en vente la collection de son défunt époux. Pas moins de deux catalogues furent nécessaires pour présenter tous les objets d'art : faïences italiennes, porcelaines de Saxe, orfèvrerie allemande, pendules, chaises à porteurs, traîneaux, meuble de salon en tapisserie Louis XVI, tapisseries des XVIe et XVIIIe siècles, tapis orientaux, bronzes, pendules, tableaux anciens et modernes, furent exposés et dispersés le 5 mars 1914 à la galerie Georges Petit, à Paris, et le 24 mars à Drouot pour le reste de la collection.
Membre
de la Société des Ingénieurs civils, M. Gaston Menier joint une solide
instruction technique et à un bagage de connaissances très variées, acquises
au cours de ses nombreux voyages. L'article ci-dessous, n'est pas lié
directement à ce cliché photographique mais sa vraisemblance, sans avis
contraire, permet à priori de le rattacher.
Après
les ingénieurs américains, voici les ingénieurs anglais venus pour admirer
les merveilles de notre Exposition
de 1889 et pour constater les progrès de notre industrie nationale.
Les membres de l’Institution of Mechanical Engineers, au nombre
d’une centaine environ, ont été reçus par leurs collègues de la Société
des ingénieurs civils, qui se sont mis gracieusement à leur disposition
pour les accompagner dans leur visite. Après une cordiale réception à
l’hôtel de la Société des ingénieurs civils, au cours de laquelle M. Eiffel,
président, leur a souhaité la bienvenue, les Mechanical Engineers
ont visité la galerie des machines, les ateliers Edison, les égouts de
Paris et la tour de 300 mètres, où un déjeuner leur a été offert au restaurant
Brébant. La journée d’hier a été consacrée à la visite des ateliers de
Petit-Bourg. Les invités anglais et français de M. Decauville, au nombre
de deux cents environ, parmi lesquels MM. Gottschalk, Brüll Martin, Polonceaux,
Gaston Menier, Picard, chef de l’exploitation du P.-L.-M., Goschrrane,
Aspinall, Kennedy, etc., sont partis de la gare de Lyon, par train spécial,
à neuf heures vingt du matin, gracieusement offert aux ingénieurs anglais
par la Compagnie P.-L.-M. À 9 heures, ils quittaient, à Corbeil, la ligne
P.-L.-M. et montaient dans le train Decauville qui les transportait rapidement
aux vastes ateliers de Petit-Bourg. M. Paul Decauville a souhaité la bienvenue
aux visiteurs anglais. « C’est la première fois que le pavillon anglais
flotte sur notre établissement, dit-il ; j’espère, messieurs, que ce ne
sera pas la dernière. » Après cette allocution, saluée par trois salves
de hourras, on entre dans les ateliers, dont on admire la bonne organisation.
Nous assistons d’abord à la fabrication des traverses et des rails, et
nous voyons fonctionner une série de machines construites avec une rare
perfection. Les ingénieurs anglais remarquent surtout une machine à peindre
les rails, d’une invention très ingénieuse. M. Decauville fait ensuite
manœuvrer devant nous un canon, pièce de campagne qui, montée sur de petits
wagonnets, tourne, valse avec une étonnante rapidité ; puis c’est un canon
de quarante-huit tonnes, système de Bange, placé sur seize essieux, qui
manœuvre avec non moins d’aisance et est placé dans toutes les directions
avec une rapidité presque instantanée. Nous n’avons pas besoin de faire
valoir les avantages que notre artillerie peut tirer de cette invention.
Les rails et les wagonnets Decauville ont été, du reste, adoptés par le
ministère de la Guerre. Les ingénieurs anglais ne tarissent pas d’éloges
et c’est au milieu d’un concert de félicitations que M. Decauville nous
conduit, toujours dans son train, à son château, où un somptueux déjeuner
nous est attendu. Au dessert, dans de nombreux toasts, les visiteurs anglais
ont traduit leur admiration pour notre industrie nationale et particulièrement
pour le Petit-Bourg et leur distingué directeur, M. Decauville. (Le
Matin, 7 juillet 1889)
Souvenir offert par
Mr Gaston Menier Conseiller Général
Bien
avant que le nouveau pont ne soit inauguré, le 7 novembre 1897, par le
ministre du Commerce, M. Henri Boucher, Gaston Menier s’empara du dossier.
Fraîchement élu conseiller général de la Seine-et-Marne
en 1891, il exprime, dans sa correspondance du moment, l’aspect politique
du projet, où les intérêts de la Seine-et-Marne sont privilégiés au détriment
de ceux de la Seine-et-Oise et de l’encombrant M. de Nicolay. Mais la
praticité du projet ne fait aucun doute : avant l’inauguration du pont,
les habitants de Vaires et de Torcy devaient emprunter, en amont, le pont
de Lagny et, en aval, le pont à péage de Gournay, soit 9 kilomètres dans
tous les cas.
Aquarelle
représentant le port de Noisiel, son moulin et son pertuis en
amont de la Marne, vers 1830. Amarrée au port (à gauche), une embarcation
à fond plat appelée marnois. Utilisée sur la Seine et la Marne jusqu’au
XIXe siècle pour le transport des marchandises, elle pouvait
mesurer entre 20 et 40 mètres, dimensions auxquelles le port de Noisiel
s’adapte avec ses 34 mètres. Ce marnois est gréé d’une voile qui soulageait
les bêtes de halage lorsque le vent le permettait, mais cela ne devait
arriver que très rarement à cause des nombreux méandres tout au long du
parcours. Le mât n’était donc probablement utilisé que pour le halage.
Connu
sous le nom de Mr. Clever Art dans le monde de l’art, Andrew Rosenblatt
s’impose sur la scène du pop art contemporain. Né à New York et vivant
actuellement à Los Angeles, en Californie, il est surtout connu pour sa
façon unique de fusionner des couleurs vives avec des produits de luxe
tels que Louis Vuitton ou Chanel. M. Clever utilise une créativité artistique
éclectique et aléatoire, inspirée du pop art et fusionnée avec la juxtaposition,
les lignes abstraites et les points, qui constituent une grande partie
de son art contemporain. Ses œuvres sont rapidement et discrètement acquises
par des collectionneurs d’art, des investisseurs et des galeries d’art
du monde entier. Mr. Clever Art a merveilleusement illustré l’un de ses
artistes préférés, Damien Hirst, et ses « Complete Spot Paintings », dans
un collage représentant la petite fille Menier, destiné à refléter ses
inspirations artistiques (cliquez sur l’image).

Vue cavalière
du site usinier
de Noisiel, propriété des Menier, chromolithographie
vers 1890 de Louis Poyet (1846-1913), illustrateur et graphiste français
d'images industrielles et publicitaires.
CATHERINE TASCA, MINISTRE DE LA CULTURE, 13/12/2000
La convention
signée entre la ville de Noisiel et le ministère de la Culture permet
à Noisiel d’accéder au rang prestigieux de « Ville
d’Art et d’Histoire ». Consciente de la diversité de ses atouts
patrimoniaux, Noisiel préparait depuis plusieurs années sa candidature
au label. Trois déclinaisons remarquables se distinguent : en premier
lieu, un patrimoine industriel unique datant de la fin du XIXe
siècle et du début du XXe siècle, lié à l’établissement de
la chocolaterie Menier et à sa prodigieuse empreinte architecturale ;
en second lieu, un patrimoine architectural contemporain incluant diverses
réalisations de grands noms de l’architecture en ville nouvelle ; et,
pour finir, un patrimoine « vert » important, en partie protégé. On pourrait
y ajouter la pérennité et le dynamisme économique de l’entreprise qui,
dès 1878, affichait un capital de 4 millions de francs, soit 8 millions
de nos euros.
Dans
un monde qui évolue très rapidement, où le nombre d'opérateurs se réduit
et la concurrence s'intensifie, les groupes industriels se doivent d'anticiper,
afin de confirmer leurs performances. Comme vous le savez, le groupe Nestlé
doit d'ailleurs une grande part de son succès sur le plan mondial à son
aptitude à prévoir ces évolutions. Nestlé France S.A est bien sûr une
constellation de marques fortes, qui ont toutes pour objectif la recherche
permanente du leadership sur leur marché respectif, mais Nestlé
France S.A est aussi le deuxième groupe agro-alimentaire français,
qui doit s'affirmer en tant que tel sur le plan national. C'est dans ce
but, et en harmonie avec la stratégie que Nestlé applique déjà dans le
monde, qu'il est prévu de réunir, en France, sur un site unique, tous
les collaborateurs des sièges sociaux de nos différentes unités opérationnelles.
Cette nouvelle orientation va, en effet, permettre de développer la synergie
de toutes nos forces tout en respectant la spécificité de chacune de nos
unités. Bien que ce regroupement ne doive s'effectuer, en principe, qu'à
la fin de 1995, il m'a paru important de vous faire part de nos intentions
dès maintenant. Parmi les différents sites à l'étude, celui de Noisiel,
à Marne-La-Vallée, serait conforme à la culture de Nestlé : propriété
du groupe, ce site classé est témoin de l'époque industrielle du chocolat
Menier et allie un passé architectural prestigieux à un environnement
naturel exceptionnel. Un groupe de travail a été constitué pour examiner
la faisabilité de ce projet et il me remettra ses conclusions avant la
fin du mois d'avril prochain. Je vous tiendrai informés, le moment venu
de la décision qui sera prise, sous réserve de la consultation des représentants
du personnel concerné, afin de vous permettre de participer dans les meilleures
conditions à cette nouvelle étape de la vie de notre groupe.
Le travail de Reichen et
Robert est souvent considéré comme iconoclaste par un certain
nombre de spécialistes de la préservation historique. Nous avons toujours
considéré que, pour que les bâtiments soient sauvés, il fallait les réutiliser
avec une nouvelle fonction, quitte à modifier un peu ou beaucoup les bâtiments.
Nous avons cherché à justifier notre travail et nous nous sommes aperçus
que toute l’histoire de l’architecture est l’histoire
de la transformation des bâtiments. À titre d’exemple, le Louvre,
construit sur plus de six cents ans, est une addition de témoignages de
toutes les époques, y compris du XXe siècle. Il existe très
peu de monuments qui n’ont pas subi de modifications diverses. Il n’y
a aucune raison que l’histoire s’arrête et nous considérons que l’on peut
traiter, modifier des bâtiments, les transformer, les surélever même,
etc. Évidemment, il y a monument et monument protégé au titre des Monuments
historiques, et il est évident qu’il est plus facile de travailler sur
des bâtiments qui sont historiques sans être protégés au titre de la loi.
D’une façon générale, la plupart de nos projets font l’objet de longues
négociations avec les architectes du ministère de la Culture. Nous avons
fait, dans le cadre de la chocolaterie Menier à Noisiel, un projet très
complet auquel nous avons ajouté des bâtiments neufs de l’ordre de 20
000 m². Il y a donc également la cohabitation de bâtiments neufs dans
un site industriel ancien. Le groupe Nestlé France a reçu en patrimoine
la chocolaterie Menier par l’intermédiaire de Rowntree Mackintosh, qui
l’avait rachetée. En 1993, la fabrication fut arrêtée après la construction
d’une autre usine plus moderne à Dijon, et la question du devenir de ce
site industriel se posa. La solution de la vente ayant été retenue, Nestlé
a demandé à notre cabinet de produire une étude de mise en valeur du site
de façon à le vendre. Au vu de notre étude, le groupe a décidé de le garder
pour lui et il nous a demandé un deuxième travail consistant à déterminer
s’il serait possible de transformer les locaux en bureaux plutôt qu’en
ateliers. En effet, à l’époque, le président de Nestlé cherchait à regrouper
dans un même lieu les sept sociétés qui forment la holding Nestlé France.
Dans l’étude rendue, les critères relatifs au coût, à l’image, à la sécurité
et à la situation dans le Grand Paris ont été étudiés très précisément
et, finalement, le projet a emporté l’adhésion et la décision a été prise
de réaliser cette opération. Cette décision était importante, car c’est
la première fois qu’une société aussi connue que Nestlé choisissait d’implanter
son siège dans une ancienne usine et d’associer son image institutionnelle
à celle d’un patrimoine industriel. La société Nestlé s’est installée
dans les lieux il y a un peu plus d’un an. Avant que les travaux ne démarrent,
une partie du site était utilisée pour fabriquer du chocolat et l’autre
partie était plus ou moins à l’abandon et servait parfois à des tournages
de films, Camille Claudel, par exemple. L’architecte en chef des
Monuments historiques est intervenu pour la restauration de la façade
et de la toiture classées de ce moulin, qui a été réalisée avec beaucoup
de soin. Les détails de décor ont été remis en état : briques vernissées,
« M » de Menier, cloche, horloge. 20 000 mètres carrés de bureaux ont
été construits en peigne, reprenant le tracé régulateur des trois rues
des maisons des ouvriers de Menier. De nombreux espaces verts ont été
créés. Un pont a été construit. Tous les parkings ont été rejetés autour
du site, de façon à ce qu’il n’y ait aucune circulation à l’intérieur,
autre que celle liée à l’entretien et aux livraisons. Notre projet a consisté
à essayer de faire cohabiter des parties anciennes et des parties contemporaines
dans un dialogue que nous croyons intéressant. Les éléments neufs viennent
dialoguer avec les parties anciennes. Ce parti a d’ailleurs rejoint la
volonté de la société Nestlé, qui voulait se démarquer de la société Menier
et montrer qu’elle est une entreprise résolument moderne. Trois artistes
sont intervenus dans ce projet : Michel Boulangé, Sylvie Blocher et Dominique
Bailly, ainsi que Florence Robert, paysagiste. D’une façon générale, Nestlé
pense que le surcoût pour la réhabilitation de ce chantier a été de l’ordre
de 5 %, pour un budget de 620 millions de francs de travaux et une surface
de 60 000 mètres carrés hors œuvre, y compris les espaces de circulation.
Il est certain que l’adaptation du moulin aux normes de sécurité n’a pas
été facile, mais elle a néanmoins été tout à fait réalisable.
Panonceau
lithographié de 66 × 45 cm du chocolat Menier, signé Firmin
Bouisset. Imprimé dans les ateliers
d’Émile-Victor Camis, situés quai de Jemmapes à Paris entre 1890 et 1906.
Mis sous verre par J. Boyer, encadreur
parisien depuis 1879. Cette affiche a été reproduite, cartonnée,
dans les années 1980 par l’éditeur Bernard Carant, boulevard des Batignolles,
à Paris.
Affiche du Chocolat Menier : allure de petite paysanne aisée, avec ses lourds souliers lacés, sa courte robe bleue à petits pois, son caraco marron élimé et ses tresses de cheveux noirs luisants sur son dos frêle ; elle inscrit sur un mur, au charbon, le nom du célèbre chocolat de Noisiel ; à ses pieds gisent le panier blanc du goûter et le familial parapluie de coton rouge. Mais l’affiche de 1892 évoluera. Selon l’anecdote, le parapluie familial qu’utilisait la gouvernante pour aller chercher Yvonne à l’école les jours de pluie attristait la fillette, en raison d’une affiliation trop prononcée au monde paysan. L’affiche à succès devait donc se moderniser pour pénétrer les grandes villes. La disparition du parapluie eut lieu dès 1893, ce qui n’empêcha pas la diffusion des deux versions, aux slogans différents, jusque dans les années 1930.
Il est communément admis que l’emblématique affiche du Chocolat Menier, reproduite à profusion depuis plus d’un siècle, représente Yvonne, la fille de son créateur, l’illustrateur et affichiste Firmin Bouisset. Cette idée, longtemps relayée, s’est imposée au fil du temps comme une évidence, renforcée par la pratique courante de l’artiste, qui utilisait souvent son propre enfant comme modèle.
Pourtant, l’histoire, parfois, se heurte à des héritages tenaces, à des affirmations devenues vérités par répétition et à des attributions difficiles à vérifier lorsque les preuves font défaut. À cela s’ajoute un contexte du XIXe siècle où le récit dominant, façonné par des hommes détenant pouvoir et légitimité culturelle, laisse peu de place aux voix alternatives. Dans ce cadre, une autre version existe, moins connue, mais étayée par un témoignage familial précis.
Prenons le temps de lire le courrier que Madame Mireille Durand, belle-fille de Marie-Louise Paul Hedeline, adressa au magazine Télé 7 Jours dans son édition du 10 au 16 mai 1997, en réaction à un article évoquant l’affiche du Chocolat Menier. Elle y affirme que Marie-Louise Paul Hedeline, née le 28 février 1887 et décédée en 1975, aurait été la véritable fillette représentée. Élevée par ses grands-parents maternels, Alphonse et Rose Dupuis, Marie-Louise vivait à Noisiel, où son grand-père était régisseur des propriétés de Monsieur et Madame Menier.
C’est là, raconte-t-elle, que Monsieur Menier cherchait alors un thème pour une nouvelle affiche. Au même moment, Firmin Bouisset, de passage dans la propriété, aperçut la jeune Marie-Louise, âgée d’environ six ans, en train d’écrire au charbon de bois sur un mur. Son attitude, un pied en dedans, l’autre posé sur la pointe, attira immédiatement l’attention de l’artiste. Séduit par la spontanéité et la grâce de cette posture enfantine, il y trouva l’inspiration de sa composition devenue iconique.
Lorsque Bouisset présenta le résultat à Monsieur Menier, ce dernier l’aurait montré à son régisseur en lui disant cette phrase, restée dans la mémoire familiale : « N’empêchez plus votre petite-fille d’écrire sur les murs avec du charbon de bois : voilà le résultat. »
Ce témoignage, transmis au fil du temps, ne suffit certes pas à trancher définitivement la controverse, faute de documents officiels ou d’archives confirmant l’une des deux versions. Néanmoins, il rappelle que l’histoire de l’art se compose aussi de voix oubliées, de récits familiaux et d’enfants anonymes dont la spontanéité a parfois donné naissance à des images immortelles.
Ainsi, la fillette du Chocolat Menier demeure une figure dont l’identité réelle oscille entre tradition, mémoire et incertitude, et dont le charme tient peut-être précisément à ce mystère.

Tablier
immortalisé sur une carte postale de 1914, au cours de l’Exposition internationale
de Lyon ; il fut également porté durant l’Exposition universelle de 1900
à Paris et décliné sous diverses formes publicitaires : serviette,
réticule.
Des coupons de tissu imprimés, de dimensions définies (1 m × 1 m), sont encore en circulation. Ils n’avaient pas pour vocation de devenir des serviettes publicitaires pour l’Exposition universelle de 1900, mais de servir à confectionner des tabliers de domesticité destinés aux jeunes filles.
L’Exposition internationale de Lyon, organisée de mai à novembre 1914, était, pour la première fois, organisée — fait original et tout à fait inédit — par une municipalité. L’Exposition internationale de Lyon s’intéressa particulièrement à mettre en relief tout ce qui touchait à l’organisation et au perfectionnement de la Cité moderne. Toutes les colonies françaises participèrent à l’Exposition coloniale qui y était annexée : l’Afrique-Occidentale française, l’Afrique-Équatoriale française, Madagascar, l’Indochine, l’Algérie, la Tunisie et le Protectorat français du Maroc. Les plans du palais furent réalisés par l’architecte Lefèvre et l’entrepreneur Monier en assura la construction.

Bavoir en broderie
richelieu vers 1900
La
future ménagère doit s’appliquer de bonne heure à confectionner des vêtements.
Dans du linge ou des vêtements hors d’usage, on peut trouver des morceaux
assez bons pour faire du linge ou des robes d’enfant et commencer son
apprentissage de couturière. Dans un ménage modeste, rien ne doit se perdre.
Les couches sont souvent faites dans de vieux draps. Le tissu imprimé
représentant la petite fille du chocolat Menier, que l’on trouve dans
toutes les expressions publicitaires tissées de la maison Menier, sera
l’occasion de confectionner des bavoirs et d’apprendre quelques points
de broderie, en particulier le feston.
Durant l’Exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon en 1894, le directeur de l’enseignement primaire faisait savoir aux directrices d’écoles normales, d’écoles primaires supérieures et de cours complémentaires que le ministre de l’Instruction publique se proposait de participer à l’exposition de Lyon. En conséquence, il leur demandait de confectionner des travaux de couture, soit : un objet de layette, une pièce de linge de maison telle qu’un tablier de domestique, une serviette, un rideau, etc. ; les ouvrages devant constituer les albums du ministère et être présentés dans le pavillon (féminin) du Rhône, à deux pas de la grande coupole, dans le parc de la Tête d’Or.
Sur une grande table s’étalaient les albums des 200 écoles. À Lyon, le public constata que les « Petites Parisiennes » travaillaient avec beaucoup de goût et d’adresse. L’intérêt des albums exposés résidait aussi dans le choix des dentelles et des tissus employés, qui différaient selon les localités. Le but du ministère était de mettre à l’honneur les travaux de couture, qui devaient avoir une place prépondérante dans l’éducation des filles. Il fallait, disait-il, que nos filles quittent l’école en ayant acquis le goût du travail de couture et une certaine adresse ; l’apprentissage les mettrait ensuite rapidement en état de gagner leur vie.
L’hôtel
du Matin et du Français a présenté, hier, durant toute la journée, l’aspect
le plus charmant et le plus pittoresque. Plus de six mille enfants, bénéficiaires
de nos Surprises, sont venus, en compagnie de leurs parents, au total
douze mille personnes environ, échanger leurs Bons contre des kiosques-distributeurs,
réticules et boîtes de chocolat Menier. Et cette distribution s’est
effectuée, par les soins de notre personnel, de la façon la plus heureuse
du monde.
La livraison des chocolats Menier continuera aujourd’hui, samedi, à partir de dix heures du matin. Il reste encore quatre mille surprises environ à remettre aux porteurs de nos Bons-Surprises, avant de clôturer cette colossale et sensationnelle distribution. Pendant ce temps, les collaborateurs du Matin et du Français se promènent inlassablement dans les rues de Paris, dans la banlieue et en province, pour remplir leur agréable mission : récompenser le zèle de nos lecteurs qui nous font si gentiment une publicité, dont nous leur sommes très reconnaissants, et faire encore des milliers et des milliers d’heureux.
Photo (source musée d'Orsay) prise entre 1907 et 1910 au château de Noisiel, à gauche de la table, Henri Menier et sa compagne: Mathilde Heintz, à droite : Georges Menier et sa femme Simonne née Legrand.
Frac
de livrée de domestique en drap de laine bleu marine, de marque probable
« La Belle Jardinière », de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Habit dégagé à queue-de-pie, boutonnage croisé à 18 boutons de 3 cm et
4 boutons de 1,8 cm en laiton, monogrammés « M » (Menier). Coupe tailleur
à doublure en sergé de laine, avec poche intérieure. Biais de satin rayé
jaune et vert cousus au col, simulant un gilet. Livrée que l’on devait
retrouver à Paris-Monceau, Noisiel, Rentilly,
Houlgate, Bois-Larris, Cannes
et Villers-Cotterêts.
L’apparition des boutons de livrée, sous leur forme métallique, remonte
à la fin du XVIIIe siècle, époque à laquelle, à l’exemple de
l’armée, ils ont remplacé les boutons recouverts d’étoffe et les aiguillettes.
Les premiers boutons armoriés furent portés sur la livrée des colonels
propriétaires de régiments et étaient généralement en argent. On peut
estimer à une dizaine de milliers le nombre de familles ayant fait frapper
des boutons à leurs armes.
Ce frac de livrée de domestique est différent de celui de l’équipage de
chasse à courre
de la vénerie Menier
de Villers-Cotterêts : tenue à la française, rouge, aux galons de vénerie
; gilet semblable, culotte en velours bleu roi, bas blancs et bottes de
vénerie. Les boutons sont en laiton, monogrammés « M ». Le bouton porte,
d’argent sur champ d’or, un cerf passant dans la lettre M.
L'institution
des sapeurs-pompiers de la chocolaterie Menier est une compagnie constituée
de 40 membres en 1882
par Albert
Menier, elle deviendra communale en 1886.Ci-dessus, le casque
(modèle SGFM de 1855) d'un certain "Chemin" avec cimier à
godrons, plumet et jugulaire en fausse écaille, large bandeau où l'on
retrouve la grenade et les armoiries de la famille Menier caractérisées
par le monogramme sous forme de M.
L’institution
des sapeurs-pompiers est la seconde œuvre patronale de la cité par le
nombre de ses membres. Pour des raisons de sécurité interne à l’usine,
un premier groupe de bénévoles avait été placé sous la direction de Jules
Logre dans les années 1870. Une première compagnie privée, sous l’égide
d’Albert Menier, est constituée en 1882. Elle adopte les statuts de subdivision
communale en 1886. Comme les instituteurs quatre années plus tard, cette
modification est demandée par les intéressés afin de bénéficier du statut
de sapeur-pompier et de l’exemption de la prestation vicinale – 6 Fr par
an. D’autre part, une prime de 0,60 Fr à 1,50 Fr leur est allouée après
chaque déplacement hors de la commune. Une nouvelle fois, les Menier conservent
les différentes charges de leur œuvre : entretien, locaux, chevaux, matériel
(pompe à vapeur, échelle, « casque pour feux de caves », etc.). Durant
ces années, son effectif oscille entre 37 et 42 membres. Les ouvriers
s’engagent pour trois ou cinq années. La subdivision est organisée selon
des principes militaires, grades et discipline à l’appui. Elle est placée
sous l’autorité directe du lieutenant Jules Logre jusqu’en 1901. Les sous-lieutenants
sont Louis Logre, fils du précédent, et Piette, contremaître et conseiller
municipal. Les autres cadres, sergent-fourrier et caporaux, sont les mêmes
contremaîtres, déjà conseillers municipaux. Elle
est une institution à Noisiel par le nombre de ses membres, sapeurs et
sergents, tous à titre
honoraire
qui gravitent autour d’elle. Dans la cité, la subdivision participe à
toutes les manifestations : fêtes communales, commémorations, 14 Juillet
et autres fêtes patriotiques. Seule, elle organise des démonstrations
d’exercices sur la place des Écoles et des retraites aux flambeaux. Dans
le canton, elle prend part aux compétitions d’exercices. Si elle n’est
pas une nouvelle voie de promotion sociale, lui appartenir est une preuve
de son intégration dans la communauté et signifie aussi sa « bonne volonté
» à l’adresse des responsables de l’usine. Plus encore que l’Harmonie,
la subdivision est un haut lieu de sociabilité masculine. Ses membres
affichent leurs valeurs viriles, encouragés en cela par ces exercices
physiques et d’adresse, leur proximité avec les engins mécaniques et,
le cas échéant, le danger. Aux
obsèques des habitants, une savante économie des délégations témoigne
de leur position respective dans la hiérarchie sociale et symbolique de
Noisiel. En novembre 1908, le docteur Richon, membre honoraire, est gratifié
de 24 hommes. Mars, ancien sergent et conseiller municipal, de 19 ; un
ancien sapeur, plus tard membre honoraire, de 17. En juin 1911, un autre
est enterré, lui, sans cérémonie. Ceci parce qu’il a « quitté la subdivision
en 1906 et s’en est désintéressé complètement en n’assistant à aucune
réunion, fête ou banquet ». Scrupuleuse comptabilité des allées et venues,
des vus et des non-vus : à Noisiel, l’oubli n’a pas prise. La
Sainte-Cécile et la Sainte-Barbe sont fêtées le même jour. À chaque occasion,
Jules Logre rappelle combien « il est heureux de voir renouveler cette
double fête toute intime et toute confraternelle ». Un commentateur salue
« ces deux sociétés d’élite qui vivent côte à côte dans un état de cordialité
qui leur fait honneur ». Après une retraite aux flambeaux dans la cité,
un banquet réunit tous les adhérents et les nombreux invités. Les industriels
sont ovationnés tandis que « le café fume dans les tasses et que de bons
cigares s’allument de toutes parts ». Un grand bal public clôt cette «
nouvelle famille ». (Richard,
M. (1986). Maîtrise d’histoire, La cité de Noisiel.)
Cette giberne
(vers 1890-1910) appartient à l’Harmonie de la compagnie des sapeurs de
l’usine Menier de Noisiel. Son rabat est orné d’une imposante plaque en
laiton portant l’inscription « Usine de Noisiel », au-dessus d’un emblème
composé de deux haches croisées, d’une torche, d’un rameau de chêne et
d’un foyer, symboles du corps des sapeurs et de l’activité industrielle.
Au sein de la cité
ouvrière créée par la famille Menier à la fin du XIXe siècle,
la compagnie des sapeurs-pompiers constituait l’une des institutions majeures
de la vie
sociale. Associée à une harmonie musicale, elle participait aux
cérémonies officielles, aux fêtes patronales, aux défilés et aux commémorations,
illustrant la politique sociale et paternaliste développée autour de la
chocolaterie.
Face
à la chocolaterie se trouve l’mairie,
construite en 1895. Ce nouvel édifice remplace la mairie-lavoir, où Émile-Justin
Menier exerçait son mandat communal tout en assurant la direction de l’usine,
sans distinction notable entre les deux fonctions. Cette nouvelle mairie
répond à une disposition de 1884 qui stipule que chaque commune doit posséder
un local à usage exclusif de mairie. Sur cette même place, baptisée Gaston-Menier,
se trouve le bâtiment des Pompes, siège de l’institution des sapeurs-pompiers
de Noisiel..
Entre
1930 et 1935, la maison Menier lance de nouveaux produits dans la catégorie
des chocolats fins afin de faire face à une concurrence grandissante.
Des boîtes de luxe font leur apparition, et un salon situé au 114, avenue
des Champs-Élysées parachève cette nouvelle tendance haut de gamme. Ces
boîtes sont estampillées « Menier Confiseur ». La confiserie, introduite
dès 1900 dans les productions
de Noisiel, dépasse alors en importance le chocolat de ménage, produit
phare depuis les années 1870. (Voir les chiffres.)
Boîte
de confiserie créée pour l’Exposition universelle de 1937 à Paris et faisant
la publicité pour le salon
Menier situé au 114, avenue des Champs-Élysées. Parée des couleurs nationales,
cette poupée semble faire écho aux montées nationalistes et à la démonstration
de puissance germano-soviétique, matérialisée par deux pavillons massifs
et sans grâce (mastoc) se faisant face. Cette même année, Menier organisa
une consultation auprès de ses consommateurs pour donner un prénom à leur
célèbre petite fille, remaniée dans le style Art déco. Il est précisé
que ce prénom devra être « bien français ». Jacqueline émergea de cette
campagne publicitaire, ce qui permettra une interactivité entre des consommateurs
qui allaient devenir auditeurs et spectateurs des différents spectacles
promotionnels à venir.
L’industriel
commande d’abord plusieurs camions à pétrole auprès de différents constructeurs.
L’expérience se révèle cependant décevante : les véhicules sont peu fiables,
coûteux à exploiter et incapables de répondre aux exigences d’un usage
industriel régulier. Plutôt que de renoncer à cette technologie encore
balbutiante, Saurer décide de construire lui-même les véhicules dont il
a besoin. Déjà familier de la mécanique et des moteurs à quatre temps
grâce à ses précédents travaux industriels, il entreprend de développer
ses propres camions dans ses ateliers d’Arbon. Après plusieurs années
de recherches, de tâtonnements et de mises au point minutieuses, Saurer
parvient à concevoir des véhicules robustes, économiques et parfaitement
adaptés au transport lourd. À une époque où le véhicule industriel souffre
encore d’une réputation incertaine, ses réalisations se distinguent immédiatement
par leur fiabilité et leur qualité de fabrication. C’est presque par amusement
qu’Adolphe Saurer décide alors d’inscrire l’un de ses véhicules à un concours
de poids lourds organisé quelques années plus tard. Le résultat dépasse
toutes les attentes : Saurer remporte l’épreuve. Ce premier succès marque
le début d’une série de victoires qui vont rapidement asseoir la réputation
internationale de la marque. Dès lors, les camions et omnibus Saurer s’imposent
dans toutes les grandes compétitions industrielles. La marque participe
à quarante-deux concours disputés sous les climats et règlements les plus
divers, et remporte quarante-deux victoires. Ce palmarès exceptionnel
contribue à transformer profondément l’image du véhicule utilitaire. Alors
que les premiers poids lourds inspiraient encore la méfiance des industriels,
les modèles Saurer démontrent qu’un camion peut être à la fois puissant,
endurant, économique et agréable à conduire. Leur souplesse de fonctionnement,
leur silence mécanique et leur robustesse leur valent d’être souvent comparés
aux meilleures automobiles de tourisme de l’époque. Le succès devient
tel que les ateliers d’Arbon ne suffisent bientôt plus à répondre à la
demande. Industriels, transporteurs et entrepreneurs français souhaitent
désormais s’équiper en véhicules Saurer. Adolphe Saurer comprend alors
l’importance du marché français et décide de s’implanter directement aux
portes de Paris. En 1910, la marque suisse prend possession des vastes
ateliers de Suresnes, anciennement occupés par le constructeur Serpollet,
disparu depuis trois ans. Cette installation marque une étape décisive
dans l’histoire de l’entreprise. Elle consacre définitivement Saurer comme
l’un des grands noms européens du poids lourd et donne un nouvel élan
à l’industrie française du véhicule utilitaire. Ce jouet publicitaire
illustre parfaitement l’essor du camion industriel comme vecteur de modernité
commerciale au début du XXe siècle. Représentant un camion
de livraison aux couleurs de la maison Chocolat Menier, il évoque fidèlement
les véhicules utilisés par l’entreprise Menier pour assurer la diffusion
de ses produits à travers la France. Le modèle reproduit est un camion
Saurer de 2 tonnes spécialement carrossé pour les livraisons de
la célèbre maison chocolatière. À travers cette miniature promotionnelle
se lit toute l’évolution du véhicule utilitaire au tournant du siècle
: désormais, le camion n’est plus seulement un outil de transport, mais
également un support publicitaire mobile et un symbole de puissance commerciale.
Certains
objets n'ont besoin ni d'or ni de pierres précieuses pour susciter la
curiosité. Il leur suffit d'une histoire, d'une provenance incontestable
et d'un détail qui résiste au temps. Tel est le cas de ce petit cœur métallique
offert lors du baptême de Cosima Menier, dont le mystérieux monogramme
demeure aujourd'hui une énigme. À première vue, l'objet paraît modeste.
Un cœur en métal poli, d'une grande sobriété, gravé d'un élégant entrelacement
de lettres surmonté d'une couronne. Rien ne laisse deviner qu'il est lié
à l'une des plus célèbres familles industrielles françaises, propriétaire
du château
de Chenonceau. Ce cœur provient du baptême de Cosima Menier, fille
de Jean-Louis Menier. Son authenticité repose sur une provenance particulièrement
solide. Il a été conservé par la fille de la nourrice présente lors de
la cérémonie, qui l'a présenté comme le cœur remis aux participants du
baptême. L'intérêt de cette pièce ne réside toutefois pas uniquement dans
son histoire. C'est sa gravure qui attire immédiatement le regard. Au
centre du cœur apparaît un monogramme délicatement ciselé, dominé par
une couronne. Beaucoup seraient tentés d'y voir un blason. L'observation
montre pourtant qu'il n'en est rien. Les règles de l'héraldique imposent
la présence d'un écu et de figures codifiées. Ici, aucun de ces éléments
n'apparaît. Il s'agit d'un « chiffre », autrement dit d'un monogramme
composé de plusieurs lettres entrelacées selon une tradition très répandue
dans les milieux aristocratiques et la grande bourgeoisie des XIXe
et XXe siècles. La lettre la plus évidente est un grand M,
dont les courbes structurent l'ensemble du dessin. En poursuivant l'observation,
on distingue également ce qui pourrait être un C, subtilement intégré
dans la composition. Cette lecture conduit naturellement à une première
hypothèse : le monogramme associerait le M de Menier au C de Cosima, constituant
un « chiffre » spécialement dessiné pour le baptême.
Une telle personnalisation correspond parfaitement aux usages des grandes familles, qui faisaient réaliser, pour les événements importants, des objets commémoratifs ornés de leurs initiales. Une seconde interprétation mérite cependant d'être envisagée. Dans la tradition catholique, le M surmonté d'une couronne est également associé à la Vierge Marie, dont la protection est invoquée lors du baptême. La forme même de l'objet invite à évoquer le « Cœur de Marie », symbole de l'amour maternel et de la protection spirituelle. Certes, ce cœur ne reprend pas tous les attributs traditionnels du Cœur Immaculé de Marie, habituellement représenté enflammé, entouré de fleurs ou transpercé d'un glaive. Mais dans le contexte d'une cérémonie baptismale, un cœur portant un monogramme marial pouvait aisément être perçu comme un signe de protection placé sous le patronage de la Vierge. Il est donc possible que le dessinateur ait volontairement recherché une double lecture, le M renvoyant simultanément à la famille Menier et à Marie. La couronne qui surmonte l'ensemble participe, elle aussi, au mystère. Elle ne correspond pas aux couronnes héraldiques réglementées qui distinguent les rangs de la noblesse française. Son dessin évoque davantage les chiffres royaux des XVIIIe et XIXe siècles, tels qu'on les retrouve sur des objets de prestige ou des décors officiels. Dans le contexte de Chenonceau, ce choix n'est sans doute pas anodin. Château des reines par excellence, demeure associée à Diane de Poitiers, Catherine de Médicis et à plusieurs grandes figures de l'histoire de France, Chenonceau inspire naturellement un langage décoratif empreint d'élégance et de références historiques. Ce petit cœur illustre parfaitement la manière dont un objet privé peut devenir une source historique. Au-delà de sa fonction première, il témoigne des usages d'une grande famille française, de son goût pour les objets personnalisés et de l'importance accordée à la mémoire des événements familiaux. Il rappelle surtout que les archives ne sont pas uniquement constituées de papiers ou de photographies. Elles sont aussi faites d'objets transmis avec soin, dont la valeur tient autant à leur provenance qu'aux questions qu'ils continuent de poser.
INAUGURATION DU 8 Oct 1898
MM.
Gaston et Henri Menier, entourés de leurs collaborateurs,
ont inauguré, samedi 8 octobre 1898, à Noisiel, le monument élevé à la
mémoire de leur père, M. Émile-Justin
Menier, fondateur de la chocolaterie, ancien député de Meaux,
et fêté la pose de la première
pierre de la maison de retraite Claire Menier, fondée en mémoire
de leur mère. De nombreux invités de Paris et des environs étaient venus
assister à cette fête familiale. La cérémonie a débuté par la pose de
la première pierre de la maison de retraite. 250 ouvriers, ouvrières et
enfants des écoles de l'usine, accompagnés par l'harmonie, ont chanté
une ode à Mme Menier. À trois heures a eu lieu, sur la place de Noisiel,
l'inauguration du monument
de M. Émile Menier, devant lequel a défilé tout le personnel de
l'usine. Le buste du fondateur de l'usine est placé sur un socle en marbre,
flanqué de deux figures en bronze, de Carrier-Belleuse. Le soir, à six
heures, a eu lieu un grand banquet qui réunissait 2 300 invités. Tous
les ouvriers et ouvrières de l'usine avaient été invités, ainsi qu'un
délégué ouvrier désigné par les conseils municipaux des 97 communes de
la circonscription, des ouvriers délégués de l'usine de Londres, de la
vermicellerie de Chelles et de la sucrerie de Roye (Somme). Une tente
fut dressée au centre de l'île pour accueillir tous les convives, mais
les écuries du château durent également abriter des collaborateurs, probablement
triés sur le volet. Une broche (insigne) pour l'occasion fut créée et
était visible sur le revers des vestons de certaines personnalités.
Les invités au banquet, munis de leurs cartes et de l'insigne, se rendront dans l'île par le porche de la gare et le quai, à l'entrée duquel aura lieu un contrôle général. Après avoir traversé le pont, les personnes munies de cartes bleues se dirigeront en face, à droite, pour entrer par la porte bleue. Celles munies de cartes blanches iront en face, à gauche, pour entrer par la porte blanche située au milieu. Et celles munies de cartes roses tourneront à gauche en suivant le chenal pour gagner la porte rose située en aval. Des pancartes indicatrices seront placées aux abords des carrefours. En entrant, remettre le talon à détacher de la carte d'invitation au contrôle placé à la porte, puis se diriger vers la table portant le numéro indiqué sur la carte, où se trouveront à l'avance les commissaires de table qui feront placer leurs convives à raison de 22 de chaque côté de la table. Les contrôleurs et les commissaires devront trouver leur poste à 5 heures précises pour l'ouverture des portes. Ils exerceront durant tout le repas une surveillance sur le service de leurs tables pour assurer que chacun ait ce qu'il lui faut, adresser aux garçons de service toute observation ou réclamation, ou même au surveillant de la section de la cuisine, qui devra tenir compte de toute réclamation à lui adresser, sauf à en référer aux commissaires généraux. Les commissaires maintiendront l'ordre sous tous les rapports s'il y avait lieu à leur table.
Emile
Justin Menier propose au Ministre de l'Instruction d'attribuer après concours
un Prix Menier à un étudiant de l'Ecole
supérieure de Pharmacie de Paris. Le ministre accepte et un décret du
17 décembre 1859 autorise l'Ecole à décerner une médaille d'argent et
un coupon de rente de 500 frs. Le prix fut attribué à F.
Finet, interne des hopitaux de Paris, pour la thèse : Les produits
donnés à la matière médicale par les apocynées

Livret musical luxueux
dédicacé par les auteurs à l'attention de leur égérie, Cléo
de Mérode.
C'est
l'époque où l’aristocratie partage désormais avec la haute bourgeoisie
les bénéfices exorbitants des richesses coloniales, des avancées technologiques
et de leurs débouchés économiques. La Belle Époque sourit à quelques privilégiés
: le théâtre et la danse sont les espaces privilégiés des fortunes parisiennes
pour démontrer une élégance, un raffinement, une certaine appropriation
de la culture aristocratique. Les espaces confinés des salles de spectacle
voient pulluler et parader la crème des parvenus à la recherche d’une
reconnaissance sociale. Probablement hermétique à la chose artistique,
cette nouvelle population richissime succombe néanmoins aux charmes des
danseuses et des comédiennes. Si certaines franchirent le Rubicon pour
devenir courtisanes ou cocottes, d’autres restèrent des muses inspiratrices
pour les artistes. Georges
Menier fut l’un d’eux ; il succomba au charme ravageur de Cléo
de Mérode et lui composa un livret musical pour sa toute première pièce
de théâtre, en 1909, intitulée « Le Premier Pas ».

Lithographie de Simonne
Menier par Paul César Helleu 1913
En
1901, Montesquiou écrit un nouvel article : LES PEINTRES DE LA FEMME
- HELLEU, dans LES MODES D'AOÛT, et Helleu fait la connaissance
de Charles Ephrussi, ami de Proust, qui lui doit quelques traits du portrait
de Swann. Cet article fait son succès. Helleu peut maintenant acheter
des meubles de prix ; il s'installe d'une façon très originale qui fait
sensation et qui va provoquer une révolution dans le goût. Il ne jure
que par les couleurs blanc et argent ; il renonce au faux gothique et
aux lourdes tentures à la mode dans les milieux d'artistes et de gens
du monde. Pour lui, la plus belle couleur est celle d'un service à thé
en argent.
Son salon aura les murs peints en blanc uni ; il y vit avec sa famille,
il y travaille, car il trouve ridicule d'avoir un atelier. Dans ce décor,
il a installé un large canapé recouvert de satin aussi blanc, et des meubles
Directoire qu'il n'hésite pas à montrer dans ses gravures : un buffet
à deux portes, une table ronde, une petite table à écrire, quelques chaises
au décor de lyre, des statuettes de porcelaine. Aux murs sont accrochées
quelques toiles de Manet, de Monet et de Cézanne.
Helleu devient très vite l'arbitre du bon goût, mais aussi l'arbitre des
élégances. Les plus grands couturiers le consultent ; Félix, Doucet et
Worth suivent ses suggestions pour créer et lancer de nouvelles modes.
On lui demande de désigner les femmes les mieux habillées, les plus élégantes.
Il déclare que les deux Françaises les plus belles sont Mme Henri Letellier
(veuve d'Albert Menier) et Mme Menier. Il a une grande action sur la mode
féminine : « Les pointes-sèches qu'Helleu prodigue depuis 40 ans troublent
les coquettes jusque dans les moindres sous-préfectures ; à l'exemple
de ces jeunes filles allongeant leur taille, tirant leurs cheveux, étudiant
leurs gestes, la souplesse de leur poignet lorsqu'elles posent la main
sur leur ombrelle. Un de ses modèles préférés, Madeleine Carlier, lui
dit : “Avant même que vous ayez fait mon portrait, on m'appelait un Helleu.”
» (Vallery-Radot, Adhémar, 1957)
SIMONNE MENIER PAR ROESSINGER
Mlle
Simonne Legrand, mariée à Georges Menier en 1903. Tirage argentique de
1909, timbre sec de l'atelier de Montreux,
signatures d'Arnold
Casimir Roessinger-Jeanneret, photographe suisse, et de son modèle.
De nombreux portraits d’Arnold Casimir attestent d’une collaboration entre
le photographe et Simonne Menier.
« C'est la plus jolie femme de Paris ! Robert de Rothschild est venu pour me rencontrer le premier vendredi chez Nathalie. Il fut charmé par ce salon amusant et disparate, ravi de me revoir et de me trouver si belle. Il organisa un déjeuner chez les Lebel, grands industriels un peu associés avec les Menier à Neuilly, un beau dimanche. Tout fut comme dans un rêve. On fut photographié dans le jardin, on se grisa de tout, on bavarda, on sourit, on rit, on voulut briller de toutes les facettes. Quelques jours après, Georges Menier, dont la merveilleuse femme venait d'être opérée, me téléphona : “Ma femme peut recevoir depuis hier. Son regret fut si grand de ne pas vous avoir vue l'autre jour chez les Lebel que j'ose vous demander de lui faire une petite visite à la clinique.” En entrant dans la chambre transformée en serre chaude et fleurie, nous aperçûmes une déesse sur un nuage blanc, dans un bouquet, dans la neige des plus fines lingeries, des enroulements de perles incomparables ! Un visage divin, souriant, régulier, joli. Une enfant aimable, simple, ayant autour d'elle quatre grands fils, son mari, son beau-père. Je lui tendis mes violettes blanches, lui marquai mon admiration sincère et ma tendre sollicitude. Elle eut les mots qu'il fallait. Je saluai amicalement mon vieux Gaston Menier, sénateur, qui me rend souvent des services. J'aime cette femme, belle, simple, cordiale, parfaite, inattaquable. Tout Paris l'admire. J'en parlais un jour à la duchesse qui me répondit : “Oh ! On la dit si belle ! Mais elle s'en tient à son monde ; elle n'est pas snob. C'est bien dommage pour notre monde à nous dont elle s'écarte systématiquement.” Ceci, selon moi, est encore à l'avantage de cette charmante femme et à ma gloire puisqu'elle a désiré que je m'approche d'elle. » (Liane de Pougy)

Cadre familial de 1928,
de gauche à droite : Jean, Claude, Simonne, Antoine, Hubert Menier.
Jean,
familièrement baptisé Jean IV car 4e garçon, naquit à Paris
le 9 mars 1913. On le trouve, en 1924, élève de l'Institut Saint-Charles
de Monceau. Ce doit être le premier Menier à fréquenter un établissement
religieux. L'arrière-grand-père Émile-Justin doit tressaillir dans sa
tombe. Jean meurt à Paris, célibataire, le 11 janvier 1944, à 30 ans,
après une « petite maladie ». Ses obsèques ont lieu le 14 janvier, dans
l'intimité, en l'église Saint-François-Xavier. Jean Menier, dans les pas
de son père, écrivit une comédie dramatique à l'âge de 9 ans, intitulée
« Sauver les escargots ». Agréable divertissement, ou plaisanterie, qui
fut apprécié par Marguerite Deval, qui demanda à y obtenir un rôle. Plus
sûrement, Marguerite Duval participa à plusieurs créations de Georges
Menier : « Avec plaisir », opérette en 1 acte, et « À Paris tous les deux
», opérette en 3 actes. Une promiscuité professionnelle qui dut permettre
à Marguerite d'entrer dans l'intimité de la famille de Georges.
Claude est né en 1906. De nature fragile, il resta célibataire. Il eut certainement un côté artistique, comme son père, auquel il fit les décors et créa l'affiche de « À Paris, tous les deux ». Claude fit don au musée du Louvre des boucles d'oreilles en perles poires de l'impératrice Joséphine et légua au même musée les superbes bracelets en diamants et rubis de la duchesse d'Angoulême, bijoux qu'il avait personnellement achetés à Londres. On lui prête des fiançailles avec Joséphine Baker, plus ou moins officielles, mais il fut assurément un grand ami de la famille, au caractère facétieux, aimé des enfants auxquels il apportait de nombreux cadeaux. Il participa à l'achat, en Dordogne, du château de Castelnau-Fayrac pour la somme de 25 millions de francs, où se fixera Joséphine et sa nombreuse famille. Claude aura survécu à ses trois frères. Il décédera à Paris le 13 avril 1973. Avec son frère Jean, il aura été le seul Menier, au travers de cinq générations, à n'avoir été ni impliqué dans l'industrie chocolatière ni homme d'aventure. Claude n'était pas dénué d'altruisme puisqu'il légua l'intégralité de ses biens à l'œuvre des Jeunes Infirmes de la rue Lecourbe.
Antoine, naissance à Paris le 13 octobre 1904. Il fit ses études au lycée Condorcet et obtint son baccalauréat. Passionné d'automobile, il sera détenteur de onze records du monde sur Alfa Romeo. En 1929, il rencontre Renée Vigne au cours d'une course automobile à L'Aigle, dans l'Orne. Entre Renée, mannequin vedette d'un grand couturier parisien, et Antoine, riche bourgeois héritier d'un immense empire industriel, c'est le coup de foudre. Mais ce rapprochement de classe ne fait pas le bonheur de Simonne Menier. Malgré la grande distinction de Renée Vigne, il faudra attendre quelques années de vie commune pour que Madame mère consente au mariage de son fils. Celui-ci aura lieu bien tardivement, en 1961.
Hubert, naissance à Paris, comme tous ses frères, le 12 décembre 1910. Il poursuit ses études secondaires au lycée Carnot et en sort bachelier. Il sera cogérant de la société Menier et toute sa carrière sera consacrée à l'industrie chocolatière. À 37 ans, il épouse, le 4 juin 1948, Odette Gazay, fille de M. Gazay, employé aux Chemins de fer, et de Mme Gazay, institutrice à l'école des filles de Nanterre, puis directrice d'école à La Garenne-Colombes. Deux enfants naîtront de cette union : Jean-Louis, en mai 1949, et Pauline, en mai 1952. Après la mort de leur oncle Jacques, la famille s'installera au domaine de Rentilly, à deux pas de Noisiel. Il sera le seul veneur de cette génération et aussi le dernier « Menier-Veneur ». La passion de la vénerie ne le quittera jamais et, en 1950, il créera, près de Chantilly, son propre vautrait, qui aura une existence éphémère. Hubert Menier compta également parmi les joueurs assidus de polo à Paris-Bagatelle. Il mourra le 28 juin 1959, à 48 ans, échappant au spectacle de la fusion puis du rachat de la firme familiale. Hubert fut tuteur de Philippe Naudy, né en juin 1940 du premier mariage d'Odette, son époux Roger Naudy étant décédé à Oran en 1942. Odette Gazay décédera le 11 juillet 1975.

Paul
Barbarin, chirurgien, éducateur et ami, forma Simonne au métier d'infirmière.
Sa formation en poche, elle apporta sa compétence d'infirmière au château
de Chenonceau, offert à l'autorité militaire comme hôpital de secours
aux blessés durant la Première Guerre mondiale. Gaston Menier prit à sa
charge toutes les installations et dépenses nécessaires à l'entretien
de cet hôpital. Tous les services furent installés : électricité, chauffage,
canalisations d'eau. Les vastes pièces et les galeries du château furent
transformées, peintes et organisées pour accueillir 120 lits. Georges
Menier, affecté comme « aide-major infirmier » à l'ambulance, suppléa
son père dans cette installation et cette organisation. Les interventions
médicales et chirurgicales étaient assurées par le docteur Victor Morel,
chirurgien en chef et député du Pas-de-Calais, assisté du docteur Druon,
de Lille. Simonne Menier, « infirmière-major », était assistée par un
grand nombre d'infirmières issues de différents milieux, des Sœurs de
Saint-Vincent-de-Paul à la comtesse de Razay. Simonne Menier et ses condisciples
furent récompensées à la fin des hostilités par la médaille de vermeil
des épidémies (Journal officiel du 24 mai 1917). Une prise d'armes et
une remise de médailles furent organisées le 16 juillet 1917 dans les
jardins de Chenonceau.

La métamorphose de
la Galerie des fêtes (Grande Galerie) de Chenonceau (
photo Constant Peigné 1896)
Construite
par Catherine de Médicis entre 1570 et 1576, la Grande
Galerie de Chenonceau s’étire sur le Cher comme un pont royal.
Lieu d’apparat et de réception, elle devient la Galerie des Fêtes lorsque
s’y tiennent bals et banquets. D’abord sobre, avec son sol en damier noir
et blanc, la salle se transforme aux XVII et XVIII siècles avec de partielles
influences rococo: tapisseries, tableaux et meubles enrichissent son décor,
elle devient alors un espace de promenade et de représentation. Sous Louise
Dupin, la galerie s’ouvre à l’esprit des Lumières. Restaurée au XIX siècle
dans le goût Renaissance, elle incarnait la mémoire du raffinement et
du pouvoir féminin à Chenonceau.

Odette Gazay devant
son Château à Chenonceaux
|

Pauline Menier, Laure
Menier, Charles, Monique Lang, Jack Lang, Diana, Jean-Louis Menier.
Le
9 novembre 1988, sept ans après leur mariage, le prince Charles et la
princesse Diana visitent le château de Chenonceau au cours de leur voyage
officiel en Val de Loire, représentant la famille royale. Le couple princier
avait été accueilli à Paris par le ministre de la Culture, Jack Lang.
Un hélicoptère avait transporté le couple jusqu’au château de Chenonceau.
La princesse de Galles arborait une robe-manteau écossaise rouge et noire
signée Chanel. Officiellement, le mariage était encore heureux, mais il
touchait déjà à sa fin : Diana fréquentait James Hewitt et Charles avait
renoué son idylle avec Camilla Parker-Bowles. Arrivés à Chenonceau, ils
sont accueillis par les membres de la famille Menier : Laure, la femme
de Jean-Louis Menier, et Pauline Menier, la sœur de ce dernier. Le château
de Chenonceau fut l'une des étapes privilégiées de la royauté britannique.
Nous sommes le 24 octobre 1979 : Élisabeth II atterrit à l’aéroport de
Tours pour une journée de visite touristique privée. La reine souhaite
se rendre dans deux des plus célèbres châteaux royaux français. Tout d’abord,
elle visite le château de Chambord. Puis, dans l’après-midi, elle se rend
à Chenonceau pour une visite aux côtés des propriétaires : Jean-Louis
et Pauline Menier et d’Anne-Aymone Giscard d'Estaing.
Jean-Antoine
Brutus Menier édite en 1845
son catalogue
prix courant qui recense tout ce qui est fabriqué par la maison
Menier. On y trouve principalement des produits destinés aux pharmaciens
ainsi que des articles de droguerie. La production chocolatière n'est
encore mentionnée à cette date que comme activité complémentaire. La quantité
produite n'est alors que de 2 tonnes par jour en France. Le véritable
essor de l'entreprise Menier date de 1852. Émile Justin Menier est en
passe de devenir le nouvel homme fort de la maison, il reprendra les mêmes
principes édictés par son père. Malgré son utilité et les frais considérables
qu'il a nécessités, l'auteur ne le vend pas, il le donne... à ses commettants.
Le catalogue
prix courant de 1854
préfacé par Émile Justin comporte les mêmes produits que les éditions
précédentes. Son intérêt dépasse alors les frontières du public pour pénétrer
les instances étatiques. Durant la guerre de 1870, les pharmaciens s'engagèrent
à fournir aux ambulances tous les médicaments nécessaires aux traitements
des blessés et malades militaires, conformément aux prix de revient du
catalogue prix courant Menier. Les pharmaciens peuvent donc avoir des
renseignements sur la valeur de tous les objets qui leur sont nécessaires
ou qui leur sont journellement demandés. Mais les temps changent : si
Jean-Antoine Brutus fit passer la pharmacie du stade des préparations
magistrales à l'industrialisation des procédés, Émile Justin exploite
au maximum le potentiel existant et insuffle la modernité dans ses établissements
grâce aux grands esprits auxquels il fait appel. C'est à partir de ces
mêmes années que Noisiel bénéficie d'une politique de modernisation et
de mécanisation au service de la fabrication du chocolat de consommation.
PUBLICATIONS UTILES.
Catalogue commercial, ou prix courant général des drogues simples, des produits pharmaceutiques et chimiques, des plantes médicinales, des médicaments spéciaux et homéopathiques, des instruments de pharmacie, de chirurgie, de chimie, de physique, et tout autres articles et appareils scientifiques et industriels à l'usage de la pharmacie et de la médecine par M. Ménier, pharmacien droguiste. Le titre seul de cet ouvrage fait connaître son utilité et son indispensabilité dans les officines. En effet, il peut servir de guide au pharmacien pour la connaissance des prix moyens non seulement des objets de droguerie et de pharmacie, mais encore de la plupart des matières commerciales. La connaissance des prix des appareils et d'instruments de toute nature peut mettre le pharmacien à même de répondre sur ce prix, et de faire des fournitures qu'il n'aurait pu faire s'il eût ignoré le prix des objets dont le prix lui était demandé.
Ce volume est terminé par une table des matières qui permet au lecteur de se renseigner sur la partie du livre dans laquelle il doit aller puiser les renseignements dont il a besoin. On voit que le catalogue commercial publié par M. Ménier est un livre qui doit être constamment consulté. En effet, on y trouve des renseignements sur les prix de presque tous les objets employés en pharmacie, dans les sciences, dans les arts et dans l'industrie ; renseignements qui, sans ce livre, ne pourraient être obtenus qu'avec difficulté et après des démarches nombreuses, souvent faites avec inutilité. (A. Chevallier)

Compte-Rendu des résultats
du 1er inventaire de 1835 par Antoine Brutus Menier à ses commanditaires.
Extrait :
"Quelques
satisfactions que puisse être un pareil résultat, le but que je me suis
proposé n'était pas encore atteint puisque mes efforts ont toujours tendu
à amener la vente annuelle à 1 200 000 Frs et j'ai enfin la satisfaction
de vous annoncer que les ventes d'octobre et les demandes que j'ai en
ce moment à remplir, me laissent l'espérance d'arriver à ce chiffre. Les
ventes de ce trimestre se sont élevées à 307 047 Frs, elles ont dépassé
de 34 327 Frs celles du trimestre le plus élevé et de 78.743 Frs celles
des trois mois correspondants".
Document intégral
autographe de la main de Jean-Antoine Brutus Meneir


Échantillon boîte de
chocolat Menier début XXe siècle
Menier
est très présente au Royaume-Uni dès la fin du XIXe siècle, avec une production
et une distribution adaptées au marché anglais. Au début du XXe siècle
(env. 1890–1910), Menier utilise largement des échantillons de chocolat
et de petites boîtes publicitaires comme outils de promotion. Ces échantillons
se présentent sous forme de petites boîtes en métal lithographié contenant
de petites quantités de chocolat (pastilles, morceaux, poudre).Ils étaient
destinés :aux clients (découverte du produit), aux détaillants, ou à la
présentation commerciale. Pour le marché anglais, certaines boîtes comportent
: des inscriptions en anglais, des formats ou décors légèrement différents
du marché français. Ces objets relèvent autant du packaging que de la
publicité, Menier étant une marque pionnière en marketing visuel.

Plaque
émaillée anglaise de Imperial Enamel Co, Birmingham, vers 1910.

Les
Allemands dans leur œuvre de germanisation avaient donc à lutter contre
les souvenirs de la guerre, contre une crise économique doublée d'une
crise morale atteignant l'âme alsacienne dans ses replis les plus intimes.
Ils ont encore aggravé leur situation par des vexations de tout genre,
qui auraient brisé des volontés moins bien trompées que celles des Alsaciens.
A la suite des élections de 1887, l'opinion se surexcita, et la terreur
fut décrétée. On vota la loi des maires, on commença la persécution contre
tout ce qui rappelait la France. Les chants séditieux, comme la Marseillaise,
furent punis de 400 marks d'amende et parfois de deux ans de prison. La
guerre fut déclarée à la langue française. Les enseignes, étiquettes,
marquées de cette tare, furent prohibées sauf quelques réserves ; le chocolat
Menier fut arrêté à la frontière.
Notes de Marcellin Berthelot à Noisiel, 1860-64. Reproductions en phototypie
des travaux de chimie synthétique inaugurant la carrière scientifique
du chimiste.
M. Delépine, Professeur au Collège de France et Membre de l'Institut,
qui occupait la chaire de Chimie organique et qui fut autrefois celle
du chimiste Marcelin Berthelot, déposa sur le bureau de l'Académie, pour
les Archives, un cahier de notes de laboratoire ayant appartenu à Marcelin
Berthelot. L'intérêt de ce cahier, c'est qu'il se rapportait à une période
peu connue de l'activité de Berthelot, celle où il dirigeait et contrôlait
les fabrications chimiques de la Maison Menier, à Noisiel. Cette période
s'étendait du 26 octobre 1860 au 23 mai 1863, d'après les inscriptions
portées par Berthelot même sur son cahier. Gaston Menier, sénateur, a
fait reproduire d'une façon parfaite ces pages de Berthelot dans une plaquette
qu'il a offerte à la Bibliothèque de l'Académie des sciences.
"Mon père (Émile-Justin) avait ouvert ses laboratoires aux grands chimistes
d'alors, les Frémy, Balard, Sainte-Claire Deville, Laurent, Würtz, Gréhant,
etc., qui avaient toujours trouvé à Noisiel les éléments nécessaires aux
travaux et recherches qu'ils effectuaient. C'est alors que mon père, en
1860, avait obtenu le concours et le contrôle du jeune et déjà illustre
Marcelin Berthelot, qui poursuivait à Noisiel ses travaux de chimie synthétique
avec un vif succès. Sur le cahier de notes, Marcelin Berthelot notait
presque au jour le jour ses importantes recherches et travaux sur les
produits synthétiques et, entre autres, on remarquera, à la date du 31
janvier 1862, la mention : "Synthèse de l'alcool" qui consacrait, comme
on le sait, une des grandes découvertes de la chimie moderne."
(Souvenirs de Gaston Menier, 8 octobre 1934)
Deux
livrets manuscrits rédigés dans les années 1930 par Louis Logre qui fut,
avec son père Jules Logre, architecte à l'usine Menier. Louis
Logre fut également l'architecte en 1885 des réfectoires pour
les ouvriers de l'usine Menier au cœur de la cité. La décision de restauration
en 2017 des anciens
réfectoires devrait permettre à cet espace patrimonial de retrouver
son lustre et une fonction culturelle. Deux productions littéraires conséquentes
avec de nombreux clichés photographiques, la première retrace la
généalogie de la famille Menier, la seconde descrit de manière
détaillée le château du duc de Levis racheté par la famille Menier au
cœur du parc de Noisiel.
Le
château de Noisiel construit au XVIII-ème siècle par Paul Poisson de Bourvalais,
fournisseur des armées, seigneur de Lognes, du Buisson et du Mandinet,
est entouré d'un parc d'une grande étendue. Il possède une très belle
futaie communiquant au parc de Champs dont M. Le Duc de Lévis est aussi
propriétaire ainsi que la ferme du Buisson Saint Antoine [la ferme du
Buisson].
Avant
la loi du 23 juin 1857, pas de législation spéciale concernant les marques
de fabrique. Chaque commerçant apposait sur ses produits la marque qu'il
souhaitait. Pour qu'il y est contrefaçon avérée, il fallait au préalable
déposer la Marque suivant l'article 18 du décret du 22 germinal an XI,
au Greffe du Tribunal de Commerce d'où relève le chef-lieu de la manufacture
ou de l'atelier. La propriété de la marque était effective dès lors que
celle-ci fut utilisée de manière courante. C'est le 2 août 1849 que Jean-Antoine-Brutus
fit acte de dépôt de sa marque. Il mandata pour cette opération M. Simon-Antoine
Neyroux. Par ce geste, il figeât dans les esprits les contours de ce qui
deviendra un objet de détournement pour bon nombre de contrefacteurs.

L'Ariane est le yacht
qui a conduit en 1902 M. Waldeck-Rousseau en Suède, Norvège et Danemark.
Passionné de
peinture, ses aquarelles remarquables illustrèrent le livre consacré
par Gaston Menier à cette croisière en Norvège, qui fut pour Waldeck-Rousseau
de grandes vacances et un repos bien mérité pour l'homme d'État qu'il
était. Mais l'événement le plus important fut la fameuse entrevue de Bergen
entre Gaston Menier, convié à la table de l'empereur
d'Allemagne : Guillaume II, à bord de son vaisseau impérial, le
Hambourg.
"Le dîner à bord du Hambourg fut d'une cordialité exquise. L'Empereur attendait ses hôtes à l'entrée d'un petit salon fleuri, et il offrit des bouquets d'admirables orchidées à Mme Georges Menier et à Mme Journet. Présentations, puis dîner servis militairement par des marins, sous la direction d'un maître d'hôtel en habit. Menu allemand, avec confitures, salades et marmelades traditionnelles, et musique française."
Pendant cette croisière Gaston Menier rédigea également au
jour le jour un récit de voyage qui retraçait la cordiale et charmante
intimité des passagers de cette croisière. Faisant route vers le Nord,
le yacht avait à son bord : Mme Waldeck-Rousseau, M. Fernand Crouan, Mlle
Marie Crouan, Mme Raffard, belle-sœur de M. Gaston Menier, et le docteur
Paul Barbarin, ancien interne des hôpitaux. Le samedi 28 juin 1902 à deux
heures de l'après-midi, par une pluie qui força les passagers à rester
à bord, concert et revue furent improvisés par les invités. De cette improvisation,
une pièce de théâtre en 2 actes verra le jour et sera figée pour l'éternité
sur papier avec comme titre "La Revue du Cercle Polaire" et
jouée officiellement le 5 juillet. Ouvrage dédicacé par Gaston Menier
:
"À Madame Waldeck-Rousseau en souvenir des quelques bonnes heures
de traversée à bord de l'Ariane."
![]() |
Tous les ans, Gaston Menier aimait clore la saison de chasse à Villers-Cotterets en apothéose par une curée aux flambeaux dans la cour de la vènerie. Ala tombée de la nuit, un superbe six cors avait été rapporté de la forêt. On l'avait écorché à l'abri des curieux, sa tête et sa peau, appelé également "nappe", avaient été soigneusement mises de côté. Le piqueux ordonna à un valet de désarticuler la jambe avant-droite de l'animal et de torsader la peau, puis il accrocha cette relique aux manches de sa dague glissée dans le ceinturon de sa tunique. Gaston Menier et une dizaine de "boutons" se tenaient à l'intérieur du cercle des flambeaux vêtus de vestes rouges ornées de galons d'or, de culottes bleu-roi, de hautes bottes de cuir noir. Un homme, les jambes écartés au-dessus de la "nappe", maintenait les bois de la tête du cerf. Le piqueux, les valets de chiens, de veneurs, semblaient en faction derrière leur souverain. Ils entamèrent les fanfares de la curée, puis le piqueux mis sa trompe en sautoir et s'avança vers Gaston Menier. Il enleva de sa dague la jambe et la peau torsadée, s'inclina devant Georges Menier. D'une main il ôta sa cape bleue, de l'autre il présenta le "pied d'honneur". Gaston Menier le conduisit auprès d'une invitée de son choix à laquelle il l'invita à faire les honneurs du pied, lui offrant ainsi le sacrifice de l'animal. Selon le rite, aucune parole n'était prononcée, sauf le "merci" du récipiendaire. "La cour des maîtres" de René Lucot |
Voici
la section d'un
câble télégraphique sous-marin de l'usine Rattier-Menier de 1895.
Un conducteur central en cuivre de 2,5 mm² est recouvert par 12 conducteurs
de même matière de 0.6 mm². Cette partie est isolée par de la gutta-percha
et forme l'âme du câble, partie conductrice diffusant le signal. L'âme
est protégée par une enveloppe de chanvre qui devait être imbibée de poix,
de goudron, d'huile ou de suif. 15 Brins d'acier disposés en hélice servent
de protection mécanique et de tenseur, ils sont également recouverts de
gutta-percha et terminent l'ensemble.
Le
Monde n'en saura rien, aimable comédie en deux actes de 1907, de M. Gaston
Menier, représentée dans la salle des fêtes de son hôtel 61 rue de Monceau.
La première lecture a eu lieu, samedi 13 février 1904. Les rôles sont
tenus par Mmes Marie Leconte, Cécile Sorel, de la Comédie Française, MM.
Signoret, Mosnier et Tunc, du théâtre Antoine et Mlle Blanche Pierson
pour la mise en scène.
Quelques rares spectateurs privilégiés ont leur place déjà marquée dans
les salons de l'hôtel, de la rue de Monceau pour une unique représentation
privée : Adrien Hébrard journaliste, Paul Hervieu romancier, Michel Carré
auteur, Henri Menier et des notabilités du monde de la politique venues
pour fêter les débuts dramatiques du député de Seine-et-Marne.
Et Gaston Menier de préciser : "L'été dernier, en juillet, pendant mes vacances à Rentilly, je me suis amusé à développer sous forme dramatique une idée que j'avais trouvée plaisante. Elle m'avait été inspirée par quelques cas assez fréquents de divorce et non par un cas spécial observé autour de moi, ainsi qu'on l'a dit. Il s'agit d'un jeune ménage qui s'est marié à la légère, dans le feu de la passion, sans examiner de trop près les clauses, du contrat et les conditions matérielles de. Son union. Les deux tourtereaux s'aperçoivent, mais un peu tard, qu'ils possèdent un bien dotal dont ils ne peuvent jouir qu'à la condition de rompre le mariage. Il faut qu'ils divorcent, presque au lendemain de leurs noces, s'ils veulent profiter de leur fortune. Ils s'entendent pour divorcer à l'amiable ; ils ne se sépareront que pour mieux se rapprocher. Ils deviendront ainsi des amants légitimes, de par la volonté du Code. Le sujet m'a séduit ; je l'ai traité avec un vif plaisir J'ai passé dos heures très agréables à l'écrire et j'ai mis environ un mois à achever ses deux actes. Le titre ? Le monde n'en saura rien. Des amis à qui j'ai lu cette comédie sans prétention l'ont jugée, amusante et gaie, et m'ont engagé. à la faire représenter. Devant leurs instances, je m'y suis enfin décidé".
La
chocolaterie, le château Menier en 1899 photographiés par le commandant
HIRSCHAUER depuis un ballon à la Hauteur de 900 M. Auguste-Edouard Hirschauer
Polytechnicien en 1876, il débuta sa carrière militaire en 1881 dans le
Sud Oranais. Reçu à l'Ecole de Guerre en 1889, il entra en 1898 au service
d'aérostation de l'Armée et en devint le chef en décembre 1909. Sur cette
photo apparait encore le grand
château dans le parc de Noisiel ; pas encore construits, la Cathédrale
et le pont hardi
la reliant à la rive gauche de la marne.
Le
prince de Galles chasse à courre en forêt de Villers-Cotterêts. Avant
le départ de la chasse, de gauche à droite : (1) Hubert Menier, fils de
Georges ; (2) Jacques Menier, fils de Gaston Menier ; (3) Suzanne Broudehoux,
femme de Jacques ; (4) le Prince de Galles ; (5) Georges Menier, fils
de Gaston Menier ; (6) Simonne Legrand, femme de Georges Menier ; (7)
Gaston Menier, fils d'Emile Justin Menier ; (8) Claude Menier, fils de
Georges Menier.
Le prince de
Galles vient de participer à une chasse à courre en forêt de Retz, en
1924, Gaston Menier adresse au docteur Mouflier, une lettre qui est reproduite
en tête de la brochure faisant le récit de cette chasse. Elle débute ainsi
:
" Mon cher Maire,
Vous m'avez manifesté le désir de conserver dans la bibliothèque de la
ville de Villers-Cotterêts, le petit compte-rendu très familier et interne
que j'avais écrit pour rappeler à nos amis la chasse intéressante que
S.A.R. le prince de Galles avait bien voulu accepter de venir suivre avec
nous dans la forêt de Retz le 12 janvier 1924. C'est avec plaisir que
je vous envoie un exemplaire de ce très court opuscule." Le document contient
également une
copie de la lettre de remerciement reçue de l'ambassade
Britannique de la part du Prince de Galles.

Salon du château
de Rentilly; sur chevalet, peinture de François Flameng représentant Julie
Rodier, femme de Gaston Menier
En
Mai 1890 le château de Rentilly, possédant plusieurs grands salons, 22
appartements de maitre, un jardin d'hivers, de vastes communs, un vaste
parc dessiné par Le Nôtre, des arbres séculaires, une pièce d'eau, l'ensemble
sur 47 hectares clos est mis en vente aux enchères, la mise à prix est
de 700.000 Fr., le mobilier est également disponible pour 100.000 Fr.
Mais le château ne trouvera pas preneur, il sera de nouveau mis en vente
aux enchères en 1891 pour une somme de départ de 500.000 Fr. Finalement
Gaston Menier en deviendra propriétaire pour la modique somme de. 1700.000
Fr. en 1891.C'est au château de Rentilly, que Julie Rodier, épouse de
Gaston Ménier, donnera rendez-vous à de nombreux invités venus pour entendre
et jouer la comédie. Comédies, ballets et mimes exécutés au milieu d'un
grand luxe de mise en scène, de décors et de costumes.

Héliogravure de Paul
Dujardin représentant une couronne mortuaire sculptée par Jean Barnabé
Amy, dédicacée au nom de l'ensemble du personnel des établissements Menier
: " A Madame E.Menier et à ses enfants. Hommage respectueux de tout leur
personnel, le 17 février 1881 ".
C'est aujourd'hui samedi, à midi très précis, qu'auront lieu à l'église
Saint-Philippe-du-Roule les obsèques de M. Émile-Justin Menier, manufacturier,
député de Seine-et-Marne, officier de la Légion d'honneur, membre de la
Chambre de Commerce de Paris, décédé avant-hier, à Noisiel, dans sa cinquante-cinquième
année. Les employés des Pompes funèbres ont commencé, hier soir, la décoration
funèbre de l'hôtel de l'avenue Van Dyck, n° 5, qu'habitait M. Menier lorsqu'il
était à Paris. Cette décoration consiste en une façade monumentale, de
la hauteur de deux étages, partant du grand vestibule d'honneur et empiétant
largement sur la cour. Construite en forme de pourtour, cette annexe de
l'hôtel facilitera la circulation des invités montant ou descendant l'escalier
qui conduit au vestibule. C'est dans ce vestibule entièrement tendu de
noir et transformé en chapelle ardente, éclairé de candélabres et de torchères,
que sera exposé ce matin le cercueil de M. Menier. Deux salons, l'un à
droite et l'autre à gauche, seront mis à la disposition des invités pour
attendre l'heure du départ du cortège. Le corps du défunt a été mis en
bière hier soir à Noisiel. Il arrivera à Paris dans la nuit et sera transporté
aujourd'hui à la première heure à l'hôtel du Parc Monceau. Le convoi se
composera d'un corbillard à quatre chevaux empanachés et de quatorze berlines
ou voitures de deuil. Le corbillard sera décoré de trente-quatre écussons
à l'initiale M. En tête du cortège marcheront quatre maîtres des cérémonies,
suivis d'un officier en manteau, porteur des décorations du défunt. À
l'église Saint-Philippe-du-Roule, entièrement tendue de noir à l'intérieur,
les draperies seront rehaussées par quatorze écussons à la lettre M ;
quatre autres écussons décoreront en outre le catafalque. À l'extérieur,
le portail sera enveloppé de tentures noires surmontées de trois écussons
du même genre. Après la cérémonie religieuse, qui durera une heure au
moins, le convoi se dirigera vers le cimetière du Père-Lachaise, où l'inhumation
aura lieu dans le caveau de la famille Menier. (Le Figaro du 19-02-1881).
À partir de ce jour, la cloche de l'usine de Noisiel annonçant l'entrée
et la sortie du personnel resta muette.
"Messieurs, j'ai eu l'honneur d'être président du comité d'organisation
du train-exposition de France-Canada, créé avec tant de succès, il y a
deux ans, et j'ai encore le souvenir de l'accueil enthousiaste que nous
avons reçu des Canadiens lorsque ce train canadien, construit spécialement
par la Canadian Pacific, chargé de produits français, parcourut ce grand
pays. Aujourd'hui, nous avons l'occasion d'offrir en échange, au Canada,
une exposition analogue à celle dont nous avons été gratifiés par ses
soins
.
Là-bas,
nous avons été accueillis avec toute la générosité susceptible de favoriser
l'exécution de notre projet. Nous avons eu, sous la puissante égide de
M. le sénateur Beaubien, l'apôtre de cette idée, le concours des grandes
compagnies de chemins de fer, des membres du gouvernement, des universités
commerciales et, lorsque le train portant des produits français et pavoisé
des couleurs françaises eut accompli son circuit autour du Canada, lorsqu'il
eut, appuyé par des conférences et des cinémas, visité cinquante-deux
villes, il est revenu à Montréal.
Là, sur l'invitation
de M. Daoust, président de l'Institut des hautes études commerciales,
dans le palais de cette création véritablement admirable, élevé à Montréal
par le commerce canadien, nous avons été accueillis avec la plus touchante
sollicitude. Nos produits ont été placés dans un immense hall où ils ont
donné lieu à une exposition fixe, complétant l'exposition circulante.
Cette démonstration en faveur des produits français a attiré une foule
considérable ; on estime à plus de 350 000 le nombre de personnes qui
ont visité le train.
Aujourd'hui,
en donnant au Canada la formelle assurance que nous voudrons, par réciprocité,
permettre ainsi de faire connaître à notre tour en France les produits
canadiens dont beaucoup complètent les nôtres, nous allons au-devant des
vœux de ceux qui veulent avec ce grand pays non pas seulement une alliance
de cœur, mais aussi une alliance d'intérêts. Les accords commerciaux,
soumis à l'approbation du Parlement, en sont la preuve matérielle. Pouvons-nous
oublier qu'il y a là-bas, comme vous le savez, de nombreux descendants
de nos vieilles provinces françaises et que partout, au Canada, le symbole
de la France est acclamé.
Nous avons
vu les fils du Canada venir confondre leur sang avec celui de nos enfants
sur les champs de bataille de la dernière guerre. Ils sont accourus à
notre aide contre l'envahisseur et se sont fait tuer avec la plus grande
bravoure au champ d'honneur, et je salue en passant le fils de l'honorable
M. Lemieux, président de la Chambre des communes du Canada, tombé à vingt
et un ans sur la côte de Vimy ; nous avons vu particulièrement l'héroïque
conduite du 22e bataillon canadien, ayant à sa tête le général
Tremblay, s'illustrer dans l'Artois et tant d'autres ! L'occasion nous
est offerte aujourd'hui de montrer que nous conservons plus que jamais
le souvenir de ce glorieux passé et que nous sommes heureux d'apporter
à notre tour, une fois de plus à cette occasion, l'expression des sentiments
généreux et toujours vivants qui animent la France à l'égard de ce grand
pays et de rendre ainsi plus étroits les liens qui nous unissent à lui."
SENAT, séance du 29 mars 1923 M. Gaston Menier.

Oeuvre originale offerte
à Mr Gaston Menier par le COMITÉ FRANÇAIS
DES EXPOSITIONS
et le COMITÉ D'ORGANISATION DU TRAIN FRANCO-CANADIEN.
En 1923 une reproduction en taille réduite fut réalisée.

Le
24 janvier 1932 Cados et Robida ont atterri au Bourget après avoir accompli
un vol de 11,000 kilomètres en trois jours, cinq heures 40 minutes, battant
ainsi de trente heures vingt minutes le reccord de Cosles, revenu d'Hanoi
à Paris en quatres jours et douze heures. Les aviateurs français ont été
reçus à l'Aéro Club de France, par M. Soreau, vice-président, qui prononça
une courte allocution au nom de l'Aéro-Club. Mr Chaumié, directeur de
l'aéronautique marchande, représentant le ministre de l'Air, félicita
les deux aviateurs au nom du gouvernement et traça en un rapide exposé
les progrès accomplis par l'aviation française. Des coupes de champagne
furent vidées après que Mr Bréguet et Mr Lacoste, constructeurs de l'avion
et du moteur, eurent à leur tour félicité Mr Codos et Mr Robida.
(1) Mr Chaumié, représentant le ministre de l'Air, (2)
Mr Codos, (3) Mr Soreau, (4) Mr Robida, (5) le maréchal
Franchet d'Espèrey, (6) le colonel Renard, (7) Mr Bréguet
et (8) Mr Gaston Menier, (9) Mr Jean-Jules Lacoste.
Dans les années 1920, la mode de la garçonne incarne l’émancipation féminine : cheveux courts, vêtements droits, allure sportive et moderne. Cette figure devient un symbole culturel qui influence profondément les arts graphiques et la publicité, cherchant à séduire une femme plus autonome, citadine et consommatrice.
C’est dans ce contexte qu’EDIA (Établissements Lévy et Neurdein réunis) réalise en 1930 une réactualisation de la fillette de Bouisset pour le chocolat Menier, au moment du lancement d’un nouveau produit en pleine vogue Art Déco. Le cahier des charges imposé au graphiste O. GUS exige une continuité avec le personnage d’origine, mais la stylisation de l’affiche révèle clairement l’influence artistique du moment :1- géométrisation des formes,2- aplats de couleurs vives pour les affiches,3- emploi mesuré de l’aérographe,4- lignes épurées typiques de l’Art Déco.
La fillette modernisée adopte les codes visuels de la garçonne : cheveux courts (coupe Chanel), jupe raccourcie, corsage simple, allure sportive, mouvement plus libre. Les accessoires traditionnels demeurent, assurant la continuité iconique voulue par la marque. Ce nouvel avatar, entre tradition et modernité, sera utilisé pendant une dizaine d’années par Vic, Henchoz et Sendraf, illustrateurs chargés de produire par la suite des publicités figuratives pour la presse illustrée. Ainsi, cette céramique EDIA témoigne de la manière dont Menier intègre dans sa communication les codes esthétiques et culturels de l’époque, en particulier ceux issus de la mode de la garçonne et de l’Art Déco, pour renouveler son image tout en conservant son personnage emblématique.
En
1948, une nouvelle version néo-réaliste est donnée par William Péra de
la "petite fille Menier", création très américanisée, qui devient blonde
et semble esquisser un pas de bebop dans sa jupette à larges plis. Mais
sa durée de vie sera éphémère car, dès le milieu des années 50, la direction
prenait conscience du fait que ce personnage-type constituait en réalité
une entrave à la définition d'une image de marque renouvelée, tournée
vers les chocolats fins et non plus vers ce bon vieux chocolat dit de
santé qui avait conquis tous les foyers depuis la fin du siècle précédent.(voir
l'évolution graphique par l'intermédiaire des agendas)
TYRA SEILLIERE
Thyra Seillière, l'élégante brune à droite.
Madame
Hélène Thyra Seillière,
fille du baron Raymond Seillière et de la baronne d'Orzegowska. Première
rencontre avec Henri Menier vers 1897, elle est alors âgée de 17 ans.
A cette époque, Mathilde
Heintz est la compagne d'Henri Menier mais non son épouse. Elle
demeure à Paris, 8 rue Alfred-de-Vigny, où elle décédera le 24 février
1910. Thyra Seillière sera la femme d'Henri Menier en Juillet 1911 jusqu’à
la mort de ce dernier en 1913 .
Extrait du film "J'ai tué !" de Roger Lion 1924, Richard-Pierre Bodin
producteur et mari de Thyra Seillière dont la société de production
s'appelle "Thyra Film". Version reconstituée en 1990 par Renée Lichtig,
plus d'informations sur :
les films perdus
J'ai tué.. (critique "le Candide" 1925). Sessue Hayakawa, qui est venu se réfugier en France parce qu'il n'avait plus en Amérique son prodigieux succès d'autrefois, a tourné un film drainatique en collaboration avec Roger Lion. Cela n'alla pas sans mal,chacun donnant son avis. Le pauvre Roger Lion subit un bon nombre d'humiliations :l artiste japonais se lançait dans des colères terribles chaque fois que Fon osait discuter ses ordres. On espérait que le film aurait à la fois les qualités des films français et celle des films américains. Il n'en a que les défauts. Curieuse histoire vraiment que celle d'une femme du monde qui consent à se montrer publiquement en compagnie d'un aventurier qui fut son amant et d'une fille plus qu'équivoque! Non moins curieux ce Japonais qui débarque en France sans motif et en repart précisément au moment où celle qu'il aime a besoin de lui. Ce mélo ou plus exactement ce méli-mélo n'a pas trouvé un public très enthousiaste. Richard-Pierre Bodin, producer du film, n'avait pourtant pas lésiné pour sa confection.. Il payait un cachet de 1.000 fr. par jour à Mme Huguette Duflos et le double à Sessue Hayakawa. La France est décidément en progrès. Ses films commencent à devenir aussi chers et aussi mauvais qu'en Amérique.
Oui, j’ai aimé
En
1943, Thyra Seillière fait
ses débuts dans les lettres. Thyra Seillière, après avoir beaucoup vécu,
a atteint l'âge des souvenirs : elle les publie, avec une certaine franchise,
sous un titre qui a le mérite de bien dire ce qu'il veut dire : Oui, j'ai
aimé, affirme péremptoirement cette nouvelle mémorialiste. Cousine du
baron Seillière, de l'Académie des Sciences morales, elle est la nièce
de feu la princesse de Sagan, duchesse de Talleyrand, et elle eut pour
tuteurs Antony Ratier, qui fut garde des Sceaux, et le général Henrion
Berthier, qui fut maire de Neuilly. Beaucoup
d'hommes dans les souvenirs de Mme Thyra Seillière, tous sont morts, et
depuis longtemps. L'indiscrétion de l'auteur n'est plus de la médisance,
c'est tout au plus une petite violation de sépultures. Un retour de flamme.
Thyra Seillière, jeune fille du monde mais sans fortune, se préparait pour l'Opéra, quand le premier mari se présenta en 1911. Ce quinquagénaire se présentait bien ; il était l'un des hommes les plus riches du monde : Henri Menier fabriquait ce fameux chocolat, « le seul qui blanchisse en vieillissant ». Thyra Seillière joua, au naturel, la petite Chocolatière. Un rôle en or. Henri Menier possédait, en forêt de Villers-Cotterêts, un équipage réputé, deux yachts, l'Almée, de 250 tonneaux, la Bacchante, de 1 000 tonneaux, dont l'équipage comptait 60 matelots et qui reçut Guillaume II aux régates de Kiel, et des châteaux un peu partout. La vie de la jeune Mme Henri Menier se passait en chasses à courre, en croisières, en séjours enchantés dans les magnifiques résidences d'Henri Menier à Villers-Cotterêts, à Vauréal, et à Cannes, où l'industriel avait fait construire sur un rocher une villa à l'italienne, meublée de pièces de musée.
Un jour, pour sa fête, Henri Menier fit à sa jeune femme un cadeau peu banal : « J'ai acheté pour vous, lui dit-il, le château de Chenonceau ! » Et, comme Thyra se récriait, il ajouta : « En vous offrant Chenonceau, en donnant pour cadre à votre chère présence ces vieilles pierres royales magnifiées par tant de prestigieux souvenirs, j'ai voulu vous rendre l'hommage que les châtelains de la Renaissance offraient à la dame de leurs pensées. » Ce galant chocolatier traitait sa femme comme les rois leurs maîtresses. Il fit mieux, il lui offrit une île. Une île de 250 kilomètres de long, à l'embouchure du Saint-Laurent. Louis XIV l'avait offerte à Louis Jolliet, le fameux explorateur. Henri Menier l'offrit à sa femme. C'était une île déserte ; il en fit un royaume, avec des villages, une route, un chemin de fer, des abattoirs, des usines, un hôpital et une église pour laquelle il avait signé un concordat avec le pape. La châtelaine de Chenonceau devenait reine d'Anticosti. Après quoi Henri Menier mourut en 1913. Ce fut son troisième cadeau. Fichu cadeau. Le beau rêve se termina dans un cauchemar de procès en succession qui firent grand bruit dans le monde judiciaire et ne laissèrent à Thyra Menier qu'une faible partie de la fabuleuse fortune dont elle avait eu la jouissance. Dans les années qui suivirent.
Thyra Seillière fut la muse d'un grand poète dont elle laisse deviner le nom et qui mourut prématurément pour avoir abusé des paradis artificiels ; puis elle devint l'Égérie d'un grand homme d'État, Aristide Briand. Après ces tendres et idéales excursions dans la poésie et la politique, Thyra Seillière revint à ses premières amours. Elle se remaria, dans l'alimentation. En 1917, elle épousait un des hommes les plus riches de Russie, le Biélorusse Pierre de Elisseieff. La révolution d'Octobre éclatait, Pierre de Elisseieff, bien que sa tête y fût mise à prix, partit pour Saint-Pétersbourg pour récupérer ses biens confisqués par les communistes. Mais à son retour, il mourut à Helsinki dans des conditions qui n'ont jamais pu être élucidées. Veuve pour la deuxième fois, Thyra Seillière, en 1924, se mariait de nouveau. Cette fois avec un jeune journaliste d'une beauté insolente, Richard-Pierre Bodin. Leur union fut plus brève encore. Un matin, on trouva Richard-Pierre Bodin sans vie dans un meublé sordide du faubourg Saint-Martin. Avec une vie si mouvementée, Mme Thyra Seillière aurait pu écrire un conte de fées, deux ou trois romans, mais avec cet ouvrage Thyra Seillière s'est contentée de faire une fin. En 250 pages, elle dresse quelque chose comme un bilan, avant liquidation. (Critique inconnu)
EX-LIBRIS
Vu
son expérience dans la papeterie et la gravure ainsi que de ses liens
avec les hommes de lettres, la Maison Maquet fournit à sa clientèle des
ex-libris personnalisés, répondant ainsi aux attentes des bibliophiles
passionnés. Ex-libris monogrammé THM et affichant la devise suivante :
Faire mon devoir. Le livre présenté sous le lien est dédicacé par Henry
Bataille, à l'intention d'Henri Menier : " A Mr Henri Menier, sympathique
hommage, pour remplacer la carte postale ; Vivières 1912. " Le célèbre
dramaturge possédait un château acquit en 1910 proche de Villers Cotterêts,
terrain de chasse de la fratrie Menier, qui ne pouvait ignorer une telle
promiscuité; Henry Bataille était donc un " voisin de forêt ".
Au-delà d'une possible relation de classe, l'influence du poète et penseur,
sur la réflexion de Thyra Seillière, est bien réelle, un commerce spirituel
s'institua entre Henry Bataille et Thyra Seillière. Cette fusion spirituelle
apparait dans son ouvrage : L'intelligence du cœur, " Je me suis inspirée
de ces lignes écrites par Henry Bataille, en 1917, durant les jours les
plus sombres de l'autre guerre. " // " Henry Bataille avait raison. Une
simple vérité suffit parfois à changer une existence. " Connais-toi toi-même
", disait le sage antique. Se connaître soi-même, c'est se connaître dans
le passé, le présent et l'avenir. " La vierge folle (pièce en 4 actes,
représentée pour la première fois au le Théâtre du Gymnase le 25 février
1910) est donc un ouvrage issu de la bibliothèque personnelle de Thyra
Seillière : édition originale, reliure en demi basane marbrée caramel,
dos à cinq nerfs, orné de doubles caissons dorés et décorés de motifs
floraux dorés.

Les régates de la Société
Nautique de Lagny le 26 Mai 1935.
Dès
la création de cette Société en 1905, la présidence d'honneur est confiée
à Gaston Menier, Jacques Menier en sera le Président d'honneur puis vice-Président
quelques années plus tard. Dès 1910 Gaston Menier signalait l'importance
progressive prise par la société nautique de Lagny et l'affluence des
touristes qu'elle provoquait dans la région de par l'organisation de croisières
sur la Marne et de manifestations nautiques, Il insista donc pour que
le Conseil général lui donne une marque de sympathie en lui allouant 100
Fr. En cet après-midi du 26 mai, Les régates annuelles de la Société nautique
de Lagny ont eu lieu dans le bassin de Dampmard. C'est au cours de cette
manifestation nautique qu'à été disputé le challenge Jacques Menier. Ce
challenge est attribué pour un an à la Société participant aux quatre
épreuves de skiff et qui totalisera le plus de points. Challenge qui sera
définitivement acquis par la Société qui l'aura remporté trois fois consécutivement
ou cinq fois non consécutivement. Ce critérium de vitesse comporte quatre
épreuves de skiff dont voici les détails et vainqueurs.
1-Skiff
pour sculleur n'ayant Jamais disputé une épreuve en skiff), distance 600
mètres : Union sportive du Métro, Vinson.
2-Skiff Junior, distance 1.200 m : Union sportive du Métro, Vinson.
3-Skiff députant 600 mètres : Union sportive du Métro, Vinson.
4-Skiff (senior) 600 mètres : Société nautique de Lagny, Saurin.
A
l'exposition coloniale de 1931 Gaston Menier assurait un service de voitures
attelées par des ânes pour le transport des visiteurs dans l'enceinte
de l'Exposition, cette disposition aurait grandement pu satisfaire la
jeune population organisée en caravanes d'enfants par la ville de Paris.
Mais Paris déclina l'offre généreuse de Gaston Menier ; ce qui n'empêcha
pas ce dernier de régaler les jeunes seine-et-marnais, accompagnés
de leurs instituteurs, avec des gouters composés d'une ou deux tasses
de chocolat, de brioches chaudes et d'eau minérale. Le soir venu, ces
jeunes visiteurs embarquaient à 19 heures à la gare de Reuilly, dans des
trains spéciaux affrétés par la Compagnie des Chemins de fer de l'Est
pour rejoindre leur foyer.
Le
pavillon Menier, situé sur la rive sud du lac Daumesnil, était
confortable et très élégant ; le public bourgeois parisien, assez distingué,
y trouvait, tables et chaises, service de qualité pour y consommer, pour
1 franc, un chocolat chaud de marque Jolta, nouvelle venue dans le catalogue
prix courants de la maison Menier. Les collaborateurs gardaient de cet
évènement, et en remerciement des services rendus, un joli médaillon émaillé.
Plus de deux millions de personnes vinrent déguster les produits Menier.
Inspirée par ce succès, la Maison Menier ouvrira quelque temps après,
avenue des Champs-Elysées, un Salon de Dégustation. C'est là que les amateurs
de chocolats pourront consommer, non seulement le chocolat à la tasse,
mais encore les nombreuses variétés de chocolats à croquer, les Confiseries
au Chocolat et notamment, la collection de boîtes et de coffrets destinés
aux cadeaux de fin d'année.

Musette publicitaire
ancien en toile de la marque Menier, probablement daté du début du XX
siècle (1900–1930).
Il servait soit au transport, soit comme support promotionnel. Sa forme
avec bandoulière et boutons rappelle une musette de ravitaillement du
Tour de France, mais il s’agit plutôt d’une version publicitaire inspirée,
et non d’un accessoire officiel de course.
Aux
contrôles de ravitaillement, la musette de satinette jaune Chocolat Menier
est aussitôt vidée de son contenu par le coureur qui place les bidons
sur le guidon, les aliments dans les poches de son maillot, et la petite
musette vide est alors abandonnée, car les coureurs n'aiment pas être
gênés dans les entournures. Elle est généralement ramassée par un admirateur
et devient alors un trophée célèbre que l'on se montre au village. Identifiée
par le numéro de dossard 17, cette musette devait probablement appartenir
à Stan Ockers, 2e du Tour de France en 1950. Mais d'autres courses bénéficiaient
des largesses de l'entreprise Menier, telle la course Paris-Nangis, ouverte
aux amateurs, et offrant une prime de 300 frs ainsi que des musettes au
départ de la course. Sans oublier une distribution de bonnets et de chocolats
à l'arrivée.
Le 25 septembre 1929, Henri Desgrange décrit dans L'Auto les grandes lignes de la vingt-quatrième édition du Tour de France. Celle-ci sera révolutionnaire. L'épreuve se disputera selon la formule des équipes nationales. Cinq formations de huit coureurs, sélectionnés par l'organisation, représenteront leur pays (France, Belgique, Italie, Espagne, Allemagne), le reste du peloton étant composé de touristes-routiers. Les vélos des coureurs des équipes nationales seront tous identiques, fournis par L'Auto et de couleur jaune. Néanmoins, Henri Desgrange, qui a jusque-là toujours soutenu l'idée d'une course « strictement individuelle », inscrit dans le règlement une disposition ambiguë : « La course restera individuelle, mais l'esprit d'équipe sera toléré. »
Avec ce système, Henri Desgrange pouvait craindre la réaction des marques de cycles, contraintes de s'effacer. En fait, ces dernières, touchées par la crise économique qui sévit en Europe, se réjouissent plutôt de voir l'organisateur du Tour prendre à sa charge tous les frais (vélos, hébergement, etc.). Pour financer l'épreuve, plusieurs mesures sont adoptées. La principale est la création de la caravane publicitaire, appelée à devenir un élément essentiel de la Grande Boucle au fil des ans ; le chocolat Menier, dont le chef de la publicité Paul Thévenin organise la distribution de bonnets et de tablettes avant le passage des coureurs, fournira la majorité des subsides. Par ailleurs, pour accueillir une étape, les villes devront désormais acquitter une redevance.
Trois mois avant le début du Tour, le service qui s'occupe de cette organisation commence son travail. Il lui faut d'abord répartir dans chacune des localités choisies comme lieu de contrôle, et il y en a 16 : 4 000 bananes pour les cyclistes, 1 100 musettes, 200 kilos de chocolat, 300 kilos de sucre, 100 kilos de pruneaux, 300 feuilles de papier sulfurisé, pas destiné à être mangé, mais simplement à envelopper les sandwiches. Ceci pour la nourriture non périssable. La nourriture périssable est achetée sur place. Elle est composée de viande, de fruits, et, à propos de fruits, 6 000 bananes sont consommées par les coureurs durant le Tour de France. Les six ravitailleurs voyagent par chemin de fer. Chaque musette remise aux coureurs contient : une tranche, soit de poulet, soit de veau, soit de jambon, un sandwich-confiture, des pruneaux, des bananes, un gâteau de riz, du sucre, une tablette de chocolat au lait. De plus, il est remis à chaque contrôle du thé, du café ou du chocolat. En outre, à chaque fin d'étape, il est fourni aux « touristes routiers » seulement un complément de ravitaillement : sandwich-confiture, tablettes de chocolat au lait. Ce ravitaillement coûte de 60 000 à 80 000 francs par épreuve.
Le Chocolat Menier, cette grande marque française à la tête de laquelle se trouve M. le sénateur Gaston Menier, est une des plus fidèles amies du Tour de France. Depuis que nous avons adopté la formule d'équipe nationale, c'est-à-dire depuis 1900, le Chocolat Menier n'a jamais manqué de ravitailler nos coureurs avec son chocolat universellement connu et apprécié ; il ne se contente pas de distribuer à profusion ses exquis chocolats, il donne des bidons et musettes aux 80 sélectionnés garnies de ce bon chocolat qui, sous une forme réduite, contient une réserve de force telle qu'en croquer une simple tablette calme les crampes d'estomac les plus récalcitrantes. Mais M. Gaston Menier, que secondent si admirablement son fils M. Jacques Menier et son petit-fils M. Antoine Menier dans les somptueuses usines de Noisiel, ne veulent pas limiter leurs générosités aux dons en nature ; ils tiennent à ce que de bonnes espèces viennent en plus faire sentir à nos champions toute la sympathie qu'ils ont pour eux.
Oui, le Chocolat Menier aime les p'tits gars du Tour, comme dit la chanson officielle de notre épreuve, il aime surtout les grimpeurs, monteurs de cols, et c'est à ceux-là que vont les 35 000 francs qu'il attribue chaque année à notre grande épreuve. (L'Auto-vélo, 27e Tour de France, 1933)

Boite métallique pour
vivres de réserve Chocolat Menier 1916, 1918
Ces
boîtes correspondaient à la ration réglementaire en temps de guerre. Elles
répondaient à la nécessité de doter les hommes de vivres de réserve individuels.
Chaque homme possédait dans son havresac des vivres de réserve pour une
durée de 2 jours, constitués de : pain, sucre, café, potage, viande et
250 g de chocolat ; le paquetage était complété de : gamelle, bidon, tente
avec accessoires, capote ou veste, caleçon, chemise, guêtres de toile,
bonnet, mouchoir, livret, brosses à chaussures, à habit et à fusil ; boîte
à graisse, souliers, sous-pieds, savon.
Il était absolument interdit aux hommes d'entamer les vivres de réserve d'eux-mêmes. Ils n'étaient consommés que sur l'ordre du chef de corps ou du détachement lorsque tout autre mode d'alimentation était impossible. Ils étaient alors remplacés dans le plus bref délai. La quantité et la nature des vivres de réserve étaient modifiées au moment d'une attaque, quand on pouvait prévoir que les trains ne suivraient qu'avec d'assez longs retards. Sur un front stabilisé, des dépôts de vivres étaient organisés aux divers échelons, en prévision de bombardements intenses ou d'encerclement. Le chocolat Menier faisait alors partie des interminables convois de ravitaillement que constituaient toutes les marques commerciales parisiennes.
Les
troupes s'installent dans les tranchées, au fond de leurs abris. Un tir
de barrage coupe toute communication entre les lignes. Les boyaux sont
détruits, les tunnels sont obstrués, les ouvrages sont isolés complètement
et n'ont plus, avec les autres fronts, que la liaison incertaine et fragile
du téléphone. Il faut s'alimenter cependant, soit que l'on marche, soit
que l'on s'immobilise. C'est alors que les hommes ont recours aux vivres
de réserve : pain de guerre (galettes de biscuit), conserves de viande,
potage salé, chocolat, sucre, café en tablettes. Il doit y avoir, en principe,
deux jours de vivres dans le sac, et un jour dans la voiture de compagnie,
si les troupes se déplacent, ou dans les dépôts de réserve de chaque compagnie
(dans les abris mêmes du secteur) si les troupes restent dans leurs lignes.
Ajoutons que l'entretien de ces vivres, dans certains centres très humides
et infestés par les rats, qui pénètrent jusque dans les sacs des hommes,
est particulièrement difficile, car le métal même des boîtes étanches,
où l'on enferme pain, potage, sucre ou chocolat, finit, à la longue, par
devenir poreux. Les officiers d'approvisionnement des corps doivent minutieusement
veiller au remplacement des vivres avariés, ainsi qu'au bon entretien
des points d'eau. Les Allemands joignent à leurs vivres de secteurs des
caisses de bouteilles d'eau minérale dont la conservation est aisée et
qui se manipulent et se déplacent aussi facilement que des boîtes de conserve.
L'exemple pourrait être suivi. D'autre part, il ne serait pas très coûteux
de défendre les vivres du sac contre les rats au moyen d'une légère enveloppe
métallique. (La
Guerre mondiale : 1917)
Quant au régime de la correspondance des prisonniers français, une seule lettre par mois, et une toute petite carte par semaine. Bien entendu, lettres et cartes lues par l'autorité allemande, qui supprimait le droit d'écrire aussitôt qu'une phrase lui déplaisait. Pour dire la vérité, il fallait recourir aux subterfuges les plus ingénieux. L'un écrivait, par exemple : « J'ai de mauvaises nouvelles à t'apprendre. Le capitaine Gaston Menier est mort, le commandant Painlevé est grièvement blessé, et le colonel Parmentier est moribond. » Cela voulait dire qu'il n'avait plus de chocolat (Menier) à manger ; que le pain et les pommes de terre commençaient à manquer.
En dehors des opérations militaires, de nombreux régiments possédaient des salles de lecture et de jeux. En arrivant à la caserne, les soldats y trouvaient un peu de ce qu'ils laissaient au pays, une sorte de foyer familial, un « Cercle pour le soldat ». Et moyennant un prix minime, la coopérative distribuait du chocolat Menier, du lait, de la bière, du vin chaud, des boissons rafraîchissantes, du pain, de la charcuterie.

Cadre publicitaire
chocolat Gaston Menier
Création
de la société en nom collectif des chocolats Gaston "Menier" le 13 août
1908 entre Gaston Menier et Alfred Labouesse. Ce Gaston Menier était étranger
à l'industrie du chocolat, il résidait à Courpalay, loin du siège social
parisien, où il exerçait sa profession de charpentier. Au terme du contrat
liant les deux hommes, seul Labouesse assurait le fonctionnement de l'entreprise
; erreur fatale ! Car Labouesse avait commis l'ultime maladresse de laisser
son coassocié continuer à travailler son bois, avouant ainsi le rôle de
prête-nom auquel il se trouvait confiné. Gaston Menier, de Noisiel, entreprit
les démarches nécessaires pour réduire à néant la tentative d'usurpation
de son concurrent. La cour d'appel du 10 Juin 1910 ordonna donc la radiation
de la société "Gaston Menier et Cie", la confiscation du matériel,
et le versement d'une amende aux propriétaires de Noisiel.
En
1935, la MG N°4 de 750 cm3 monoplace type "R", à compresseur, quatre roues
indépendantes et suspension par barres de torsion, était révolutionnaire
pour l'époque, cette voiture détiendra le nouveau record à Montlhéry parcourant
les 2. 947 km à la moyenne de 133 km/h. A noter que seules 10 voitures
de ce modèle furent construites par la société M.G. qui les réservait
à ses représentants officiels. Dès son apparition, cette voiture surclassait
ses concurrents, notamment au Bol d'Or Automobile de 1935 en forêt de
Saint-Germain-en-Laye.
L'écurie Jacques Menier, avec la la MG N°4, pilotée par Maillard-Brune, battit le record général de l'épreuve que détenait Cirean-Cabantous depuis 1930 avec 1.864 km. L'issue de la course est restée très improbable jusqu' à la dernière heure. Debille resta en tête de la 10e à la 20e heure, tandis que Foultier lui succédait. Maillard-Brune, handicapé au début par une mauvaise arrivée d'essence et le givrage de son carburateur, perdit 2 heures ; cependant, il remonta progressivement à vive allure et ce n'est qu'à neuf minutes avant la fin qu'il prit la tête pour terminer 1er en couvrant 108 kilomètres dans la dernière heure. Voiture décidemment la plus rapide, elle termina l'épreuve en parcourant 1.963 km.
De 1934
à 1936, l'écurie Jacques Menier disposait de 5 MG.
(1) La J2 de Philippe Maillard-Brune qui
avait déjà disputé le bol d'or de 1933 et pilote officiel de l'écurie
; Charles Druck apporta son concours en solo et en co-pilote pour les
records d'endurance.
(2) La J4 de Philippe Maillard-Brune, châssis
J4008, 1er au bol d'or et abandon aux 24 heures du Mans de 1934 avec Druck.
(Voiture restaurée en Allemagne).
(3) La K3 de Philippe Maillard-Brune, châssis
K3029, 1er au bol d'or, aux 24 heures du Mans de 1935 avec Druck, 1er
au bol d'or de 1936. (Voiture démontée en Angleterre).
(4) La R monoplace de Philippe Maillard-Brune,
1er à la Coupe des petites cylindrées, 1er à la Coupe d'argent 1936 ;
voiture équipée du moteur Salmson, 8 cylindres par Eugène Martin. Châssis
et moteur réunis en Allemagne. (Voiture démontée).
(5) La J2+PA
avec respectivement un châssis 3176 et 1355 (d'origine).

Broche comémorative
(collection Saga Menier)
À l'exposition universelle de 1900, une reconstitution d'un vaisseau de
guerre de la marine de Louis XIV a été présentée aux visiteurs. Ce vaisseau
se trouve dans l'ancienne galerie des machines, près de la porte de l'avenue
de la Bourdonnais. Il est armé et équipé avec sa voilure et ses cordages.
Le vaisseau est incomplet. La maison Menier, dont il constitue l'exposition,
n'ayant pu obtenir l'emplacement suffisant pour édifier complètement ce
navire, a dû se borner à en reconstituer les parties principales : l'avant
avec son mât de beaupré et sa proue ornementée, l'arrière qui se distingue
par ses dimensions gigantesques et sa décoration artistique. Dans la batterie
haute du navire se trouvent des fontaines
automatiques à chocolat Menier distribuant du chocolat chaud ou
froid, gratuitement, pendant toute la durée de l'exposition. Dans la soute
du navire, on assiste aux opérations de préparation des pâtes du chocolat
; quatre dioramas permettent de visualiser la division du travail de l'industrie
chocolatière de Noisiel jusqu'à l'empaquetage. Par convention et à cause
de l'effet décoratif qui était recherché, l'arrière a été rapproché et
placé sur l'avant ; sauf cette modification, chacune des parties du navire
est exacte en elle-même. Cet arrière caractérise les vaisseaux de cette
époque. On se préoccupait bien moins alors de la stabilité des navires
que de leur aspect décoratif. Ce vaisseau porte le nom de Triomphant.
Il a été reconstitué avec tous ses détails authentiques à l'aide de modèles
et de gravures découverts, après de patientes recherches, dans les archives
des arsenaux et chez des collectionneurs. Une inscription placée sur le
navire indique le motif de cette reconstitution : Le vaisseau du
Roy, le Triomphant, battant pavillon de l'amiral d'Estrées, vainqueur
de Tabago, revient à Brest avec l'Escadre le 10 octobre 1679 après avoir
établi le commerce français aux Antilles. Il apporte au roi Louis XIV,
parmi de nombreux présents, le chocolat préparé avec le cacao provenant
des premières plantations de la Martinique. C'est pour la maison
Menier un événement historique qui sera souligné par la réalisation d'une
broche commémorative à l'intention des personnels des Usines Menier.

Dès le début des hostilités de la Première Guerre mondiale, la crise monétaire
commence à sévir. Très vite, on constate la disparition des pièces de
monnaie par suite de la thésaurisation des espèces monnayées en or et
en argent, de la collecte officielle de l'or et de la réquisition des
pièces de métal stratégique comme le nickel. Cette raréfaction perturbe
la vie familiale, collective, industrielle et commerciale des provinces,
touchant toutes les classes de la population. Pour combler ce manque,
des espèces de monnaies de nécessité voient le jour, tels les « tickets-monnaie
», les « timbres-monnaie » et les pièces aux formes et de matières les
plus diverses, émises tant par des particuliers (commerçants ou sociétés)
que par les Chambres de Commerce et les Municipalités ; la famille Menier
ne restera pas inactive et frappera sa propre monnaie. Cette dernière
est fabriquée avec une matière sans valeur, le zinc, évidée pour économiser
du métal, dont la valeur provisoire sera bien supérieure à leur valeur
réelle.
Les Menier de Noisiel ont créé au cœur de la cité trois grands réfectoires
: un pour les hommes, un autre pour les femmes, le troisième mixte, pour
les ménages ; espaces qui accueillaient également les ouvriers qui habitaient
les environs de Champs-sur-Marne, Lognes, Gournay, Torcy. On pouvait y
apporter le matin sa nourriture, qui était tenue au chaud jusqu'à l'heure
des repas. Les prix étaient très abordables : en 1914, les rations de
viande étaient à 20 centimes, les légumes et les desserts à 10
centimes, le pain coûtait moins cher que chez le boulanger, le
vin se vendait 10 centimes la 1/2 bouteille, mais on ne distribuait d'alcool
sous aucune forme. Des jetons en maillechort étaient proposés aux ouvriers,
de 5, 10, 15, 25 centimes et défalqués du salaire. Muni de ces jetons,
l'ouvrier pouvait bien aller prendre son repas matin et soir aux réfectoires
de Noisiel, mais il ne pouvait pas payer dans les différents magasins
d'approvisionnement, ou payer son propriétaire. Un caducée stylisé atteste
d'une hygiène irréprochable et de produits de qualité proposés par les
services de l'entreprise Menier.
Une
nouvelle affaire de spéculation, le commerce des sucres traverse, depuis
une quinzaine de jours, une crise très grave, due à une nouvelle affaire
de spéculation. Des spéculateurs peu scrupuleux ont fait acheter par des
courtiers le stock
disponible
d'août et de septembre, soit environ 200.000 sacs, et comme la fabrication
du nouveau sucre commence à peine, ils se sont rendus maîtres du marché,
si bien que le cours du sucre disponible est monté samedi à 48 francs,
alors que le livrable de la nouvelle récolte reste coté à 30 francs 25.
M. Gaston Menier, sénateur, président de la 14 Chambre syndicale des Chocolatiers
et confiseurs, s'est rendu hier au ministère de la justice pour exposer
à M. Briand la situation intolérable du marché des sucres. Le garde des
sceaux a répondu à M. Menier qu'il allait saisir le procureur général
et réclamer l'ouverture d'une instruction. Il n'y a guère que le commerce
de détail qui soit à peu près épargné, car la hausse ne s'applique qu'au
sucre brut et cristallisé ; le raffiné n'a subi qu'une légère augmentation.
En résumé, la situation est des plus graves. La Chambre syndicale déplore
ces procédés qui jettent la perturbation dans les affaires, La plainte
déposée entre les mains du ministre de la justice par M. Gaston Menier,
a été transmise au procureur général. Le ministère du commerce avait été
avisé de cette spéculation et avait informé le ministère de la justice,
seul ayant qualité pour agir en la circonstance.
Trois générations de pinces publicitaires Menier : quand les détails de fabrication racontent l'histoire Les objets publicitaires anciens livrent souvent leurs secrets à travers les détails de leur fabrication. Formes, techniques de production, qualité des finitions ou encore style décoratif constituent autant d'indices permettant d'en préciser la période de réalisation. Les trois pinces publicitaires Chocolat Menier présentées ici illustrent parfaitement l'évolution de la production de la chocolaterie Menier, depuis les pièces luxueuses de la fin du XIX siècle jusqu'aux fabrications industrielles du début du XX siècle.
La pince rocaille : un objet de prestige,datation probable : 1885–1895. La première pince, située en haut de l'illustration, est sans conteste la plus remarquable. Son décor abondant, inspiré du style Napoléon III, se caractérise par des coquilles, des volutes et un relief profondément sculpté. La fabrication semble avoir été réalisée par moulage, avant d'être reprise à la lime puis finement ciselée, une technique exigeante réservée aux objets de belle qualité. L'inscription Chocolat, gravée en élégante écriture cursive, est également caractéristique de la fin du XIX siècle. Son épaisseur importante et la qualité générale de sa finition témoignent d'une fabrication soignée. Cette pince correspond vraisemblablement à la période où Menier faisait réaliser des objets publicitaires de prestige, destinés aux épiceries fines, aux cafés ou à une clientèle privilégiée. Il est même permis de penser qu'elle appartient à une première génération d'objets publicitaires Menier, antérieure à la standardisation des productions qui s'amorce autour de 1900. À ce titre, elle apparaît comme la plus ancienne, la plus prestigieuse et probablement la plus rare des trois modèles.
La pince à pelle : l'Art nouveau au service de la publicité, datation probable : 1898–1910. La deuxième pince marque une évolution sens:ble des techniques de fabrication. Son manche est estampé et décoré d'un guillochage mécanique, tandis que le décor floral, plus épuré, s'inscrit dans l'esthétique naissante de l'Art nouveau. La fabrication par emboutissage permet une production plus économique, adaptée à une diffusion plus large. Le marquage « CHOCOLAT MENIER », inscrit en capitales dans un cartouche, traduit également cette volonté de standardisation. Ce type d'objet apparaît au moment où Menier développe une production publicitaire en grande série, notamment à l'époque de l'Exposition universelle de 1900.
La pince emboutie : l'entrée dans l'ère industrielle, datation probable : 1908–1922 .La troisième pince illustre pleinement la rationalisation des fabrications du début du XX siècle. Réalisée entièrement par presse, elle présente un relief moins marqué, un lettrage standardisé et des lignes beaucoup plus sobres. Sa conception privilégie la rapidité de fabrication et la production en série, annonçant les méthodes industrielles qui se généralisent avant et après la Première Guerre mondiale. Elle s'inscrit ainsi dans une période de transition où l'objet publicitaire devient un véritable support de communication produit à grande échelle.
PORTE-ALLUMETTES
CHOCOLAT MENIER

Les pyrogènes publicitaires
Chocolat Menier
À la fin de l'année 1910, des appareils pyrogènes permettant d'obtenir
du feu sans le recours aux allumettes chimiques, communément appelés «
briquets », envahissent le marché français. Inventés en Allemagne, ces
allumeurs automatiques connaissent une diffusion fulgurante et séduisent
rapidement les marchés américain, britannique et russe. Cette innovation
inquiète cependant l'État français.
Par l'intermédiaire de la Régie, qui détient alors le monopole de la fabrication des allumettes, ces nouveaux appareils sont perçus comme une concurrence directe. Les chiffres semblent confirmer cette menace : les ventes d'allumettes, qui s'élevaient à 41 683 775 francs en 1910, tombent à 40 586 090 francs en 1911, soit une baisse de plus d'un million de francs. Sur proposition du député Louis Klotz, futur ministre des Finances, une taxe est instaurée sur les allumeurs automatiques. Son montant varie de 2 à 40 francs selon les dimensions et les matériaux du briquet. Cette mesure vise à protéger le monopole des allumettes et à freiner la diffusion des appareils pyrogènes.
En 1911, 386 889 briquets sont ainsi taxés, générant une recette fiscale de 825 809 francs. Malgré cette taxation, l'engouement du public pour le briquet ne se dément pas. Les produits de la Régie sont progressivement délaissés, tandis que l'impôt, acquitté une seule fois lors de l'achat, ne produit pas les effets dissuasifs espérés. L'administration tente alors de rendre les allumettes plus attractives. Les boîtes d'allumettes dites « bougies » sont bientôt ornées de gravures en taille-douce représentant les chefs-d'œuvre du musée du Louvre. Parallèlement, apparaissent de nouveaux accessoires destinés à valoriser l'usage des allumettes : porte-allumettes en tôle lithographiée à couvercle articulé, ou modèles nickelés munis d'un frottoir en lime.
Ces objets deviennent rapidement d'excellents supports publicitaires, adoptés notamment par la maison Menier pour les marchés français, britannique et américain. Les trois porte-allumettes présentés ici illustrent parfaitement cette évolution. Ils témoignent à la fois de l'histoire de la publicité par l'objet au tournant des XIX et XX siècles et de l'implantation internationale de la maison Menier. Les deux exemplaires de gauche sont de fabrication française et destinés au marché national. Ils reprennent l'une des images les plus célèbres de la marque : la petite fille Menier, représentée de dos, écrivant « Chocolat Menier » sur un mur. Créée en 1893 par le célèbre affichiste Firmin Bouisset, cette illustration est devenue l'un des symboles majeurs de la publicité française et a largement contribué à la notoriété de la marque.
Réalisés en tôle lithographiée, ces porte-allumettes possèdent un couvercle articulé destiné à protéger les allumettes de l'humidité, tandis que leur décoration transforme un simple objet utilitaire en véritable support publicitaire. Le troisième exemplaire présente un intérêt particulier. Fabriqué en Grande-Bretagne pour le marché britannique, il témoigne de l'expansion internationale de la maison Menier. Il reprend la même iconographie que les modèles français, mais adaptée à la langue du pays : la fillette y inscrit « Menier's Chocolate » ou, selon les séries, « Chocolat Menier ». Sa forme, sa fabrication et sa finition diffèrent sensiblement des modèles français, révélant les caractéristiques propres à l'industrie britannique de l'époque.
Cette adaptation démontre que Menier ne se contentait pas d'exporter son chocolat : la société adaptait également sa communication publicitaire aux habitudes et aux attentes des marchés étrangers. Dès la fin du XIX siècle, elle disposait d'un vaste réseau commercial international et figurait parmi les entreprises pionnières du marketing moderne. Au sein de cet ensemble, le modèle anglais constitue un témoignage particulièrement rare de cette stratégie internationale et offre un précieux point de comparaison avec les productions françaises contemporaines.
M.
Louis GERARD et André TEISSIER, Directeurs des chocolats Lombart, ont
fait part aux Menier de l'intention qu'aurait manifesté M. Maillard
de New-York de vendre sa maison de commerce qu'il exploite à New-York.
Ceux-ci ont proposé à Henri et Gaston Menier de constituer une Société
pour l'acquisition et l'exploitation de la Maison MAILLARD. Maison New-Yorkaise
de confiserie qui s'attachait les services de Français d'élite, l'une
des plus considérable des Etats-Unis. Maillard avait su surpasser tous
ses concurrents puissants et nombreux.
.
Lettre
d'Henri Maillard, le 16 Novembre 1906 à MM. Tessier et Gérard
La demande verbale que vous m'avez adressée pendant mon séjour à Paris de vous faire savoir si je consentirai à vous donner une option pour l'achat de mon affaire commerciale, clientèle et raisons sociales aux États-Unis d'Amérique à un prix et à des conditions qui puissent aboutir à un plein accord, a été prise par moi en considération. Et en réponse, je vous dirai que bien que je sois encore fortement opposé à consentir une pareille option à quelqu'un, je veux bien, à cause de ma confiance personnelle en vous deux, vous accordez seulement à vous, cette option à des prix et conditions qui puissent être finalement agréés pour une période expirant le 1er février 1907, date à laquelle la vente doit être devenue effective et le contrat de vente et d'achat, ainsi que tous les autres documents nécessaires à la réalisation complète de cet achat, doivent être dûment passés à un prix comptant évalué à 400 000 $, non compris les loyers. Tous les contrats faits par moi pour l'achat de matières premières pour l'affaire et le bail prenant fin le 1er août 1908 : des magasins de la 5ème avenue, du loyer annuel de 40 000 $ payable par quarts ainsi que le loyer pour un an seulement de l'écurie située au 120 Ouest, 25ème rue, d'un loyer annuel de 1200 $, payable mensuellement, doivent être assumés par l'acheteur. (Extrait de la correspondance incluant convention et projet, Source: Saga Menier)
240
Bataillon-Pionier - 170 Division d'Infanterie, 9 ème Armée en 1940
De
1945 à 1954 le manoir de Bois Larris est inoccupé. En 1955
il est acheté par la" Fondation pour le traitement et la formation
des jeunes infirmes" avec le concours de capitaux brésiliens,
de l'appui financier du Ministère de la Santé et de la Caisse
Nationale de la Sécurité Sociale. En 1967 il devient école
de cadres pour la Croix Rouge. Par convention entre la Fondation et la
Croix Rouge, cette dernière est propriétaire du site au
1er janvier 1980.
Dans
la cité ouvrière de Noisiel, chacun des logements auxquels
on accède par un jardin où les enfants peuvent jouer sans
sortir dans la rue, comprends une grande pièce à deux fenêtres
servant de chambre ou de salon, une vaste cuisine avec fourneau monté
et un évier, un hangar clos pour faire la lessive, conserver le
bois et les diverses provisions, ainsi qu'une grande cave. Au premier
étage se trouvent une grande chambre à coucher, puis une
autre un peu plus petite pour les enfants et au-dessus, pour l'étendage
du linge et les débarras, un grand grenier auquel on accède
par une échelle.

Théâtre
Menier ou la publicité à l'école
Petit
théâtre aux décors interchangeables édité
par le service psycho pédagogique du chocolat Menier en 1963. Cette initiative
est destinée, non pas aux enfants dans leur environnement familial,
mais à l'institution scolaire afin d'apporter une réponse
ludique sans négliger le caractère commercial. Comme l'indique
la brochure Menier remise aux enseignants, "Les entreprises ont
pris conscience qu'il existe des générations à former
pour le plus grand bénéfice des entreprises. Que l'enfant
intéresse directement les grandes marques et que celles-ci débloquent
d'importants crédits à son éducation."

Chocolat Ménier,
le seul qui blanchisse en vieillissant
Un
chocolat de qualité se doit de posséder une couleur sans trace blanchâtre
lors de la casse. La rupture du chocolat doit également s'obtenir de manière
franche. Bien que le non respect de ces exigences n'entame en rien les
qualités organoleptiques de la matière première, une apparence granuleuse
et neigeuse laisse le consommateur suspicieux. Pour obtenir un résultat
satisfaisant, la maîtrise du refroidissement avant démoulage du
chocolat est primordiale.
Symbole
d’une idéologie bourgeoise bien établie, la cathédrale traduit la réussite
économique et sociale des Menier.
Ils fixent ainsi dans la pierre leur entrée triomphale dans l’histoire.
Forme insidieuse de couronnement pouvant être traduit par une apogée,
une fin en soi qui permet la lecture en creux d’un déclin annoncé. L’autre
enseignement est le style architectural de la Cathédrale ; il est en rupture
avec la vieille tradition aristocratique, élégante et sensuelle, mais
considérée en ce début de siècle comme « criminelle » . La
cathédrale édifiée en 1906 symbolise la pénétration
dans le monde ouvrier et dans la modernité émergente du XXème siècle.
L’utilisation de moyen moderne tel que le béton armé ainsi que l’absence
de décoration préfigure l’harmonisation de l’architecture avec les exigences
et besoins de la vie moderne et la reconnaissance d’un matérialisme naissant.
La cathédrale est le dernier bâtiment d’envergure érigé par les fils Menier
; elle rejette l’ensemble des systèmes architecturaux existant sur le
site et plus particulièrement l’emblématique moulin Saulnier édifié par
leur père Emile Justin à l’apogée de sa gloire en 1872.
Au
milieu de la forêt de Retz également dénommée
forêt de Villers-Cotterets, le Général Mangin, commandant
de la Xe armée, avait fait élever un observatoire. C'est
de là qu'il dirigea l'attaque du 18 juillet 1918 qui a provoqué
la débâcle allemande.
L'observatoire élevé en charpente était accolé
à deux grands arbres du massif. L'an dernier, il fut détruit
par une violente tempête en même temps que les arbres qui
le soutenaient. Pour perpétuer le souvenir de cet observatoire
dont le rôle a été si important pour la préparation
et la direction de cette attaque glorieuse, un comité s'est formé
sous la présidence de M. Gaston Menier, sénateur, dont on
sait les attaches dans la région, pour la pose d'un monument commémoratif.

La famille Menier:
(1) parents d'Odette Gazay, (2) Hubert, (3) Pauline), (4) Jean-Louis)
et les employés du rail de la fabrique de Noisiel.
Le
Rail
dans l'entreprise Menier date de 1881 pour se terminer en 1959.
En 1879, Émile Menier demanda à la Compagnie de l'Est un
raccordement entre son entreprise et le réseau. Après une
enquête menée dans les communes de Lognes, Emerainville,
Torcy et Noisiel, l'autorisation fut accordée quelques temps après
la mort du demandeur en 1881. Le point de départ du dispositif
fut la gare d'Emerainville-Pontault-Combault qui, dans un premier temps,
ne desservait qu'un entrepôt distant de 6 kms. Ensuite, le prolongement
se fit jusqu'à Noisiel avec une bifurcation vers la Ferme du Buisson.
Au total, il y avait 10 kms, dont 7 en lignes, 1.6 km à l'intérieur
de l'usine et quelques centaines de mètres reliant la Ferme modèle
du Buisson.( Voir le tracé).
La
ferme du Buisson Saint-Antoine culmine l'ensemble usinier ainsi que la
cité ouvrière à près de 90 mètres.
Les premières traces d'activités agricoles remontent à
1705 selon un Arrêt émis en juillet par le Parlement de Paris
mentionnant le nom de Gilles Bourgoin, laboureur et propriètaire
de moutons. Le domaine agricole devait couvrir une superficie de 6000
m², la ferme Est, est construite en 1789 et sera conservée
lors des grandes transformations.
Malgré
ses des talents de chasseur de cerveaux dont fera montre à plusieurs reprises
Emile-Justin Menier, cette collaboration qui comporte également un projet
de création d'une école de chimie pratique se solde par un échec. Cet
insuccès est un des éléments qui pèse dans la décision d'abandonner à
Dorvault les secteurs pharmaceutique et chimique. Une décision effective
en septembre 1867. Dorvault annonce cette acquisition "la Pharmacie Centrale
de France vient de faire l'acte le plus important depuis sa fondation".
L'extension des activités permet à la Pharmacie Centrale de France d'ouvrir
des succursales dans les grandes villes de France.

Firmin Bouisset réserviste.
Debout, 3ième en partant de la gauche
Firmin
BOUISSET est né à
Moissac le 02 Septembre 1859. Son père était un simple meunier
des bords du Tarn.
Une batisse du XVIIIème siècle vibrant du fracas des meules,
le majestueux confluent où Tarn et Garonne mêlent leurs eaux
en une drapée de florissants vergers, le bruissement des peupliers
que balaye le vent d'ouest, les douces collines où dore le chasselas,
tel est l'univers où grandit l'artiste; son frère cadet,
Félix, bercé par cette même nature évocatrice
deviendra également dessinateur et lithographe. Moment de contact
privilégié avec la nature, ce temps de l'enfance est aussi
celui des veillées au coin du feu, al cantou, la part de merveilleux
des légendes contées par sa Grand-mère. Firmin Bouisset
aura 5 enfants: Yvonne,Jacques,Pierre,Raymonde et Lucienne. Pierre
Bouisset, le cadet de la famille était sculpteur, intégré
au 10e bataillon de chasseurs à pied, il fut tué le 1er Mars 2015 en montant
à l'assaut des tranchées allemandes.
Le
Banquet
a été suivi d'un défilé de tous les invités,
des maires, des instituteurs, des notables de toutes les communes. 4 000
personnes passent devant les mariés pour les félicitations
d'usage. Après une projection cinématographique, vers 6
heures les invités reprennent la route d'Emerainville. Mais vers
21 heures, la salle du premier étage est de nouveau remplie et
l'on danse jusqu'au petit matin.
Julien-Marie Chauvelon est né le 11 février 1875 à Rezé, en Loire-Atlantique.
Cette région située sous Nantes, sur la rive gauche de la Loire, a toujours
été une pépinière de marins et de capitaines de commerce. Fils de marin,
Julien Chauvelon avait à son actif 28 mois de navigation, à 20 ans, lorsqu'il
partit faire son service militaire sous les drapeaux ; il en passa 10
en mer. Sous les ordres du capitaine Chauvelon, le Belem effectua 24
campagnes transatlantiques. Les 3 premières, la neuvième, la dixième
et la onzième ne sont émaillées d'aucun événement spécial. Nantes-Pointe-à-Pitre
et retour à Nantes en 146 jours, Saint-Nazaire-Belem et retour en 87 jours,
Nantes-Cap-Haïtien et retour en 116 jours. Le chargement est toujours
le même : sucres à la Guadeloupe et à Haïti, cacao au Brésil. Douzième
campagne du Belem en 1902, parti du Havre le 19 mars avec un chargement,
le navire arrivait dans les premiers jours de mai devant Saint-Pierre
à la Martinique, où il avait l'habitude de débarquer. Seulement, la place
était prise par un des amis du capitaine Chauvelon, le capitaine Mahée.
Les représentants de l'armateur jugèrent bon de détourner le Belem sur
le havre du Robert, de l'autre côté de l'île, à 30 kilomètres de la montagne
Pelée. Le capitaine Chauvelon était furieux. Le dimanche 8 mai, sa colère
calmée, le capitaine se préparait à rejoindre Saint-Pierre à cheval. Le
temps était clair et la montagne était redevenue tranquille, alors que,
dans les premiers jours de mai, une pluie de cendres, des lueurs rougeâtres,
des grondements puissants et prolongés avaient montré que le volcan se
manifestait sérieusement. Le capitaine Chauvelon n'eut pas le temps de
quitter son navire. La montagne explosa littéralement. La ville de Saint-Pierre
fut rasée en 4 minutes par la puissance du souffle chargé de gaz incandescents
atteignant une température très élevée. Dans la rade, ce souffle déchaîné
souleva d'énormes lames partant de la côte et déferlant au large. Autour
du volcan, le nuage de mort progressant à la vitesse d'un cheval fou détruisit
toute forme de vie. Au Robert, l'inquiétude régnait à bord du Belem. Le
nuage incandescent noircissait et se trouvait entraîné vers l'Est. Il
s'approchait ainsi du navire. Au dernier moment, une saute de vent le
détourna. Le pont du Belem fut cependant couvert de scories, de cailloux
et de cendres. Le gréement et la mâture subirent quelques dégâts. La couche
épaisse de poussières volcaniques fut transformée, quelques heures plus
tard, par une pluie diluvienne, en une boue dure et consistante qui adhérait
partout. Il fallut nettoyer le navire et gratter la boue. Le 26 mai, une
nouvelle éruption eut lieu, mais de moindre importance. Enfin, après une
longue escale, le Belem charge son sucre et rentre à Nantes le 6 août
1902 après 115 jours de campagnes.
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La
meilleure disposition d'aménagement pour les études scolaires est sans
contredit dans l'emploi de la table isolée ; il serait à désirer que toutes
les écoles puissent offrir des emplacements qui permettent l'adaptation
de ce genre de tables. Un seul pied supporte la table et le siège, il
est muni d'un étrier pour le repos des pieds; le siège est galbé, le dossier
est cambré, sa place est plus spacieuse, le bien-être est complet; ampleur,
solidité, tout est réuni dans cette table. Le prix d'unité en hêtre ou
pitch-pin avec encrier ordinaire case libre est de 30 francs. En chêne
avec encrier spécial, pupitre ouvrant 35 francs. Cette table, connue sous
la dénomination de table « Menier », a été établie d'après les données
de M.Menier et de M.Logre, ingénieur ; elle est appliquée à l'aménagement
des écoles de l'usine de Noisiel.
(Mobiliers des Ecoles, systèmes LENOIR: Le Mobilier scolaire, série de prix, Exposition Paris 1878)
Le système
Lenoir (fin XIX siècle) est un ensemble de normes françaises définissant
l’organisation du mobilier et de l’espace dans les salles de classe. Élaboré
par Léon Lenoir, inspecteur de l’enseignement primaire, il vise à améliorer
l’hygiène, l’ergonomie et l’efficacité pédagogique.
LE HOME INSURANCE BUILDING

Médaille commémorative
en bronze produite par Franklin Mint,
The Skyscraper Forecasts the Changing City (Chicago 1884).
Entre
fierté nationale et controverse internationale, l'origine du gratte-ciel
fait toujours débat. Bien avant que les silhouettes acérées de Chicago
ou New York ne redessinent l'horizon mondial, la France expérimentait
déjà l'usage de l'ossature métallique. Le Moulin Saulnier (1872), pionnier
discret de cette révolution architecturale, recourait à des structures
de métal pour soutenir son édifice. Modeste par sa hauteur et destiné
à un usage industriel, il ne comptait que quatre à cinq étages : loin
encore du gratte-ciel moderne, mais suffisamment novateur pour ouvrir
une ère nouvelle dans la construction. L'autre grande étape de cette histoire
se joue outre-Atlantique. À Chicago, le Home Insurance Building, conçu
en 1884-1885 par l'architecte William Le Baron Jenney, est généralement
reconnu comme le premier véritable gratte-ciel. Avec ses dix à douze étages
entièrement portés par une ossature métallique, il franchit un seuil décisif
: celui de la verticalité moderne. Une prouesse alors impossible avec
les traditionnels murs porteurs en brique ou en pierre. Cette double naissance
nourrit aujourd'hui encore une subtile rivalité. La France revendique
l'antériorité du premier édifice à structure métallique porteuse, tandis
que les ingénieurs et architectes américains défendent la primauté du
grand saut vers la hauteur. Deux records, deux révolutions complémentaires
: l'un ouvre la voie technique, l'autre consacre l'ambition verticale.
Ensemble, ils posent les fondations du gratte-ciel contemporain.
Foulard en soie « Les
Décors Parisiens – Hôtel Menier »
Ce
foulard est un carré de soie, signé Louis Vuitton (environ 86 × 86 cm)
imprimé de motifs inspirés de l’architecture parisienne du XIXe siècle,
notamment le vestibule de l’Hôtel Menier, situé au Parc Monceau à Paris.
À la croisée de la mode et du patrimoine, ce carré de soie rend hommage
à l’un des hôtels particuliers les plus remarquables du Paris haussmannien
: l’hôtel Menier, situé aux abords du parc Monceau. À travers cette composition,
ce foulard transpose sur soie l’architecture fastueuse de cette demeure
emblématique de la grande bourgeoisie industrielle du XIXe siècle. Construit
entre 1869 et 1870 pour Émile-Justin Menier, l’hôtel particulier est l’œuvre
de l’architecte Henri Parent. Son style, typique du Second Empire, se
distingue par une façade richement ornée, une composition symétrique et
un décor sculpté d’une grande finesse. Ces éléments architecturaux, pensés
comme une démonstration de réussite sociale et de modernité, sont minutieusement
reproduits sur le carré de soie.

Coffret laqué façon
Japon de marque Menier
Dans
les années 1930, l’intérêt de la France pour le Japon s’inscrit dans la
continuité du japonisme du XIX siècle et se manifeste dans les arts décoratifs,
la mode et le design. Le Japon fascine par une esthétique perçue comme
raffinée et par sa capacité à concilier traditions anciennes et modernité
industrielle, offrant un modèle alternatif à un Occident fragilisé par
la Première Guerre mondiale et la crise de 1929. Cet engouement repose
toutefois sur une vision largement idéalisée et exotique, nourrie par
une quête de spiritualité et par l’admiration pour un État jugé discipliné
et puissant.
C’est dans ce contexte culturel que s’inscrit l’ouverture, en 1935, du
magasin et salon de confiserie Chocolat-Menier sur les Champs-Élysées.
Les coffrets proposés, parfois présentés comme laqués, reprennent des
codes esthétiques alors en vogue, inspirés des arts décoratifs et de motifs
asiatiques, relevant davantage d’une appropriation occidentale de l’imaginaire
japonais que d’une connaissance approfondie du pays.
Plus largement, cette approche s’inscrit dans l’orientalisme des années
1930, héritier du regard colonial européen, mêlant fascination et mise
à distance culturelle. Diffusé par les arts, la culture populaire et les
expositions coloniales, il propose une représentation souvent fantasmée
et stéréotypée de l’Orient, perçu comme figé, mystérieux et sensuel, et
opposé à un Occident présenté comme moderne et rationnel. Cet orientalisme
contribue ainsi à la construction de clichés durables, réduisant l’Orient
à un simple décor d’ailleurs plutôt qu’à une réalité historique et culturelle
complexe.
Ce coffret laqué représente une grue, symbole majeur au Japon, associée
à la longévité, à la paix et à la fidélité. Considérée comme un animal
noble et proche des dieux, elle relie la terre et le ciel. On la retrouve
sur de nombreux supports : kimonos, origamis, peinture.
VUES DE FRANCE
Au
début des années 1930, Chocolat Menier lance un album
d'images qui occupe une place particulière dans l'histoire de
sa communication publicitaire : Vues de France. Menier avait déjà utilisé
l'illustration pour communiquer auprès du public. En 1927, la maison avait
notamment publié deux recueils de contes illustrés en bandes dessinées.
Mais ces publications relevaient d'une autre formule : elles n'étaient
pas conçues comme des collecteurs de chromos à compléter. Avec Vues de
France, Menier inaugure une formule nouvelle : l'album à images à collectionner
et à coller. Vues de France est constitué de deux collecteurs. Le premier
reçoit les images 1 à 360, le second les images 361 à 720. Le dispositif
représente donc un ensemble de 720 images, réparties en deux albums de
360 emplacements. Le principe est simple : les images sont obtenues avec
les produits Menier, puis collées progressivement dans le collecteur prévu
à cet effet.

jumelles d’opéra Menier
Les
jumelles d’opéra étaient très populaires à partir du XIX siècle, surtout
en France et en Europe. Elles étaient souvent en métal, laiton ou argent,
et décorées avec du nacre pour les parties extérieures. La nacre était
un matériau précieux utilisé pour décorer des objets de luxe ou semi-luxe
: instruments optiques, boîtes à bijoux, stylos, etc. L’existence de jumelles
d’opéra gravées du nom “Menier”, connues à ce jour par un exemplaire unique,
invite à une lecture prudente mais éclairante. Leur facture relativement
sobre, seulement rehaussée d’un discret décor nacré, les distingue des
accessoires luxueux généralement destinés à un usage personnel, tout en
leur conférant une élégance compatible avec les lieux de spectacle. Faute
de sources factuelles permettant d’en établir avec certitude l’origine
ou la destination, ces jumelles peuvent néanmoins être envisagées comme
un objet à vocation publicitaire ou mondaine, possiblement lié aux pratiques
culturelles de la maison Menier autour de 1900. Cette hypothèse s’inscrit
dans une démarche cohérente au regard de la sensibilité lyrique et théâtrale
de la famille, ainsi que de sa propension à associer son nom aux manifestations
culturelles par le biais d’objets diffusables et symboliques.

Lloyd’s Register of
yachts 1931 Gaston Menier
La
plupart des nations disposent de leur propre registre de cote et de classification
des navires. En France, un arrêté du ministre de la Marine du 5 septembre
1908 a reconnu officiellement deux sociétés de classification : le Bureau
Veritas et le Lloyd’s Register of British and Foreign Shipping. Ces sociétés
possèdent, dans les principaux ports du monde, des experts qui, à la demande
des propriétaires et des armateurs, procèdent à des visites périodiques
des navires et leur attribuent une cote, consignée dans les registres
de la société. Les registres de classification contiennent ainsi des renseignements
relatifs à l’âge du navire, à son mode de construction, à son degré de
solidité et à son état actuel. Ils comprennent également les informations
les plus détaillées concernant les yachts classés par la société : noms,
dimensions et autres caractéristiques, tant pour les yachts anglais qu’étrangers
portés à sa connaissance. Un appendice, placé à la fin de l’ouvrage, renferme
la liste de la plupart des yacht-clubs du monde entier, accompagnée des
dessins de leurs pavillons et guidons distinctifs, un index des signaux,
la désignation des yachts dont les noms ont été modifiés, ainsi qu’une
table alphabétique, par noms, de tous les propriétaires de yachts, avec
leurs adresses. Les conditions régissant la classification des yachts
sont également exposées dans l’ouvrage.

Produite
vraisemblablement vers 1930, en pleine période Art déco, cette dinette
publicitaire Menier de marque, "Les Jeux et Jouets Français",constitue
un témoignage remarquable de l'histoire de l'enfance, de l'éducation et
de la socialisation des jeunes filles dans la France du début du XX? siècle.
À travers le jeu, les enfants reproduisaient les gestes, les comportements
et les usages observés dans le monde des adultes. Bien au-delà du simple
divertissement, la dinette participait à l'apprentissage des normes sociales
et des rôles traditionnellement attribués aux femmes.

Les lavandières de
Noisiel vers 1910
Les
Menier tendent à entretenir une certaine proximité physique et morale,
au moins symbolique, avec la population ouvrière. Ils n'habitent jamais
Noisiel. Comme le rapporte une personne âgée : "on les voyait peu à Noisiel,
sauf à la fête communale". Les Menier sont présents à chaque "évènement"
: remise de prix, des médailles du travail, fête communale, commémoration...
Leur seule présence dans la cité a un caractère de "festivité". Autrement
leurs venues, une à quatre fois par mois, sont l'occasion de régler à
l'usine certaines affaires courantes et de constater sa bonne marche.
Ils n'interviennent qu'en dernier recours, après épuisement de la voie
hiérarchique ordinaire, pour réprimander un ouvrier ou un locataire "fautif
". Encore faut-il que la faute, au regard de l'ordre patronal, soit "grave".
Ces entrevues sont exceptionnelles, ces actes ponctuels confortent le
gouvernement de la cité par les "chargés d'âmes" de Noisiel. Les Menier
sont ainsi symboliquement proches mais aussi "irréprochables". Ils sont
ces éternels créditeurs de chacun, propriétaires de tout, mais qui ne
sauraient être tenus responsables de la gestion de cité et de l'usine.
Les lavandières de Noisiel
Au tournant du XX siècle, les lavandières occupent une place indispensable dans le fonctionnement de la cité ouvrière de Noisiel. Leur travail consiste à laver, rincer, faire sécher et repasser de grandes quantités de linge, qu'il s'agisse des vêtements des familles, du linge domestique ou de celui utilisé par les services de l'usine. Cette activité est particulièrement exigeante. Les journées sont longues et rythmées par des gestes répétitifs. Les lavandières manipulent de lourdes pièces de linge mouillé, travaillent dans une humidité permanente et utilisent des lessives à base de savon et de produits alcalins qui agressent les mains. En hiver, le froid rend les conditions de travail encore plus difficiles. À Noisiel, où l'entreprise Menier développe un modèle de cité ouvrière offrant de nombreux services à ses employés, les lavandières participent au bien-être quotidien de toute la communauté. Leur métier, souvent exercé dans l'ombre, est pourtant essentiel à l'hygiène et à la vie collective.

Il
existe des objets qui dépassent leur simple fonction. Ils traversent les
années, portent les traces de ceux qui les ont possédés et réveillent,
parfois sans prévenir, un souvenir oublié. Les objets publicitaires Menier
appartiennent à cette famille rare de témoins silencieux qui racontent
l'histoire d'une marque, mais aussi celle de notre société.
